Ib
J.-J. ROUSSEAU
En fait, le prétendu jugement par les miracles revient à apprécier les diverses doctrines par les lumières de la raison et de la conscience (1).
De Beaumont reprochait enfin à Rousseau de rendre hommage à l'authenticité d'un évangile connu par ces témoignages humains qu'il suspectait. Mais ce n'est pas sur ces témoignages-là qu'il l'accepte ; c'est sur le témoignage de sa conscience qui lui montre la conformité de J.-C. à notre idéal intérieur (2).
Sa Lettre à Christophe de Beaumont est, sans conteste, son ouvrage le plus achevé (3).
Après l'orthodoxie catholique, l'orthodoxie protestante.
On sait comment la condamnation de Rousseau dans sa propre ville, où le civil et le religieux se mêlaient encore si étrangement, fut le point de départ d'une révolution dans la petite République (4). Pour se défendre et pour défendre ses amis, il écrivit les Lettres de la montagne dont la première partie, de controverse religieuse, insiste plus que VEmile sur les parties négatives de sa doctrine. Il ruine l'orthodoxie réformée par le même argument que Bayle et Bossuet, en la renvoyant simplement au principe de la Réforme, le libre examen (5). Il achève d'anéantir la preuve par les miracles en montrant qu'ils « ne sont pas un signe infaillible et dont les hommes puissent juger » (6), car il n'y a pas moyen de les distinguer des prestiges (7).
■ -il
1. p. 94. L'illjUsion persistante des apologistes sur ce point vient, croyonsnous, de ce que « dans l'étude et l'enseignement de la religion » {Mandement p. 132) le» fausses doctrines se présentent après l'établissement de la vraie. Le pédagogue chrétien, victime de son procédé d'exposition, prend cette antériorité didactique pour une antériorité chronologique et celle-ci pour une primauté logique. Mais les doctrines non chrétiennes ne sont pas postérieures à J.-C. ; plusieurs furent accompagnées de miracles. Et alors ?
2. P. 94. « Je tiens pour révélée toute doctrine où je reconnais l'esprit d<B Dieu ».
3. « On arrête à la poste tous les exemplaires qui viennent aux particuliers par cette voie... on s'arrache le peu d'exemplaires qui sont dans Paris ». Grimm V. 284.