‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 47 sur 397 · III. — Malebranche · texte numérisé non relu

III. — Malebranche

Voici l'effort le plus original de la pensée française pour accorder la raison et la foi.

L'œuvre de Malebranche est une apologie grandiose, non pas, à la façon des autres, un plaidoyer souvent laborieux pour justifier les dogmes chrétiens ou les faire accepter sur titres, mais une démonstration sereine et souveraine de leur vérité nécessaire. Par là, la « Recherche de la vérité » (1674-75) répondait, semble-t-il, mieux que « les Pensées » aux besoins d'une société intellectua-

Tautre. Il sullit : un être coinniuii reçoit les deux sensations et juge, car votre nez ne peut pas juger la chaleur de la main, ni votre main le parfum que le nez respire. Voilà le ton.

1. Au même temps, on imprimait à plusieurs reprises la Vérité de la religion chrétienne du marquis de Pianesse. premier ministre de Savoie, trad. de l'italien par le P. Bouhours. Le succès de crt ouvrage est certainement dû à son ton laïque et au fait que rélément irrationnel du christianisme reste au second plan. — Pour comprendre le progrès réalisé par les apologistes dont nous nous occupons, il sufTit de lire l'ouvrage du P. Petiot S. J. : Démonstralions théologiques (lfi74i. C'est bien le défi maximum porté à la raison des incrédules. L'érudition de cet homme fait penser à celle de Pline ou des compilateurs du x\v siècle. Il ignore le cartésianisme et ne trouve donc pas de diflîculté à la transubstantiation, car la propriété d'occuix-r un lieu est une qualité des corps comme les autres. Elle peut être suspendue. — Les jîaîens ont bien cru Vénus née de l'écume, on ne peut donc pas s'insurger contre la naissance miraculeuse de Jésus. — Sa démonstration de Dieu par la disposition des 1 éléments est la plus grandiose que nous connaissions. Dieu se déclare " par les dispositions qu'il a mises dans l'o-r pour nous servir de rafraîchissement lorsque nous respirons, d'espace et de milieu lorsque nous nous mouvons, d'instrument pour articuler nos paroles, de miroir pour rapporter à nos yeux les images et les couleurs des objets, de cassolette pour répandre les odeurs •> ip. ll.'ji. La paille « conserve la neige qui est froide, et cependant elle fait mûrir les pommes sauvages qui ont besoin de chaleur » (197}. Cet ouvrage est moins digne d'un jésuite que d'un capucin.

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liste et raisonnante. «( Ce n'était point par des preuves nutapliy- « siques et abstraites que M. Pascal voulait conduire les hommes « à la parfaite conviction... Il voulait aller à l'esprit par le cœur « et prouver Dieu en le faisant sentir, ce qui est la meilleure ma- « nière de le connaître. La foi parfaite, disait-il, c'est Dieu sen- « sible au cœur. Et dans la vérité, quoique les cieux et tout « l'univers racontent sans cesse la gloire de leur créateur, ils n'en « i)arlent pourtant pas si bien à l'homme ni si efTicacement que « cette voix secrète qui l'interroge et qui lui répond au milieu « de lui-même » (1). Or, nous l'avons noté, Pascal devançait son temps qui le comprit mal. Ecoutez, en elTet, les plaintes du mystique Poiret, obligé de démontrer sa foi par « les spéculations et la méthode de la science humaine » : « Le monde est présente- « ment si façonné à ne recevoir aucune connaissance que par une « voie approchante du raisonnement et de la science que c'est « peine perdue que de leur parler d'acquérir la lumière de la « vérité par la voie de la véritable foi, sans consulter la raison, « ses idées, ni ses actes de discourir mentalement. On ne sait <' prestpie plus ce que cela veut dire... Encore s'il n'y avait que « des opiniâtres et de méchants résolus (pii fussent dans cette « disposition-là... mais il y a plusieurs bonnes âmes et plusieurs « personnes dociles qui sont atteintes de cette espèce de nui- <> ladie » (2).

Malebranche est bien le iiiaitre qu'il faut pour rasséréner les bonnes âmes, i)uisqu'il veut « faire servir la métaphysique à la « religion et répandre sur les vérités de la foi celte lumière (|ui « sert à rassurer l'esprit et à le mettre bien d'accord avec le « cœur » (3). Sera-t-il aussi puissant sur l'esprit des libertins, surtout dans le siècle (|ui vient, si défiant de la métaphysicpie ? On ])cut d'abord en douter.

Le grand oratorien est un penseur et une âme pieuse, d'une piété i)r()ff)nde aux accents mystiques plus d'une fois. Quand il parle de la vie en Dieu, de la communion avec Dieu, sa voix n'exprime i)as seulement l'ivresse de l'entendement (|ui s'est placé au centre de la ])ensée divine et voit se dérouler le i)lan de la Création et du Salid, mais aussi ce ravissement de l'àme aimante

1. lloiilrvillc : ■■ Dixcaiirs Jùsloriiiiic cl cri/if/Kc sur la mvtliodc des priiiripau.r (tuleiirs i/tti oui ccril pour et conlri* le chrislidnisinc depuis son orùjinc ". Kn tète de la ■■ Vérilc dp la religion elirétiemie iiroiivée par les fails «, éd. do

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