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Ü ya quelques années, de E. P. Lacombe, l'organi. sateur de l'excursion que nous allons raconter, était .
| missionnaire dans lextrême-ouest de la région des n
prairies, à Calgary. : ‘ ne De
1 ; rs SE: : Lu
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. Un jour, il reçut de Winnipeg une dépêche . ainsi conçue: Venez dîner avec moi, demain soir, dans mon char-palais, à Calgary. — Geo. Stephen.” -LeP. Laëombe en croyait à peine ses yeux ; Car le chemin de fer, plus ou moins complété dans la prairie, n'était . bas encore en opération. * Mais, le lendemain, iln’y avait plus à douter: un train spécial arrivait à Calgary, après avoir franchi l'immense prairie en 32 heures. .
Le bon missionnaire se hâta de.venir souhaiter la “bienvenue aux distingués visiteurs. Sir George Stephen:
FE qui à cette époque n’était pas encore arrivé à la
pairie vint au devant de lui, et lui serra la main; et comme le Père le félicitait sur sa course rapide à travers. les jprairies, et sur les progrès de sa grande.
| entreprise, sir George, avec un entrain plein de gaieté
et d'humour, lui montra la formidable chaîne des ” Rocheuses, dont les cimes, blanches et grises dentelaient horizon d'azur : ° . — Qu'est-ce que c'est que cela, demanda-t-il ?. 2
Ce sont les Montagnes Rocheuses, Sir George.
— Est-ce qu'elles prétendent nous barrer le chernin ?
— Peut-être. --
— Nous le verrons bien ; mais si elles ne s’écartent Pas, DoUS lbur passerons sur le dos.
= Dans ce voyage, Six George Stephen avait avec lui plusieurs a membres dù syndicat du Pacifique, trois
présidents Île compagnies américaines de chemin de fer, ‘
nu :
—9— ee .
quelques Lords anglais et un comte allemand, frère du cardinal Hohenlohe, | ‘
Dans un magnifique char, vide de bancs, une table somptueuse était servie, et le président du Pacifique plaça le P. Lacombe à sa droite.. Le dîner fut princier et des plus gais. $
Plusieurs santés furent proposées, entre autres celle ‘
‘au P. Lacombe, qui n'aime guère faire des discours, mais ‘qui dut prendre la parole :
© “Dans les coutumes de nos sauvages, dit-il, on ne doit pas cornmencer un discours sans donner d’abord üne * poignée de main à son hôte, et comme un vieux sauvage que je suis, je demande, M. le Président, de vous serrer la main.” |
Cette formalité chaleureusement remplie, l'orateur ” remercia les illustres visiteurs de l'honneur qui lui était . fait, mais il restitua cet honneur À ceux qu'il était présumé représenter, à l'Église catholique, dont il était l'humble ministre à ses compatriotes Canadiens-Français, les premiers maîtres du Canada, à ses chers Indiens; les’ premiers habitants des vastes territoires du Nord- Ouest. à d Il félicita les membres du Syndicat du Pacifique de l'esprit d'entreprise et de activité qu'ils déployäient | dans la construction de’leur merveilleux chemin de fer, et il leur montra la mission civilisatrice qu’ils auraient à remplir dans l'immense pays qu’ils allaient traverser.
11 s’applaudit de les avoir aidés de son influence dans une circonstance récente, et il exprima l'espoir qu’ils l'aideraient à Ièür tour dans son œuvre d'évangélisation…
M. Angus se leva alors, et, dans les termes les plus äimables, remercie le missionnaire de ses bonnes paroles, Puis, après quelques phrases élogieuses; il proposa que
| 1R. P. Lacombe fût élu président de lk compagnie du Pacifique, et il ajouta que Sir George Stephen pourrait
peut-être le remplacer comme chapelain de la mission
de Calgary.
La proposition fut accueillie avec enthousiasme. Tous les convives, debout, verres en mains, acclamérent le nouveau président, . .,
Sir George Stephens déclara cu cédait de bonne-arûce
tous ses droits et privilèges. au nouvel élu, et qu'il. : P le] F 3 q
acceptait la nouvelle position qu’on lui proposait. Et, ‘ se tournant vers Calgary, il termina en disant: “ Poor souls of Calgary I pity you !” __ ‘
Le lendemain -matin, les distingués touristes reprenaïent la route de Winnipeg, emmenant-avec eux le P. Lacombe, qu'ils déposèrent à 40 milles de Calgary, au milieu de la prairie, où T'appélait son ministère de missionnaire,
Il avait été président de la compagnie du Pacifique
Canadien ‘pendant une heure ; mais ce grand honneur - Pävait peut-être empêché de dormir, et il revenait à:
des fonctions à ‘la fois plus humbles et plus élevées.
Car lorsqu'il traversait'à cheval ces immenses solitudes, devenues sa patrie, les Indiens disaient de lui : c'est le. répréséntant du-Grand Esprit qui passe ! | * Quels ambitieux que ces missionnaires ! Ils ont des | aspirations bien plus hautes que la présidence d'une : compagnie de chemin de fer — fûüt-elle la compagnie du © Pacifique Canadien. Et quand, chevauchant’ dans la prairie à la recherche des âmes, ils se demandent avec la sainte ambition des apôtres : quo non uscendam ? 1 pevent se répondre à eux-mêmes ‘ Je monterai - la montagne de. Sion, auprès de Rauelle les Roches ne sont que des grains de sable !
Evidemment, la cordialité de cette rencontre entre Îes membres du syndicat et le P. Lacombe fait présumer des relations antérieures ; et, de fait, ces relations remontaient déjà à quélques années, .
Dès les commencèments de l'exécution de cette vaste entreprise, et alors que le ‘tracé du chemin n’était pas encore définitivement fixé, le P. Lacombe avait rencontré au Portage-du-Rat plusieurs des directeurs du Pacifique qui s'y trouvaient réunis. IIS délibéraient -
.— surla route à suivre à partirde Winnipeg, ét ils avaient mandé le vieux missionnaire pour connaître son aVis.
Le Père conseillait d’aller tout droit de Winnipeg à
Brandon ; mais, à partir de Brandon, il croyait que le chemin" devrait se diriger vers le Nord pour atteindre la
‘Saskatchewan, passer par Edmonton, gagner vers la rivière Athabaska et franchir les Rocheuses. C'était
| tracé” que noùs devons suivre.
etrecevoir. ses ordres.
l'ancienne route suivie par les Bourgeois du N ord-Ouest, par les voyageurs, et par les missionnaires. | Après l'avoir entendu, Sir George Stephen dit: vos
raisons, Père, sont excellentes, sans doute, an point de vue de la colonisation des Territoires ; car nous traverserions ainsi, d'après ce que vous nous dites, des régions plus avantageuses comme pays agricole, Mais nous pourroûs atteindre plus tard‘'ces régions-là par des embranchements. Pour le moment, il nous faut une ligne plus courte. Et, prenant un crayon, Sir George traça sur la carte étendue devant lui une grande ligne
FE
presque droite de Winnipeg à Calgary, et dit: voilà le fQuelque temps après, les travaux se poursuivaient âvec une rapidité étonnante, et le chemin s'étendait à. \ travers les prairies, à raison de 6 à 7 milles par jour. Un personnel nombreux d'ingénieurs, d'entrepreneurs, : de terrassiers et autres travailleurs sillonnait la plaine, entraînant avec eux des voituriers et des marchands de provisions. ÆEn même temps une ligne télégraphique était construite le long de la voie, afin que les travailleurs: pussent rester en communication avec le bureau général
Mais, arrivés auprès de l'endroit où se trouve aujourd'hui Gleichen, les travailleurs’ allaient entrer sur la réserve des sauvages établis à à Blackfoot Crossing (gué sur Ja rivière de l'Arc), et qui avaient pour chef le célèbre Pied- de-Corbeau (Cr owfoot).
Naturellement, ces sauvages n'étaient pas du tout’ disposés à souffrir qu'on s'emparât d'une lisière de leur réserve. Tout préparés à la résistance, ils pouvaient mettre sur pieds quinze cents guerriers bien armés, et Inassacrèr les travailleurs du Pacifique.
Mis au courant de qui se passait, le P. Lacombe môñta À cheval, et courut avertir les travailleurs du | danger qui les menaçait En même temps, il leur
” demanda quelque délai pour apaiser les sauvages, et les
disposer à quelqu'arrangement, Mais les travailleurs . : ‘ répondirent que cela ne les regardait pas, et quelques- # uns dirent: “Let. your dirty Indians go to the ‘ devil!” Un massacre paraissait inévitable, et il n’y avait pas une heure à à perdre pour le prévenir. Le P. Lacombe
‘adressa dépêches sur dépêches aux autorités du Paci-
fique, et, quant il eut'obtenu les réponses qu'il désirait,
| voici ce-qu ‘il ft. ‘ .
I acheta 200 livres de sucre, autant de tabac, du thé, et plusieurs sac de farine ; et, de retour à la mission, il convoqua tous ses Indiens à un Grand Conseil, Quand il furent réunis, il donna toutes ces provisions
aux chefs pour être distribués entre les familles ; et quand le partage fut fait, il prit la parole : “Maintenant, leur dit-il, j'ai la bouche ouverte, (car pour 2 avoir le droit de parler, d'après les coutumes sauvages, il faut d'abord faire un présent}; et j Je vous prie de prêter l'oreille à mes parôles. | SN .
“S'il y en a un parmi vous” qui puisse dire” que: ‘ pendant les quinze années que j'ai passées au milieu de vous je lui ai donné un mauvais “conseil, qu il se lève et
re dise sans’ crainte. ” — Personne ne se leva, —."
“Eh! bien, mes amis, j'ai aujourd'hui un conseil a ‘vous donner : laissez passer les Blancs sur vos terres, et.
s y faire les travaux” nécessaires à leur chemin ; ils ne.
peuvent toujours pas vous les enlever.
“ D'ailleurs, ces Blancs qui passent ne sont que des travailleurs s, obéissant à des chefs, et c'est avec ces chefs qu'il faut régler la difficulté,
* “Je leur ai fait connaître votre mécontentement, et dans quelques jours le Gouverneur lui-inême viendra vous voir. Jl entendra vos plaintes, et, si l'arrange- | ment qu'il vous proposera ne vous convient pas, il sera ‘temps encore de garder vos tèrres et d'en expulser les travailleurs... L |
: Crowfoot — ce sauvage intelligent qui a visité depuis
la province de Québec, et que toute la presse a loué —
prit alors la parole, et déclara que le conseil du Chefde-la-Prière était bon, et qu’il faillait le suivre,
en
En conséquence, les projets de résistance furent abandonnés ; et les employés du chemin, de fer purent traverser la Réserve sas être aucunement molestés.
Quelques jours après, comme l'avait annoncé le. F.
* Lacombe, le Lieutenant-Gouverneur Dewdney vint “rendre visite aux: sauvages, et leur dit: “ Vous ayez bien agi, et je vous en rehrercie, Voici maintenant ce que je viens vous proposer : en échange de la terre que
.- le chemin de fer va prendre. sur Ja lisière de votre Réserve, je vais vous en donner cent fois autant en : arrière de cette Réserve; et; si vous ne voulez pas, nous allons défaire les travaux ,commencés, et tracer le
. chemin en dehors. ” ‘ .. — |
- Tous se déclarèrent satisfaits; et la Réserve fut agrandie en conséquence du.côté du Nord. n
Mais, en même temps, les directeurs du chemin de fer du Pacifique) Canadien comprirent qu'ils devaient quelque reconnaissance au P. Lacombe, et ils la Jui.
- |témoignèrent à plusieurs reprises, de diverses manières.
he an
Un jour — il ya7ou 8 ans—leR. Père se trouvant.
à Montréal, fut mandé dans les magnifiques bureaux de la grande Conpaguie, où la plupart des directeurs
étaient réunis A Le
— 16— L Après les salutations d'usage, et l'échange de quelques paroles courtoises, on lui fit une surprise fort agréable. Une porte à deux battants s’ouvrit, et deux domestiques entrèrent, portant une grande peinture, magni- : . fiquement encadrée, C'était un tableau de grand prix, ‘importé de Florence, et représentant la Madone portant : enfant Jésus dans ses bras. h ‘ ”[M. Angus adressa alors au P. Lacombe quelquésphrases pleines de tàct.et d'esprit, appropriées à la circonstance, et lui offrit le tableau, au nom des directeurs, pour la chapelle de N otre-Dame de Calgary. - Depuis lors, l'intimité des rapports amicaux entre les magnats du Pacifique et le P. Lacombe n’a fait que s’accroftre, et il va sans dire que l'excellent missionnaire voyage gratis sui-leur chemin aussi souvent qu'il Jui De ° :
Ÿ. Cette année, ila fait le projet de mettre à contribütion, la libéralité et Ja généreuse bienveillance que lui témoigne le président actuel de Ia compagnie, M. Van : Horne ; et il a organisé une excursion épiscopale qui a été couronnée d'un plein succès. .
Evidemment, il avait en vue autre chose. qu'un: voyage de plaisir, et l'idée’ mère qui à présidé à cette organisation était d'un ordre plus élevé.
C'est l'Eglise de la province de Québec qui à donné naissance aux missions du N ord-Ouest. - C'est elle qui * a délégué vers les‘tribus païennes de ces immenses
Sommes
- territoires de nombreux messagers de la Bonne Nouvelle, et sous son égide l’œuvre évangélisatrice a prospéré — avec l’aide de l'Eglise de France et de l’admirable con grégation des Oblats de Marie Immaculée,
aujourd'hui, l'Eglise de l'Ouest a voulu montrer ses œuÿres à celle de V'Est, et lui témoigner sa gratitude. C'étaieht les enfants qui voulaient donner Yhospitalitéà 1KGS pères, en leur disant: venez voir ce que nous ‘sommes devenus, grâce à votre impulsion paternelle, et ce que nous pouvons devenir, si vous voulez favoriseinotre développement par les moyens à votre disposition.
‘ I] y avait donc autre chose qu'un tableau touchant | dans cette affectueuse accolade ‘des pères et des” enfants, que le P. Lacombe a préparée, et dont nous avons été. heureux témoin. Un tel rapprochement avait un côté:
pratique, et produira certainement des résultats appré-- ee
ciables dans l'avenir, …
Résserrer les liens qui unissent déjà les catholiques. de l'Est à ceux de l'Ouest, faire mieux connaître dans les provinces de-PEst les inéntestables richesses inexploitées de l'Ouest, dév elopper le sentiment; d’ émulation | patriotique qui doit nous animer tous pour l'agrandissement de notre commune patrie — le Canada — tels sont les fruits que le pr omoteur de l'excursion pouvait
. ne produire.
M. Van Horne a accueilli ce projet avec un empres- N Semen et une courtoisie qui lui font honneur; et,
disons-lé en agissant comme il l'a fait, il a donné une nourellé preuve, non-seulement ‘de sa Hibéralité, mais aussi de sa haute intelligence des'affaires. Il n'a pas vu seulement aujourd’hui, ila vu demain. |
Un magnifique char-palais à été mis grattitement à
: Ja disposition des excursionnistes, et'sur tout le parcours ‘ de la voie des ordres ont été donnés pour qu'ils fussent
traités convenablemerk.
Aussi le voyage at-il été des, plus agréables, comme
ce récit en fera foi. ”
Voici les noms de tous ceux x qui prirent part à cette
. : exeursion, avec l’auteur de ce livre : ° ——
S. G. Mar Taché, archevêque de Saint-Boniface ;
S. G. Mgr/Duhamei, archevêque d'Ottawa ;