dissertation du recueil de Tilladet, V. supra p
DE BAYLE A VOLTAIRE
déclaré entre l'exégèse ancienne soumise à la théologie et l'exégèse indépendante, va s'élargir, surtout en Angleterre, à l'occasion des prophéties. Le supranaturalisme et le rationalisme entrechoqueront avec fureur leurs thèses opposées : les organes de la révélation sont inspirés donc infaillibles, — ils sont faillibles donc pas inspirés.
Fontenelle, — toujours lui, — avait jeté une suspicion générale sur les oracles. « Il est plus sûr, dit amèrement Hoiiteville, de « couper l'arbre dans sa racine que de s'attacher vainement à « quelques rameaux que la tige repousse toujours » (1). Et il décèle le venin de l'Histoire des oracles : si c'est Dieu qui dictait les oracles païens, les prophéties ne sont pas preuve de la religion véritable. Si c'est un mauvais principe, il a pu inspirer les oracles des juifs. — Il pourrait ajouter : si les premiers sont illusoires, les seconds peuvent l'être aussi.
Or Jurieu fit ce qu'il fallait pour les prouver tels, à la grande joie des impies, à la consternation des fidèles sensés. Dans V Accomplissement des prophéties ou la délivrance prochaine de l'église (1686) (2) il adoptait avec les juifs l'idée d'un millénaire temporel. D'autre part il calculait le temps où devaient finir les 1260 ans assignés par l'Apocalypse au règne de l'Antichrist (3). Le triomphe de la Bête, c'est-à-dire de Rome, ne durerait plus que trois ans. En avril 1689 les réformés persécutés par Louis XIV rentreraient dans leurs foyers. Ces espérances furent déçues ainsi que les rêveries millénaires qui les accompagnaient. Les huguenots continuèrent à être cruellement exercés. Mais le malin Simon ne perdit pas l'occasion de pousser une pointe à l'orthodoxie, tout en ayant l'air de la défendre par l'absurde. Dans une lettre soi-disant écrite par les rabbins d'Amsterdam (4) il raisonnait ainsi : M. Jurieu comble nos vœux en montrant que les prophéties doivent être prises dans un sens temporel et que les pieuses accommodations des chrétiens pour les appliquer à un règne spirituel du Messie sont fausses. Tels oracles touchant le Messie ne sont pas encore accomplis. Donc, selon ses principes, J.-C.