‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 102 sur 390 · Amst · texte numérisé non relu

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verain sur les créatures. On l'accorde aux tyrans sur leurs sujets et on le dénierait à Dieu ? Toute réponse pélagienne tirée de la liberté susciterait de nouvelles difficultés. Paul a tout résolu par l'absolue indépendance de Dieu. Tout vient de son dessein « de manifester ses vertus » (1).

Bayle ne répondit rien à ce réquisitoire inattaquable qui le prouve athée sans réfuter l'athéisme. Près de mourir, il eut la suprême pudeur de ne plus mentir et ne renouvela pas ses protestations d'orthodoxie. Aussi bien avait-il cause gagnée. Le christianisme sous sa forme la plus hautaine, la plus dure à la raison était défait en la personne de Jurieu. Qu'adviendrait-il s'il n'avait pas un meilleur sort sous sa forme la plus raisonnable ? Entre les deux s'échelonnaient toutes les théologies chrétiennes, de Jansénius à Pelage, de Bossuet à Socin.

Les Rationaux

« DistingUier l'or de Tévangile du billon

théologique. »

Vernes (2).

Il y avait eu presque dès les origines de la Réforme des théologiens libéraux (3). Si trois hommes ne peuvent pas méditer sur le même sujet sans que leurs opinions les rangent, selon la terminologie moderne, à droite, à gauche et au centre ; si l'unité romaine elle-même souff're ces diversités, il ne faut pas s'étonner de les trouver marquées dans les églises protestantes aux incessantes variations. Sans entrer dans le détail de l'histoire ecclésiastique en Hollande avant et après le Refuge, disons que les idées libérales des Arminiens ou Remontrants (4) avaient, au temps de Bayle, fait de grands progrès chez les pasteurs et dans l'esprit public. Les décisions des Synodes ne doivent pas nous abuser :

2. Confidence philosophique. Lond., 1771, 8», p. 283. Vernes est le successeur de ces théologiens qui auraient accepté sa devise.

3. V. Buisson : « Sébastien Castiellion, sa vie et son œuvre », Paris, 1892, 2 v. 8«> (Thèse 1890-91).

4. Jacques Harmensen ou Arminius (1560 7-1609), pasteur à Amsterdam (1588), puis professeur à Leyde (1603), critiqua le calvinisme rigide de son collègue Gomar ; il l'assimilait à un véritable manichéisme qui sépare Thumanité en deux groupes éternellement distincts : la part de Dieu, la part du diable, — et lui reprochait de faire Dieu autour du péché. En 1610, les Arminiens, calomniés par leurs adversaires, adressèrent, pour se justifier, aux Etats de Hollande et d'Ouest-Fris«e, une Remonstrance où ils soutenaient» que « J.-C. est mort pour tous ceux qui s'approprient ses mérites par la foi ». C'était, dans le calvinisme, une des premières protestations de la conscience et de la liberté humaines contre l'arbitraire divin.

on sait la force d'inertie ou la puissance conservatrice des corps constitués. Quand un changement d'orientation apparaît dans leurs actes officiels, il est depuis longtemps accompli dans l'esprit de ses membres (1).

Les théologiens que les orthodoxes flétrissaient du nom de « rationaux » étaient rationalistes à des degrés très divers. Comme les orthodoxes purs ils partent tous du principe que la raison et la foi ne peuvent pas se contredire, étant l'une et l'autre de Dieu. Seulement les orthodoxes tirent la raison vers la foi : si la raison s'égare elle est ramenée dans le bon chemin par la soumission à la foi (2), tandis que les rationalistes rapprochent la foi de la raison (3). Ils commencent par réduire le mystère en économisant les dogmes, dont plusieurs, manifestement absents de l'évangile, ont été inventés par les théologiens. « La raison et la « révélation, dit Leclerc, sont pour ainsi dire deux filles du Ciel « qui ne se querellent jamais l'une l'autre, et si l'on voit, comme « il semble, le contraire dans la théologie scolastique, c'est que « ce qu'on y nomme raison ou révélation ne sont souvent que « des fantômes qu'on a substitués en leur place. » (4). Il faut s'en tenir strictement à l'Ecriture. « Si les théologiens s'étaient « toujours tenus dans ces bornes sans ajouter quoi que ce soit aux « idées que VEcriture sainte nous fournit et sans inventer des « termes nouveaux comme plus commodes que ceux dont les « auteurs sacrés se sont servis, on n'aurait peut-être jamais vu le « quart des hérésies qui se sont formées depuis les apôtres « jusqu'à nous et la théologie chrétienne serait infiniment plus « belle et plus propre à porter les hommes à la piété. » (5).

Sur les dogmes conservés, s'interdire toute spéculation. « Il n'y ft a personne qui puisse définir la manière de l'union de Jésusce Christ avec Dieu et s'en former une idée claire. Que faut-il « donc faire ? Acquiescer dans l'idée générale et confuse que < nous en pouvons tirer de l'Ecriture sainte et n'expliquer pas « ce que nous ne savons point ou imposer aux autres la nécessité

1. Quand, en 1690, Jurieu demande au Consistoir* de Rotterdam de poursuivre Bayle pour athéisme, le Consistoire décline l'invitation. Jurieu excepté, presque tous les grands noms du Refuge étaient du côté modéré : Saurin, Leclerc, Jaquelot, Basnage de Beaiival, Huet, Papin, Le Gendre.

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