nov. 1738 p. 133 et
DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A L'eNCYCLOPÉDIE
le résidu religieux qu'il leur offre est mince. « Il faut avouer que « l'on exige plus que cela d'un chrétien ; on veut non seulement (c qu'il croie que la religion est infiniment utile, mais on veut « encore qu'il la reçoive comme étant d'origine céleste » (1).
Surtout il est présomptueux de décider ce qui convient ou ne
convient pas à la nature divine. Nous ne contestons pas que la religion soit donnée à l'homme pour son bonheur mais est-ce le seul but de Dieu ? Sommes-nous pleinement juges de la justice et de notre intérêt ? « Et n'y aurait-il pas du danger que... on ne « rejetât des choses qui peuvent, sans que nous l'apercevions, « infiniment contribuer à notre félicité ? » (2).
En même temps que deux suisses allemands (3), les pasteurs de Roches et Boullier combattirent leur coreligionnaire.
L'ouvrage du premier (4) prouve que le protestantisme îi'est pas mûr pour comprendre et prendre l'attitude qui sauvera la religion en France au xviii« siècle. C'est cependant un théologien modéré de l'école de Turrettin, un de ces ministres raisonnables qui s'attireront les éloges de d'Alembert ; il atténue la rigueur des dogmes (5). Mais il s'en tient à la notion intellectualiste de la foi : prouvez que Dieu est l'auteur des vérités, nous les respecterons ensuite. Marie Huber définissait la foi « une perception évidente « sur la divinité et sur ses attributs essentiels » ; de Roches maintient : c'est une « créance que Von donne au témoignage que « quelqu'un rend à une vérité qui ne peut pas être connue pai « elle-même » (6). Il accuse son adversaire de confondre l'objet de la foi, les vérités révélées, avec le fondement de la foi. Dieu garant de ces vérités ; et en effet, c'est là tout le conflit, mais il est sans issue. Il appréhende à tort le fanatisme que Marie Huber pourrait déchaîner (7) ; il est bien peu à craindre quand on ne suit comme elle que la conscience et la raison.