I. — ALEXANDRE DUMAS : HENRI III ET SA COUR
« Oh ! ma tête ! ma tête ! » s'écrie Saint- Mégrin au premier acte de Henri III (i); et pourtant il n'en est encore, le malheureux, qu'au premier acte. Cette exclamation naïve résume assez bien l'impression que produit aujourd'hui ce drame. Et pourquoi d'abord a-t-on été l'exhumer? Je dirais que Henri III n'est pas un des meilleurs drames de Dumas, si je trouvais aucune raison appréciable de préférer un quelconque des drames de Dumas à celui-ci. En tout cas, rien, absolument rien ne le désignait pour la faveur d'une reprise. Comment a-t-on eu Tidée, en 1889 et avant la période des jours gras, de nous faire assister à cette mascarade : les astrologues, les breuvages empoisonnés, les philtres, les cachettes dans les murailles, que sais-je encore ?
(1) 1829. — Reprise à la Comédie-Française, janvier 1889.
Dans un décor brossé en deux temps, se meuvent le roi et ses courtisans, et Catherine de Médicis, etd'Epernon, et Joyeuse, etRuggieri, et quelques autres qui n'ont jamais existé. Et tous parlent le môme langage ; et c'est le même que parleront les trois mousquetaires et tous les autres mousquetaires sortis de l'imagination de Dumas père, infiniment moins féconde, moins créatrice, moins variée qu'on ne Ta dit. Les pantins peuvent être aussi nombreux qu'on voudra, ce ne sont toujours que des pantins, c'est-à-dire un peu moins que rien. Si encore ces romantiques à pourpoints, à fraises et à crevés, étaient moins prétentieux ! Mais ce sont d'abominables pédants, tout en citations, avec renvoi aux sources et dates précises. Vous savez ce début d'un discours de Gustave- Adolphe à ses conseillers : « Messieurs, avant de partir pour la guerre de Trente ans... » Et de même, les personnages de Dumas ; on sent qu'ils viennent de feuilleter les chroniques, et que, tout émerveillés des découvertes qu'ils y ont faites, ils veulent étaler devant nous leur érudition. Oh ! ma tète ! ma tête !
Il y a deux pièces dans Henri IIL — Un drame de jalousie. Saint-Mégrin est amoureux de la duchesse de Guise. Il a eu une entrevue avec elle et d'une façon bien simple. La duchesse endormie a été transportée chez Ruggieri. Saint-Mégrin a poussé le bouton d'un miroir magique, approché un flacon des narines de la belle : alors on a pu causer. Par
HENRI III ET SA COUR. ag
malheur, la duchesse a laissé tomber un mouchoir : le duc le trouve, comprend tout, et s'écrie dans ce langage incohérent dont l'auteur a le secret : « Mille damnations ! ce mouchoir appartient à la duchesse de Guise ! Voilà les armes réunies de Clèves et de Lorraine... Elle serait venue ici... Saint-Mégrin!... Mayenne! Mayenne ! Tu ne t'étais donc pas trompé ! et lui... lui... Saint-Paul... Je vais... Saint-Paul! qu'on me cherche les mêmes hommes qui ont assassiné Dugast! » Voici comment il se venge : Il force la duchesse, il la force en lui tordant le poignet, et en lui faisant « des bleus », à écrire à Saint-Mégrin pour lui donner rendezvous à l'hôtel de Guise. Le jeune homme arrive, sans défiance. Parvenu auprès de la duchesse, il apprend le péril qui le menace, tente de fuir; mais les issues sont gardées, et il tombe sous les coups. Vous voyez d'ici les deux scènes capitales. Le duc et sa femme : celle-ci refusant d'écrire, mais se troublant, perdant courage devant ces menaces de mort, suppliant, et finalement se laissant faire. Saitit-Mégrin et la duchesse : le jeune amant tout prêt à accepter la mort, pourvu qu'en mourant il emporte l'assurance qu'il est aimé et qu'on se souviendra de lui. Tout cela fait un drame de jalousie comme beaucoup d'autres et inférieur à beaucoup d'autres. — Un drame historique. Henri III mou, hésitant, dominé par tous ceux qui l'entourent, par sa mère, par ses favoris, par les princes lorrains. Catherine, la Florentine astu-
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cieuse, se servant des favoris pour gouverner le roi, du duc pour combattre les favoris, du roi pour ruiner les uns et les autres. Mais ce ne sont là que de vagues silhouettes, sans rien qui indique Fessai même d'une étude de caractère. Un coloriage hâtif, une image pour les grands enfants. — Or, ces deux pièces ne dépendent pas Tune de l'autre : la suture maladroitement opérée y est trop visible. On n'a même pas à louer Fhabileté de main du faiseur.