‹ De Québec aux Antilles [microforme]Chapitre 20 sur 31 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

I^ea Caraïbes

LA TALLéR AU LAO D'BAC BOriLT.ANTR

L est impossible de dire adieu à La

Dominique sans faire une visite à la

côte où demeurent les derniers débris de la

tribu des Caraïbes, sauvages qui étaient en

possession de ces îles lorsque Christophe

Colomb en fit la découverte. Ces Caraïbes

ne sont pas plus considérés que les Chinois

aux Etats-Unis. Ils vivent de peu de choses,

sont assez intelligents, très sobres, travaillent

beaucoup et savent faire profiter leur petit

revenu.

LES caraïbes

Les Caraïbes ont le teint cuivré, comme tous les indigènes de l'Amérique ; quelquesuns se sont mêlés aux nègres : on les nomme Caraïbes noirs.

A deux milles de Roseau, nous rencontrons les sources sulfureuses de Watton Wasren, et un peu plus loin, à l'extrémité de la vallée, deux grandes chûtes de 200 pieds d'élévation. Mais la plus attrayante curiosité de ces îles, c'est La Vallée d'eau bouillante.

Hâtons-nous d'y faire une courte visite, et pour cela, prenons de nouveau notre Jean- Baptiste pour nous guider dans cette course lointaine, car, cette fois encore, nous en avons pour toute une journée de marche à dos de

mulet.

Après beaucoup de fatigues, surtout pour notre infortuné bidet, nous parvenons sains

LES caraïbes

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et saufs à ce fameux lac, que nous cherchons de tout côté, mais que nous ne pouvons trouver: il est invisible. Voici le mot de l'énigme.

Ce lac d'eau bouillante a existé jusqu'au mois de janvier 1880 et excitait la curiosité d'un nombre toujours croissant de visiteurs, lorsque le volcan, fatigué sans doute de faire bouillir la marmite du vieux Vulcain, entra en co!ère et lança l'eau hors du bassin.

Le lac est disparu, et nous ne voyons aujourd'hui que des rochers privés de végétation. O'est le règne de la désolation, comme sur les bords de la Mer Morte. Je ne saurais recommander cette promenade sentimentale. C'est trop de fatigues et de dépenses pour ne voir que des roches dénudées ; on peut en voir plus facilement, sans rien payer, dans notre beau pays du Canada.

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lie Përo Bigaad— Mgr Naughten

mon retour, je vais suivant mon habitude, frapper à la porte du presbytère.

Le Père Rigaud me reçoit avec cordialité. C'est un français, d'Mn caractère aimable, vif, spirituel et franc ; sous sansoutane, je découvre la démarche et le port d'un militaire. Je ne me trompe pas : ce bon père fut autrefois un des vaillants soldats de la petite mais courageuse troupe des zouaves pontificaux.

A table la conversation tombe naturellement sur Rome et les nobles défenseurs de Pie IX. Ce digne missionnaire me fait l'éloge de plus

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d'un Canadien, de ces croisés modernes qui n'ont pas hésité un instant à faire le sacrifice de leur vie, à quitter leurs parents, leurs amis et leur patrie, pour aller combattre à l'ombre du drapeau jaune et blanc. J'étais fier de recueillir ces chaleureuses félicitations de la bouche d'un ancien compagnon d'armes de nos braves Zouaves Canadiens.

^* Le Père Eigaud me conduit à Tévêché, où je m'empresse de présenter mes hommages à Mgr Naughten. Cet evêque parle bien le

français et se distingue par des manières afiec-

tueuses et aiiables-.

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Mgr Naughten est à la tête d'un très vaste diocèse, composé (exclusivement d'îles, telles que les îles anglaises : La Dominique, Montserrat, Antigua, Saint-Kittç, La Barbadé, An-

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guilla, Névis, Anégadàet tes îles de la "Vierge ;

LE PÈRE RIOAUD — MOR NAUOHTEN 99

les îles Danoises : Saint-Thomas, Saini-John's et Sainte-Croix. Ce diocèse compte un évêque, 21 prêtres, 20 églises, 1 collège et 3 académies, avec une population de 60,000 catholiques.

' ' ÂVec un revenu bien restreint. Sa Grandeur doit faire fructifier ses nombreuses œuvres de charité et administrer un diocèse des plus difficiles à desservir. Que de dépenses à supporter et de périls à affronter pour ce digne évêque ! Il lui faut visiter bien souvent ces nombreuses îles disséminées au milieu de l'océan. Des affaires pressantes le forcent-elles à partir avant l'arrivée du steamer, alors Sa G-randeur doit confier sa vie à de frêles embarcations, que la moindre bourrasque peut faire chavirer. On comprend tout le danger et toutes les privations d'un pareil voyage.

Dans ces pays de chaleurs continuelles, Sa Grandeur est souvent oblr'^e de pénétrer

100 LE )?èBK RIGAUD— MOB NÀUGHTEN

dans rintérieur pour y porter les secours de son saint ministère. Montée sur son mulet, Elle aura quelquefois à voyager pendant de longues heures, eous un soleil brûlant et par des sentiers qui ccitoient pi^esque toujours de dangereux précipices. Quelles fatigues ! Aussi, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître quel la vie des missionnaires est bien pénible et bien méritoire dans ces contrées. Il faut réellement, pour ces missionnaires, la grâce de la vocation. Si le climat est salubre et la température agréable pour celui qui passe ou qui n'y séjourne que quelques semaines, on ne peut en dire autant pour celui qui û^e sa demeure sur ces îles. X^'homme le plus robuste finit par tomber dans un épiiisement complet^ par suite d'une transpiration extraordinaire et continuelle occasionnée, par les chaleurs tropicales qui prévalent sans cesse

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LE PiJBE BIOÀtJD— MOE NAUOHTBN 101

dans ces parages. Il pourra peut-être lutter pendant cinq ou six ans, mais, à la fin, il sentira les atteintes de cette maladie langoureuse qui tue sa victime sans la faire souffrir : c'est Tanémie qui fait son œuvre.

lie riche peut s^éloigner des îles pour aller retremper ses forces dans les pays du nord ; mais le missionnaire ne le peut pas ; ses moyens, le temps et son devoir l'en empêchent. Gomment ! laisser ses ouailles sans pasteur ! Impossible. Plutôt mourir à son poste.

Dans l'exercice de son ministère, le mission- '^liaire aura à franchir des montagnes et des précipices affreux pour secourir de pauvres malades vivant à une grande distance. Mais rien ne l'arrêtera ; il s'agit du salut des âmes ; il s'élance sur la route clopin-clopant, comïne le vieil aveugle. Le jour, il devra supporter

102 LK PÈBE BIOAUD— MOB NàUGHTEN

les ardeurs du soleil dans ces gorges de montagne où l'on peut à peine respirer ; la nuit, il souffrira le supplice insupportable de la morsure des moustiques ; c'est une vraie plaie que les mousti.ques dans ces pays chauds. Les plaies d'Ej^pte n'étaient pas plus terribles que celle-Jà.

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|ORS de ma visite à Mgr Nang-hten, je remarque que Sa Grandeu. . l'air tri»fe et abrttu. Après avoir causé quelques m' sais sur diffère its sujets, je me lève pour prendre congé, .orsque Sa Grandeur me dit : ' Non, non, restez, je suis content de vous voir près de moi en ce moment ; votre présence me fait du bien. Veuillez excuser ma tristesse ; je viens d'apprendre une navrante nouvelle, celle de la mort d'un de mes prêtres les plus dévoués." Voici la sinistre histoire.

Le père Tavernier était passé en Europe

pour refaire sa santé délabrée par le climat et

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