M. LOUIS VEUILLOT
Rédacteur en chef de V Univers»
AtlX BUREAUX DE LA BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE,
Et de la REVUE CATHOLIQUE DE LA JEUNESSE.
Rue de liUlH, 8, place liOUTOi».
« Depuis trois cents ans, a dit M. de Maistre, This- ^ toire est une conspiration permanente contre la vé-- » rite. » Tous les esprits sincères répètent aujourd'hui «ette parole et reconnaissent que ce u*est pas seulement rhistoire qui a failli , mais à peu près toute Bcience humaine.
La science s'est mise au service de l'incrédulité. £lle s'est donné pour principal , presque pour unique but, de chercher des preuves contre la religion révélée ; elle a voulu les trouver à tout prix , même au prix 'de sa gloire. Par l'effort le plus prodigieux que l'esprit de mensonge ait accompli jamais, elle a accuniulé tant 'de sophismes , tant d'erreurs que la raison universelle «'est troubléer*et a chancelé sous le poids.
De là l'immense perturbation des temps modernes. * Le monde a éprouvé un grand déplacement et il » cherche à se rasseoir. Voilà en deux mois la clé de > l'agitation qui nous tourmente. » Rien de pi us juste
que eette pensée de Napoléon. Mais celai qui a si bien Caractérisé la maladie n'a pas connu le remède ou ne Ta connu qu'imparfaitement et Ta redouté. Il a voulu et n*a pu rass^^oir le monde.
Le monde reposait sur la connaissance du Christ et de sa loi. Niant le Christ pour rejeter les devoirs que sa loi impose , les politiques se sont efforcés , depuis un demi-siècle, de rasseoir le monde sur des bases de leur invention. Mais au lieu des solides vérités du christianisme , ils n*ont conçu et proposé que de fragiles systèmes. Toute sagesse a été vaine, toute force a échoué; Tédifice social, plusieurs fois rebâti, manque par ses fondements et s écroule de lui-même.
La société humaine ayant cessé de connaître Dieu qui est la vérité , n'a plus la foi ; n'ayant plus l'ordre , elle voit fuir la liberté. La funeste périodicité des révolutions se manifeste par des accès de plus en plus fréquents, de plus en plus terribles, l'avenir est épouvantable. On se demande combien de temps la civilisation pourra résister à cette fièvre qui estdéjà le délire, à ces ébranlements qui deviennent le chaos.
« La seule chose à faire lorsqu'on est sorti de l'or- » dre, dit encore M. de Maistre, est d'y rentrer. » Mais comment y rentrer? Nous ne le pouvons qu'en soumettant à un nouvel examen les motifs , les prétextes insensés ou frivoles de notre éloignement. Il faut, au milieu des ténèbres , ressaisir le fil qui mène au jour.
Sans nous dissimuler la faiblesse des efforts individuels, mais croyant à la puissance de la bonne volonté, nous entreprenons de faire comprendre à la société en quoi elle a erré, comment elle s'est perdue, comment elle peut retrouver sa route. Nous voulons, par des li. vres consciencieux et mis à la portée de toutes les intelligences et de toutes les bourses, aplanir l'effrayant amas de préjugés , de mensonges que trois siècles ont élevé entre les regards de l'homme et les œuvres de Dieu. Nous voulons dégager de l'histoire les véritables enseignements qu*elle donne, de la science les véritables conclusions auxquelles elle conduit^ et qui ne sont
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