De Québec à Lima [microforme]
-Au delà de l’Atlantique s'étend une vaste région, destinée par sa: position même, et par. ‘ l’énergié . de ‘ceux qui l’habitent, à devenir * l’une des contrées les plus riches et les plis puissantes de l’univers. Ce pays, je l'ai parcouru en tout sens, depuis les rivages déserts du lac Supérieur, jusqu'aux rivières de l’Alabama; depuis les grandes cités maritimes de l'Est, jusqu’à ses prairies du Kansas, qui s’allongent entre le Missouri et les montagnes Rocheuses. Grâce aux lettres de mes amis de France, qui m’ont ouvert les portes de bien des
maisons américaines; grâce à mes liens de a
Il PRÉFACE.
famille avec l'Irlande, dont la race ardente et religieuse compte déjà plusieurs millions aux États-Unis, et s’y multiplie chaque jour; grâce enfin à la connaissance de la langue angjlaise, j'ai pu m'initier à la littérature, aux mœurs, à la politique, aussi bien qu’à l'aspect de la nature américaine. C'est le récit de ce voyage, ainsi que celui d’une excursion aux Antilles et le long du littoral Pacifique de l'Amérique du Sud, que j'ose offrir au public aujourd’hui. Ce qui m'a encouragé, c’est que malgré les ouvrages si remarquables de MM. de Tocqueville, Ampère, ete., l'Amérique est encore peu connue en France : et du reste tout y change, tout s’y transforme avec une telle rapidité, que l'Union américaine de 4859 et 1860 n'est plus, à beaucoup près, celle que M. de Beaumont et M. de Tocqueville visitaient il y a vingt-cinq ans.
Ass: rément, les États-Unis ont progressé matériellement, avec une rapidité que leurs
admirateurs les plus enthousiastes pouvaient à peine espérer : mais en a-t-il été de même au
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point de vue de la politique et de la morale? Nous ne le eroyons pas; et, quoiqu'il en coûte de formuler nettement un jugement parfois sévère en présence de l’extrème susceptibilité d’un grand peuple, qu'on aime et dont on apprécie les mérites, nous nous imaginons que tout homme qui traverserait en ce moment l'Océan dans l'espoir de trouver là-bas un âge d'or, de liberté et de vertu, serait étrangement désappointé.
Je crois qu’il reculerait avec répugnance et terreur devant cette. démocratie frénétique, devant cet oubli des lois de l’honnêteté, devant cet amour insensé de l'égalité, qui aboutiraient fatalement dans l’ancien monde au despotisme, c’est-à-dire à l’abaissement universel des âmes, comme des intelligences!
Malheur, en effet, aux nations envieuses; aux peuples qui veulent détruire toutes les supériorités, qu’elles proviennent du talent, de la naissance ou de la vertu! Malheur à ces peuples! Que de crimes ne commettront-ils pas, pour passer sous le niveau écrasant d’une