OBSERVATIONS
OBSERVAION I
Recueillie dans le service de M. le professeur Gosselin, et communiquée par M. G. Thibierge, interne des hôpitaux.
FRACTURE PAR ARRACHEMENT DE LA TÊTE DU PÉRONÉ. LÉSION DU NERF, AVEC PARALYSIE ET ANESTHÉSIE. AMÉLIORATION.
M.R..... maréchal-ferrant, âgé de 30 ans, entre le 18 septembre, 1880, salle Ste-Vierge.
Il ne présente aucun antécédent morbide; pas de syphilis, pas d'intoxication saturnine ; aucun accident du côté de la jambe malade avant celui dont nous allons parler.
Le 28 juillet dernier, en opérant le déchargement d’un wagon, il se trouva suspendu par les bras de façon à avoir les pieds à un mètre environ au-dessus du sol. Le wagon ayant été tamponné, il tomba de cette hauteur, sur les pieds, la jambe droite se trouva dans l’abduction et la main du même côté, appuyant sur la face externe du genou. Il éprouva une
ab
vive douleur, au niveau de la partie supérieure du péroné, et dut être transporté sur un brancard à l'hôpital de Chalon-sur- Saône. Il ne peut dire si à ce moment le pied avait une direction anormale. On lui mit aussitôt des attelles avec un bandage roulé, et, quelques jours après, sa jambe fut placée dans une gouttière métallique; la consolidation ne se faisant pas, on appliqua un appareil plâtré, puis un appareil silicaté.
Alors seulement, on s’aperçut de la paralysie du sciatique poplite externe ;le médecin soupçonnant cette complication, explora la sensibilité, qu'il trouva abolie sur la face dorsale du pied; en mêmetemps, le malade se plaignait de douleurs très vives à la partie antéro-externe de la jambe, et son pied se déviait en dedans d’une façon très prononcée.
On enleva l'appareil silicaté, et pendant une huitaine de jours le malade fut soumis à l’électrisation par les courants interrompus ; une amélioration sensible se produisit et le malade quitta l'hôpital de Chälon, le 2 septembre. Huit jours après, il entrait dans notre service ; voici ce que nousobservons.
La fracture n'est pas bien consolidée, les deux fragments sont mobiles, et l’on peut constater que la fracture siégeait à 2 centimètres au-dessous de l’extrémité supérieure du péroné. Il n'y a aucune douleur à ce niveau.
La face plantaire du pied droit est abaissée, les orteils fléchis normalement, et le pied dans l'adduction sans que le malade puisse le porter au dehors. Son bord interne est un peu relevé. Le malade abaisse facilement le pied, mais ne le relève que très difficilement. Les mouvements communiqués sont faciles et non douloureux.
La jambe est atrophiée, surtout au niveau des péroniers latéraux. Les muscles paralysés se contractent encore sous l’influence de l'électricité. La sensibilité diminuée sur la face externe de la jambe est abolie sur Le dos du pied, mais normale sur les orteils.
AS tie
La marche est difficile, et la pointe du pied abaissée oblige le malade à élever beaucoup le membre pour le porter en avant.
Il n’y a pas de douleurs spontanées ; mais la pression sur la face externe du péroné, surtout le tiers supérieur, est douloureuse.
Le malade est soumis chaque jour à l’élecrisation par les courants continus : les mouvements se rétablissent à peu près complètement, mais la sensibilité reste obtuse au niveau des points indiqués. La fracture ne se consolide pas, et le malade sort le 24 novembre.
OBSERVATION II (résumé)
Recueillie dans le service de M. le professeur Duplay, par M. Cottin, interne (extraite, ainsi que les deux suivantes de la thèse de M. Tisserand).
FRACTURE PAR ARRACHEMENT DE LA TÊTE DU PÉRONÉ. — LÉSION ET PARALYSIE DU NERF. — PAS D'AMÉLIORATION.
Le 21 novembre 1878, B..., 48 ans, est transporté à l’hôpital Saint-Louis pour blessures multiples très graves.
Il a été saisi et entraîné, dans une scierie mécanique, ‘par ses vêtements sur l’arbre de couche d’une machine; il: ainsi tournoyé rapidement, et à chaque tour ses jambes venaient frapper contre un mur très rapproché. Blessures multiples, «entre autres, fracture de la jambe droite à sa partie moyenne, avec saillie des fragments.
Le membre gauche semble n’avoir que des lésions insignifiantes; mais quelques jours plus tard on sent, dans la partie externe du creux poplité, une tumeur osseuse, mobile, dé-
opte
placée dans les contractions du biceps crural; il existe audessous une dépression remplaçant la saillie normale de la tête du péroné; pression douloureuse à ce niveau et pas d’autres lésions apparentes de la jambe gauche.
Le corps du péroné est immobile. Mouvements de latéralité très étendus de l'articulation du genou. Aucune douleur spontanée, pas de gonflement du genou, dont les mouvements de . flexion et d'extension s’exécutent facilement.
Le pied est en position de pied-bot varus équin. Impossibilité au malade de le ramener dans sa situation normale, par impotence manifeste des muscles antérieurs et surtout péroniers latéraux ; il est facile de le constater en invitant le malade, dont le pied a été mis à angle droit, à repousser le doigt du chirurgien qui appuie sur la saillie postérieure du métacarsien : ce mouvement est impossible. Abaissement du bord externe du pied, relèvement de son bord interne. Disparition de la saillie que forment derrière la malléole externe les tendons des péroniers.
Du côté de la sensibilité : anesthésie plus ou moins complète de la face dorsale du pied, remontant à trois travers de doigt au-dessus de la malléole externe; sensibilité conservée sur le reste de la jambe. Diminution ou abolition corrélative de la sensibilité à la douleur, dans les mêmes zones, surtout au niveau et autour de la malléole. Mêmes remarques pour la sensibilité thermique.
Les courants intermittents produisent la contraction des muscles de la cuisse et postérieurs de la jambe, mais sont sans aètion sur ceux de la région antéro-externe.
Le 4 décembre on met un appareil plâtré immobilisant le genou, maintenant le pied à angle droit, laissant à découvert la région paralysée qu’on électrise tous les jours par les courants intermittents. L'amélioration dans les fonctions des muscles est très minime et le malade sort de l'hôpital. s
HE
Un an après il n'y avait aucun amendement et le malade
marchait en traînant la pointe et le bord externe du pied contre le sol. ;
OBSERVATION III (résumé)
Recueillie dans le service de M. Duplay (hôpital Lariboisière). Thése de Tisserand.
FRACTURE PAR ARRACHEMENT DE LA TÊTE DU PÉRONÉ. — LÉSION ET PARALYSIE DU NERF. — MORT. — AUTOPSIE DU GENOi.
Le 1$ décembre 1879, M..., rafñneur, 60 ans, est apporté d'urgence à l’hôpital Lariboisière.
Saisi par ses vêtements dans une courroie de transmission, il est entraîné vers l'arbre de couche qui lui fait subir un mouvement rapide de rotation dans lequel ses jambes et son corps même viennent frapper contre le plafond. Blessures multiples, entre autres, fractures de côtes avec lésions pulmonaires qui entraînent la mort du malade au bout de cinq jours. Luxation complète du genou gauche en dehors et en arrière. Diastasis, sans luxation, du genou droit avec épanchement considérable dans l’articulation. De ce côté droit dépression à la place de la tête du péroné et au-dessus existe une tumeur osseuse, grosse comme une noix, mobile, se déplaçant dans les contractions du biceps crural, se rapprochant du péroné dans la flexion de la jambe s’en éloignant dans l’extension. On place le membre dans une gouttière métallique et l’on observe en outre :
Le pied est dévié en dedans et le malade ne peut le ramener dans une bonne position. La peau du dos du pied et de la partie inféro-externe de la jambe est insensible au froid, à la piqûre, au contact, etc... tout comme dans l’observation précédente. Mort du blessé le r9 décembre. |
Autopsie du genou droit. — L’articulation n'est pas déformée;
toutes les surfaces articulaires occupent leurs situations respectives normales.
Intégrité des ligaments de l'articulation péronéo-tibiale supérieure; les rapports du péroné avec le tibia sont intacts, ainsi que la tête du péroné, sauf pourtant l’apophyse styloïde de cet os qui est entraînée en haut, à une distance de trois centimètres. Cette esquille du volume d’une noisette, donne encore insertion au tendon du biceps et au ligament latéral externe.
Un commencement de travail de consolidation sépare les deux fragments. C’est un tissu assez friable, renfermant déja quelques points cartilagineux; dans cette ébauche de cal se trouve compris le nerf sciatique poplité externe, dans une étendue de deux centimètres. La coloration du nerf est un peu grisâtre; son volume est conservé.
Le ligament latéral externe, intact en haut, est dilacéré et divisé en bas en trois bandelettes. Pas d’autres altérations dans le creux poplité.