‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 327 sur 390 · Corresp. t. XII · texte numérisé non relu

Corresp. t. XII

4. L*abbé Bernard les défend contre ce reproche, dans l'ouvrage que nous avons souvent cité. V. p. 397, 400 sq. A côté d'eux, des prédicateurs comme Lanfant, Beauregard, Asselin, faisaient entendre une note nettement religieuse.

Ib. 492 sq. '

5. Lettres intéressantes du pape Clément XIV (Ganganelli) tr. de fitalien et du latin (an.) Paris 1775, 12 ; let. 21 p. ^07. Le succès de ces « Clémentines * fut grand. La tolérance de l'auteur et son ton « franciscain » eurent le dofn d'exaspérer quelques apologistes partisans de la manière forte. Le P. Ch. L. Richard s'indigne parce qu'il se moque des moines, des indulgences, des dévotions extérieures. Préservatif à toutes les personnes qui ont les Lettres faussement attribuées au pape Clément XlV. Deux Ponts 1776, 12. Le jésuite Bonnaud l'appelle « un colonel au service de tous les partis, parti philosophiste, parti janséniste, parU économiste ». Le Tartuffe épistolaire démasqué, Liège V77, 8» p. 181. V. Laharpe : Corresp. lit. t., I, 305, 349. Pour l'attribution, V. Lettre du Frère François cuisinier du pape Ganganelli sur les lettres de ce pontife,., Luques et Paris 1776, 12 ; et Caraccioli : « Remercîments à l'auteur de l'Année littéraire de la part de Véditeur des lettres 'du pape GanganeUi ». La Haye et Paris 1777. 12.

DU « SYSTÈME DE LA NATURE » A LA RÉVOLUTION

la morale de Lucifer » (1), ses paroles rendent le son d'un autre âge.

Les meilleurs sont découragés par la diminution du clergé, sa Décadence décadence morale et intellectuelle. « Un respectable prélat disait, du clergé « il y a quelques années : depuis six ans que je suis évêque, j'ai V vu mourir 253 prêtres dans mon diocèse et je n'en ai pas orff donné 100. Ainsi voilà pour le clergé de ce pays-là une dimi- « nution de trois cinquièmes pendant 6 ans » (2). Ceci est écrit en 1779. On sait comment à la veille de la Révolution, les couvents, pleins de biens, étaient vides d'hommes. Dans le gras Soissonnais, les 2.600 hectares de l'abbaye de Longpont nourrissaient le commendataire et 10 moines (3). C'est pour 9 religieux qu'on édifiait près d'Arles, à Montmajour, le palais dont nous contemplons les murailles interrompues.

Or ce clergé riche est avare. Il a repoussé malgré la misère du peuple l'impôt du 50" proposé par Paris-Duverney, l'impôt du 20'' proposé par Machault. Quelques-uns de ses plus hauts dignitaires ont déshonoré le ministère par leurs mœurs. L'église de Tencin, de Dubois, de Rohan, est envahie, dit l'abbé Barruelii), par des prêtres cupides et sans vocation, et le P. Lambert, dans une Requête des fidèles à NN, SS, les évêques de l'assemblée générale du Clergé de France (5), fait entendre à quelques prélats de dures vérités. « C'est leur faste, leur orgueil, Vabus horrible qu'ils « font pour la plupart du patrimoine des pauvres, leur ambition, <( leur zèle aveugle et amer qui offrent aux déclamations irréli- « gieuses des libertins des prétextes trop plausibles et une ma- « tière trop abondante » (6). Ils ne résident pas, car « il leur « tarde de déposer un personnage auquel un reste de bienséance

1. Lancelin : « Le ^triomphe de la religion », Paris 1785, 12, p. XXIX.

2. Conférences ou discours contre les ennemis de notre sainte religion, par M. Beurier, prêtre eudisie, Paris 1779, 8».

3. Abbé Corneaux : « Longpont et ses ruines », Soissons Fèvre-Darcy, 1879, 16, p. 78. J. '

4. Le patriote véridique ou discours sur les vraies causes de la révolution actuelle, Paris 1789 8o. Barruel (1741-1820) ex-jésuite, fut professeur en Autriche après la dispersion de son ordre, puis aumônier honoraire de la princesse de Conti. Il rédigea seul et avec un grand courage le Journal ecclésiastique, de 1788 à 1792. Réfugié en Angleterre pendant la Terreur, il publia 2 livres sur la Révolution. Son principal ouvrage est Les Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques Paris 1781, 12 et 1785-88, 5 v. 12, qui furent très appréciées. (V. /. eccl. [55] juil. 1788 p, 260).

5. An., s. 1. n. d. 1780, 12. Bernard Lambert (1738-1813). dominicain janséniste, écrivit divers ouvrages apologétiques, dont un contre Dupuis (1796), fournit les matériaux de V « Instruction pastorale » de Montazet (1776) et combattit sous la Révolution l'église constitutionnelle.

*<.iS

.■il

Ki t

« les force mais qui coûte trop à leurs passions. // faut à leurs « goûts plus de liberté et c'est dans la capitale qu'ils la trouvent: V ils se flattent de s'y cacher dans la foule et d'échapper par ce <( moyen à la censure publique ))(!).— « Toutes les places étant « fermées au solide mérite et les dignités de l'église envahies par « l'ambition et l'intrigue, le dépôt de la religion a bientôt dépéri « en des mains malhabiles ou infidèles » (2).

D'autant plus que l'éducation de la jeunesse cléricale est négligée.

Les querelles religieuses ont nui aux études et jeté le discrédit sur la théologie. Les jansénistes, qui étaient les plus fervents théologiens, ont été persécutés et quelques évêques ont interdit aux jeunes clercs la fréquentation des Universités suspectes. L'enseignement est donné dans les séminaires, à l'aide de manuels médiocres dont la Bibliothèque ecclésiastique {^) de Guyon est le, type. Aussi les diplômes délivrés par les facultés diminuent-ils (4) et la préparation théologique des prédicateurs séculiers est-elle insuffisante.

Cette culture indigente, tout autant que l'influence du siècle et le long règne des jésuites, explique le relâchement dogmatique des défenseurs de la foi.

Le janséniste abbé Rivière, dit Pelvert, a signalé leur glissement vers le déisme, sous la poussée moliniste. Nous avons noté en plusieurs rencontres le curieux eff'ort des jésuites pour s'adapter au siècle et rendre la religion plus humaine (5). Pelvert leur reproche d'accepter la distinction de la religion naturelle et de la révélée, la première répondant à ce fameux état de nature, fétiche des

2. P. 40. Ambition, goût des plaisirs, indiscipline font que « le corps de réglise gallicane se corrompt de plus en plus ; tout tombe en dissolution z c'est un malade qui passe des agitaiions du délire à l'engourdissement de la léthargie » p. 6. Cette église porte les deux germes de mort de la synagogue : l'impiété des saducéens, la présomption des pharisiens. Le mal était ancien. En 1766 un avocat, Chiniac de la Bastide, disait les tares des ecclésiastiques générales et effroyables. Le miroir fidèle ou Entretiens d'Ariste et de philindor^, par M. le Chevalier de C. de la B. Lond. et Paris 12, En 1762 un janséniste, l'abbé Guidi, écrivait aux prélats assemblés :

« Quels évêques, grand Dieu, que ceux que j'aperçois ! Hélas, sont-ils chrétiens ? L'est-on sans innocence, ^

L'est-on sans charité, sans foi, sans pénitence ?... Vos trésors ne sont pas mes dons mais vos larcins... Sous l'habit des pasteurs on reconnaît les loups ». La Religion à l'assemblée du Clergé de France [de 1761] ; poème. En France 12, p. 2 et 3. Le poème fut brûlé. (V. Grimm V, 132).

3. « par forme d'instructions dogmatiques ei morales sur toute la religion », Paris 1771, 8 v. 12.

Page 1