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bombe qui vint éclater sur le ventre tout oxidé de son vieux Cupidon.
Cet incident procura à Chopin l’occasion de nous raconter un léger désagrément qu’il avait éprouvé à l’assaut de Malakoff.
Un indiscret éclat d’obus s’était permis de lui pratiquer un ventilateur, au même endroit que le malheureux Cupidon, et comme nous n’avions rien de mieux à faire qu’à nous tenir sur l’éveil, nos soldats vinrent faire cercle autour du jovial causeur, et écouter ses récits avec autant d’attention que le perme. aient les fréquents déplacements que nous obligeaient de faire nos terribles visiteurs. \
Le capitaine Chopin, passé plus tard commandant du bataillon d’Afrique, par suite de la promotion de M. d’'Ornano au grade de lieutenant-colonel au 5ème bataillon de la légion étrangère, représentait pour moi le type le plus parfait de l'officier français.
Insouciant de caractère, paresseux même à l’occasion, au feu il était superbe d’audace et d’intrépidité. On aurait dit qu’il y avait deux incarnations cachées sous cette enveloppe osseuse, mais souple et pleine de force et de vigueur. C’était la coqueluche de sa compagnie ; pour l’amour de lui, les soldats auraient fait des prodiges de bravoure et d’abnégation, car pas un n’ignorait qu’au besoin le capitaine se serait fait hacher pour ses enfants, comme il les appelait.
Pendant une nuit tout entière, au plus fort du bombardement, il ne voulut pas exposer inutilement
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le zéphir qui devait être de faction sur la terrasse. Il prit lui-même sa place, se contentant de se faire apporter de temps à autre une pipe bien bourrée, et une timbale d’argent remplie d’eau coupée de Jamaïque.
Cinq jours, le bombardement continua sans désemparer sur notre hacienda, en dentelant le toit comme la rosace de la cathédrale de Strasbourg. Comme l’ennemi manquait de munitions, il avait fondu les cloches de tous les villages environnants pour en confectionner des obus et des bombes d’un très beau bronze, il est vrai, mais qui éclataient mal et donnaient un tir défectueux. Nos soldats furent donc épargnés et n’eurent à souffrir que des cigues, petits insectes du genre des aptères, qui leur pénétraient entre les doigts des pieds et des mains, et leur causaient des douleurs insupportables. On ne parvenait à s’en défaire qu’en les extrayant avec la pointe d’un canif, amusement d'autant plus désagréable qu’il n’existait qu’un seul de ces instruments dans la compagnie.
Pendant ce temps-là, le maréchal avait ouvert la tranchée, et lestravaux de siège avançaient avec une rapidité inconcevable.
Le 4 février, nous commencions à ouvrir le feu de nos mortiers sur la ville ; notre tir, ce jour-là, fit sauter une poudrière et incendia un magasin de fourrage. Le 5, nous passâmes la journée à bombarder les forts, et plusieurs de nos projectiles firent embrasure.
Une bombe entre autres de la batterie du capitaine Comeau, tapa dans une masse de sacs de terre, les
dispersant en atômes, et causant une telle panique parmi les artilleurs ennemis qu’un capitaine fou de terreur enjamba lestement le parapet du Dominante, et, faisant fi des railleries et des coups de feu de ses hommes, courut se rendre à notre tranchée.
Ce jour-là, je reçus l’ordre d’aller au camp du commandant pour lui communiquer une dépêche et prendre ses dispositions pour le lendemain. Un sergent du bataillon, Rouffa, un fourrier, M. Maignac, et un maréchal des logis du quatrième régiment d'artillerie, Quesnel, m’accompagnaient.
Déjà, nous étions parvenus, grâce à la rampe, à une bonne distance de l’hacienda ; lorsqu'un malencontreux obus éclata à peine à un mètre de notre groupe. Un de ses débris alla frappa en ricochet un tronc d’arbre, et revenant sur lui-même broya le dessus de ma botte à l’écuyère, et me blessa au pied gauche, me mettant dans l’impossibilité de faire un pas.
Le commandant prévenu en toute hâte, pendant que je me rendais cahin-caha à l’ambulance de San Félipe, me dépêcha le chirurgien major du régiment, le docteur Eychenne. Après avoir eu toutes les peines du monde à taillader ma botte raidie sur l’enflure de la plaie, il en prononça le peu de gravité, et dressant mon certificat attesté, me recommanda de fréquents pansements et un repos absolu. (1)
(1) Comme ce qui touche à l’économie interne de l’armée française peut renfermer quelque sujet de curiosité pour le lecteur canadien, je lui transcris la teneur de ce certificat d’origine
Je me conformai à cette ordonnance, passant la nuit du six février à contempler le bombardement de la ville, du haut de la lunette que Daniélou avait construite pour sauvegarder San Félipe d’un coup de main.
Ce bombardement était lugubre et terrible. A tout prix, il fallait se rapprocher des ouvrages ennemis, et du poste avancé où j'étais on entendait distinctement, dans le silence de la nuit, rouler nos gros projectiles de siége sur les pavés en lave des rues d'Oajaca.
de blessure, qui est à peu près la même pour tout le monde, Ii verra combien tout y est relaté soigneusement et avec minutie,