OBSERVATION VII
Apert, Meillère et Rouillard étudient le cas d’une intoxication familiale par des cuillers en métal plombifère.
« Le 29 octobre 1912, entrait dans le service d’Apert, à l'hôpital Andrai, un homme de 50 ans en pleine colique de plomb. Le malade faisait lui-même le diagnostic. Il racontait qu’il y avait eu il y a 19 ans en 1893 et en 1894, deux crises de colique de plomb, alors qu’il était fondeur en plomb. Fin 1894, il quitta cette profession pour se faire maçon. Il resta 17 ans sans crise. En novembre 1911 et en juillet 1912, nouvelles crises violentes. Enfin en octobre 1912, la crise pour laquelle il entrait à l'hôpital, survient.
I présentait à son arrivée dans le service tous les symptômes d’une colique de plomb: liseré de Burton très carac-
pe.
téristique, rétraction de l’abdomen, diminution de volume du foie, vomissements, constipation opiniâtre.
Le malade attribuait ces crises à son ancien métier. Mais Apert intrigué par ces symptômes survenant 18 ans après l'abandon de la profession fit un enquête. Il apprit que cet ouvrier avait tapissé récemment ses appartements avec des papiers de tenture verts, rouges et pelucheux. On chercha là une cause possible d'intoxication. La femme du malade accompagnée de leur petit garcon de 8 ans, apporta elle même des échantillons de tapisseries dans lesquelles le laboratoire ne put que constater l’absence de plomb.
Examinée à son tour la femme présentait un liseré saturnin caractéristique. Le petit garçon était indemne de toute atteinte.
Rouillard se rendit au domicile conjugal pour rechercher l’origine de cette intoxication des deux conjoints. Fi- nalement, il découvrit d'anciens couverts en métal massif, se pliant facilement et semblant contenir une forte proportion de plomb. Le ménage se servait de temps à autre de ces couverts.
L'enfant lui, avait le sien propre et d’une composition différente, ce qui explique qu’il n’ait présenté aucun trouble. L'homme fut vite guéri de sa colique de plomb. Les couverts furent remis à Rouillard aux fins d'analyse. Le ménage ne s'en servit donc plus.
La femme eut cependant une légère colique de plomb en décembre. Elle n’avait pas fait usage depuis un mois des fameux couverts, mais elle restait imprégnée, comme le montrait la persistance du liseré.
Puis il n’y eut plus d’autre accident ni chez l’homme, ni chez la femme ».
L'analyse des couverts, pratiquée par Meillère, donna les résultats suivants:
Etain :80.
Plomb: 9,86.
Antimoine: 10.
Divers: 0,14.
Il semble donc bien prouvé que ces couverts ne pouvaient être employés sans céder de plomb aux aliments et que leur usage était la cause du mal.