IV. — La chimérique distinction du contenant
ET DU contenu DE LA FOI
La tendance à simplifier le débat et à donner le pas à la preuve des faits sur la démonstration des dogmes se retrouve chez presque tous les apologètes qui conservent l'illusion intellectualiste. Le principe intangible de l'accord de la foi avec la raison reçoit une application plus restreinte. Si la métaphysique n'est pas entièrement bannie, on tente de moins en moins, à la suite de Malebranche ou de Leibniz, de justifier rationnellement le contenu de la révélation. On se borne à fournir les titres du contenant à la confiance des hommes.
Le représentant le plus radical de cette tendance est le cartésien négis, qui fait consister l'accord de la raison et de la foi « en ce que la raison ne cherche pas à donner des démonstrations touchant le fond des mystères, mais seulement à faire voir qu'ils sont croyables » (5). Elle n'a pas à prouver la divinité de J.-C. ; son
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4. On pourrait ajouter que sacrifier la liberté pour sauver le miracle, — c'est à quoi revient l'ordre préétabli d'Houteville, — est une solution à la Gribouille, un remède pire que le mal.
5. L'usage de la raison et de la foi, ou l'accord de la foi et de la raison, Paris 1704, 4«, p. 268. En interdisant à la raison l'examen des dogmes, Régis suit l'exemple de Descartes. Un disciple impénitent d'Aristote, le P. de Valois, avait montré le cartésianisme contraire au dogme de la transubstantiation : l'essence des corps étant l'étendue, le corps du Christ ne peut pas être réelle-
rôle consiste à autoriser TEcriture et la tradition qui rafTirment (1). La foi divine n'est pas la foi humaine. Celle-ci résulte de Texamen du fait et du droit : le fait s'est-il passé, est-il convenable ? La foi divine repose sur l'examen du fait seul : Dieu a-t-il parlé (2) ? Les scolastiques et certains philosophes modernes ont erré en voulant expliquer les mystères et ont prêté le flanc aux incrédules (3).
Tous les apologistes ne sont pas aussi catégoriques. L'opinion de Régis est cependant celle qui tend à prévaloir (4). Nous serions porté à voir dans ce retour au principe cartésien de la séparation de la philosophie et de la foi un eff'et de la critique baylienne et de la mésaventure de Malebranche.
Le bénédictin François Lamy défend énergiquement ce point de vue dans ses apologies superficielles : Vérité évidente de la religion chrétienne (5) et l'Incrédule amené à la religion par la raison (6). Lui aussi distingue le contenant rationnellement démontré du contenu avoué obscur, et ne sent pas que cette obscurité rend contenant et contenu inadmissibles aux esprits forts. La raison conduit l'esprit au seuil de la foi et s'efface en prouvant qu'elle doit s'effacer. Son premier ouvrage renferme les arguments communs. L'auteur fait grand état du témoignage que Jésus se rend à lui-même, sans envisager l'hypothèse de l'illusion innocente. Dans le second, formé de 9 entretiens et beaucoup plus
ment dans la petite hostie, car il y serait sans son essence, c'est-à-dire sans son être. De la Ville (pseud.) : Les sentiments de Descartes opposés à la doctrine de l'Eglise et conformes aux erreurs de Calvin. 1680. — Anonyme : « La philosophie de M. Descartes contraire à la foi catholique, avec la réfutation d'un imprimé fait depuis peu pour sa défense », (intitulé : Eclaircissement sur le livre de M. de la Ville), Paris 1682, 12. — C'est une dels raisons pdur lesquelles les Cartésiens n'aiment pas philosopher sur les mystères.