‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 360 sur 397 · Annales de la religion [50], t. I · texte numérisé non relu

Annales de la religion [50], t. I

icalitc (le la révélation et d'un rédempteur. Mais les idées se jouent dans l'entendement, la partie la plus impersonnelle de l'être ; les idées métaphysiques n'ont pas une évidence contraignante ; enlin l'esprit fût-il convaincu, le cœur peut n'être pas persuadé. Aussi Hossiiet fait-il appel aux faits: le fait des i)rophéties miraculeusement réalisées, la réjection des juifs et la conversion des nations. Mais ces prophéties sont acceptées sans contrôle. Il faudrait établir leur historicité, comme aussi celle des miracles. C'est l'œuvre (VHoiitcville et de ses continuateurs : la critique historique apparaîtra longtemps comme la méthode propre de l'apologétique.

Mais, maniée par Biirignij, la criti(|ue historique fait soupçonner l'inauthenticité des évangiles et leur composition tardive, et Diderot de son côté proclame qu'il ne saurait y avoir d'histoire là où point le surnaturel. Les chrétiens se replient encore sur des faits contemporains et iVexprricncc personnelle. Le |)lus grand des miracles est la transformation de l'homme, la paix intellectuelle conquise, les passions domptées, le cœur content, la résignation à la destinée, aux souffrances et à la mort, leçon sui)rème de toutes les philosojjhies et de toutes les religions, nulle part plus facile à suivre (jue dans la religion du Dieu i)ére, frère et sauveur des hommes.

Vu du dehors, l'argument des bienfaits du christianisme garde un caractère objectif et constitue l'adajjtation la plus habile de l'apologétique aux tendances d'une société préoccui)ée de notre condition terrestre, et encline à i)enser avec Hoiissean que si la vérité ne saurait être malfaisante, uuv doctrine bienfaisante ne saurait être fausse (1).

Vu du dedans, réduit à « l'expérience chrétienne », il reste pour le vrai croyant l'argument décisif, jjarfois le seul inébranlable, mais il n'a plus que virtuellement une valieur de preuve, fondée sur l'analogie des âmes humaines : insensé qui crois que tu n'es pas moi ! Etant donnés celte analogie, leur communauté de misère et d'aspirations, le témoignage innombrable de celles qui en tous lieux, depuis 18 siècles, ont trouvé le bonheur vainement cherché jusqu'alors dans les sentiers humains, — on conclut par une induction tacite ([ue, la même cause produisant les mêmes effets, si quel(|u'un veut tenter l'expérience il éprouvera et saura.

On affirme alors hardiment l'universelle efficacité et la divine

1. » 1-41' roliKioM ne peut ôtrp utile rt lu-cossiiirc sans C'\vc bonne cl vraie. Ce '. serait la plus révoltante impiété contre la Providence... que de nous o/Trir >' une imposture pour base du l)onlieur du nionde ». (fièfl. sur la prétention ftex philosophes i/ur la relifiion n'est Ixmne ijue pour le peuple. — Méni. liisl. et crit. 1801, p. r>7).

origine d'un remède tout puissant où les autres ont échoué. Le médecin est Dieu lui-même (1).

Quoi qu'il en soit, l'apologie, qui planait avec Malebranche audessus des lois générales du monde, qui déroulait avec Bossuet la plus haute loi de l'histoire, est déjà descendue vers l'homme et s'appuie sur la connaissance du cœur humain. Sans doute on cherche encore Dieu dans les étoiles, avec Chateaubriand dans les solitudes de la mer et de la forêt, avec Bernardin de St-Pierre dans les harmonies des oiseaux et des fleurs, mais le siècle qui vient le cherchera surtout dans le mystère de la « nouvelle naissance », au fond d'un cœur vicieux, meurtri, régénéré.

En refoulant les défenseurs du christianisme de position en position, le xv!!!*" siècle les a contraints à se réfugier dans le réduit de la foi : l'expérience mystique de « Dieu sensible au cœur ».

Ils ont passé d'un plan de certitude à un autre, de la certitude rationnelle à la certitude morale que donne le témoignage, puis à 1p certitude mystique qui résiste aux difficultés de la philosophie et de l'histoire. La démonstration semble devoir être remplacée par la contagion du sentiment. Bien entendu, les 3 genres n'ont cessé de coexister et l'on trouve des apologies intellectualistes après Rousseau et Schleiermacher, comme on a trouvé dans de très anciennes tombes égyptiennes des statuettes d'hommes libres armés de bronze et d'esclaves armés de silex. Mais après cent ans d'erreur intellectualiste, où la révélation est conçue comme un code dont il faut produire les titres d'origine (2), on en revient à Pascal, et nous savons que l'apologétique du xix* siècle, dans la mesure où elle sort de l'ornière classique, sera toute pénétrée de son esprit (3).

1. V. Nazelle : « Etude sur A. Vinet critique de Pascal >, Alençon 1901. 8".

2. Voici une des meilleures formules de cette coucep.Ion : « Nous entendons « par la révélation une manifestation extérieure et publique faite aux hommes >■ de lu part de l'Etre suprême d'un corps dk doctrine qui développe la loi <: naturelle et fixe les règles des mœurs ; qui établit des devoirs surnaturels et ,« annonce des secours dans le même ordre pour les remplir ; enfin qui propose n à croire des vérités incompréhensibles... auxquelles l'homme doit l'hommage « de son esprit et de son cœur, parce que la véracité de Dieu qui les a révélées « en est le motif n. Jamin : « Pensées théologiques », Paris 1769, 12, p. 82.

3. a L'analyse de Xewman discerne dans l'intelligence et surtout dans le « cœur des facultés distinctes de la raison par lesquelles l'homme atteint à la « foi. Celle-ci lui apparaît comme une certitude morale à laquelle concourt tout « notre être, et il y voit ainsi quelque chose de plus réel, de plus vivant que « ne pourrait être une conviction purement abstraite ». Thureau-Dangin : « La renaissance catholique au xix" siècle », Pion 1899-190G, :i v. 8», t. III, 106. — V. chez l'abbé Jilanc, professeur aux Facultés catholiques de Lyon : La foi et la morale chrétienne. Exposé apologétique, LeUiielIeux 1906 pet. in-16, p. C9 et 72, l'argument tiré de la grâce et de ses effets : <> des contentements et des joies

âK) Dr: PASCAL A CHATEAUBRIAND

De plus, la critique baylicnnc développée par les déistes anglais, par Marie Huber, [)ar Rousseau, a subordonné toute autorité au contrôle de la « lumière intérieure », c'est-à-dire, en définitive, de la conscience et de la raison. Chez les âmes religieuses modernes, cette lumière discerne dans l'Ecriture ou dans l'enseignement ecclésiastique l'aliment spirituel assimilable, des parties mortes et sans vertu ; ou, pour parler le langage contemporain, la conscience sociale de chaque génération juge et corrige la conscience religieuse.

Le réveil orthodoxe du i)rcmier tiers du xix'" siècle fit succéder par une réaction naturelle l'affirmation radicale à la négation radicale. Mais si, <lepuis, toutes les formes modernes de la foi chrétienne offrent un mélange de mysticisme et de rationalisme, en proportions variables selon les églises, les lieux et les temps, c'est parce que les luttes soutenues au siècle de Voltaire ont amené les chrétiens à se connaître eux-mêmes, à découvrir l'essence de leur foi et le critère intérieur de la vérité religieuse. C'est dans le cœur humain qu'elle a son siège et sa preuve.

Le combat ne fut donc pas stérile, puisque le christianisme traditionnel devait sortir de sa lutte inégale profondément modifié.

f/in" n'ont pas d'expliculion humaine ■> etc.. El encore : <• Ad inlerna crileria polesl <■ illa quoque vhterna experientia revocari, qiia is qui doctrinani Christi Iheore- < tice et practice sequitnr. in se senfiat opiimos et miirabiles ejus effectus, aniiiii " (juietem, stiidiuni virtutis, lacdium reriim niundnnaruni, desiderium reruni '> caelestium, imniiniitioneni nuilarum passiomim, augmentuni huniilitatis, castin talis, patienlia", caritatis, pacciu quic exsuperet onineni sensum. Si e contra- 'i rio sine liac religione onxiiia tenebrescunt... utique hoc indicium est non levé " doctrinani illaun habere Deum auctorem ». Christianus Pesch, S. .1. : « Pra-lectiones doijmaticic », l'riburgi Brisgovia- 1894-99, .'! v. 8", t. I, 1.">1 > />e crtteriis internis docjriniv Christi >< .

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