‹ De Quelques Manifestations Oculaires du DiabèteChapitre 17 sur 20 · AFFECTIONS DE L’ORBITE · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DE L’ORBITE

Le phlegmon de l’orbite, l’abcès rétro-oculaire comme complication du diabète, n’ont été signalés et observés que par Lagrange.

Dans les cas qu’il rapporte, il faut noter le début brusque de l’affection : le premier symptôme, l’exophtalmie, se montre rapidement. Cette propulsion du globe en avant est considérable, puisque nous voyons dans l'observation XXXV que le globe pourrait facilement, par une pression légère, être luxé.

Le second symptôme que nous observons, c’est l'absence de douleurs ; malgré l’œdème palpébral et conjonctival, malgré tous les signes d’une inflammation violente, pas de réaction fébrile, pas de douleur locale.

Du côté de la cornée, nous trouvons des troubles dus, sans doute, à la compression des nerfs ciliaires, nous trouvons une kératite à forme neuro-paralytique, caractérisée par une desquamation épithéliale superficielle, par l'aspect dépoli de cette membrane avec diminution ou disparition de la sensibilité ; forme décrite par Hirschberg.

Bien que l’exophtalmie soit très marquée, et le gonflement des tissus considérable, il ne parait pas y avoir collection de pus dans l'orbite.

Dans le premier cas, une ponction exploratrice ne donna issue à aucun liquide; dans le second, les symptômes s’amen-

dèrent rapidement au moment où un semblant de fluctuation

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indiquait une collection purulente; il s’agit donc d’un œdème généralisé des tissus de l'orbite, peut-être d’une inflammation de la capsule de Tenon, d’origine diabétique, analogue à celle que l’on observe quelquefois dans le cours des affections rhumatismäles.

Nous voyons que, dans la première observation, la vision fut rapidement détruite.dès le début de l’inflammation ; dans la seconde, au contraire, elle persiste intacte. Y avait-il dans le premier cas compression du nerf optique par l’œdème des tissus ? C’est peu probable; le trouble des milieux qui fut observé semblerait plutôt indiquer des altérations du côté de la rétine et de la choroïde survenues rapidement.

Le pronostic de ces lésions, tout en étant grave, n’est pas nécessairement funeste, et dans les deux seuls cas que nous ayons, nous voyons celui qui s’annonçait avec les symptômes les plus effrayants, guérir, et la vision se rétablir intégralement. Toutefois, soit les complications cornéennes, soit les inflammations du tissu périoculaire, exposeront l’œil à de graves complications.

Observation XXXIV

Glycosurie. — Phlegmon de lorbte (Lagrange)

X...,cinquante-cinq ans, médecin, n’exerce plus ; légèrement arthritique, paraissantjouir d’ailleurs d’une bonne santé. A été atteint à diverses reprises, depuis quelques mois, de petits abcès siégeant entre les doigts du pied et d’où s’écoulait par imeision un pus très fluide et sanguinolent; est pris brusquement d’exophtalmie de l'œil gauche avec chémosis considérable, œdème des paupières, perte absolue de la vision, léger dépoli de la cornée, trouble absolu des milieux de l'œil. Tou-

2 RE tes les apparences d’un phlegmon de l'orbite, moins la douleur, qui était nulle ; absence complète de la fièvre.

Après quelques jours d'attente, les médecins qui donnaient leurs soins au malade, supposant qu’il y avait du pus dans l'orbite, firent une ponction exploratrice qui ne donna aucun résultat.

En présence d’une affection aussi étrange dans ses allures, M. le professeur Badal, appelé en consultation, a fait analyser les urines où l’on trouve 45 grammes de sucre par litre et seulement 5 grammes d’urée.

Cet état de choses persista sans grand changement pendant quelques semaines, lorsque survint un phlegmon de la cuisse auquel succomba le malade.

Observation XXXV Glycosurie. — Phlegmon de l'orbite

(Lagrange)

X..., soixante-six ans, négociant, diabète depuis au moins cinq ans. Au début, 45 grammes de sucre par jour, à diverses reprises, éruptions furonculeuses. Il ÿ à quinze mois, phlegmon diffus de la paume de la main droite.

Sous l'influence d’un régime antidiabétique, le sucre était descendu à 4 grammes avec trois litres d'urine par jour, lorsque survint brusquement une exophtalmie de l'œil droit,accompagnée d'injection de la conjonctive, de chémosis, d’œdème des paupières, sans réactions inflammatoires. Bien que la saillie du globe fût extrème, à tel point que l'œil se luxait avec la plus grande facilité, la vision était restée bonne et l’ophtalmoscope ne montrait aucune lésion du fond de l'œil. Diplopie par suite de la déviation oculaire.

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Le malade ne souffrait pas, vers le quinzième jour le chémosis et l’œdème des paupières avaient beaucoup augmenté, et il semblait que l’on percevait de la fluctuation vers l’angle supéro-externe de l’orbite; on se préparait à donner issue au pus, lorsque les symptômes s’amendèrent peu à peu. Toutefois il fallut encore plus d’un mois pour que l’exophtalmie ait entièrement disparu. Le malade a guéri complètement, et sa vision est restée ce qu’elle était avant l’accident (1).

(1) Une troisième observation analogue vient d’être publiée par M. P. Pansier dans le Bulletin annuel de la clinique ophtalmologique (Montpellier médical, 15 novembre 1891).

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