NOIRE
au-dessous de la peau amincie; l’aspect particulier des ulcérations, des fistules et des cicatrices, sur lequel nous nous sommes longuement étendus en un précédent chapitre ; l’absence habituelle d’adénopathies; tous ces caractères assoclés nous suggèrent déjà l’hypothèse d’une mycose.
b) Différentiel. — Mais il est nécessaire d’éluder trois affections principales avec lesquelles on confond facilement celle-ci: syphilis, infection coccienne, tuberculose.
Chez notre malade plusieurs symptômes permettaient d'éliminer le diagnostic de syphilis :
Le grand nombre et la dissémination des lésions; la durée de leur évolution, qui, pour chacune d’elles varia de quatre à six semaines, alors que pour les gommes syphilitiques elle est ou très rapide (gommes aiguës évoluant en huit à douze jours) ou fort longue (jusqu’à trois ans!); le contenu visqueux, purulent ou séreux mais non bourbillonneux des gommes.…..
Enfin, l’aspect général des lésions n’éveillait qu’assez vaguement l’idée de lésions syphilitiques.
Néanmoins, un Wassermann fut fait, qui demeura négatif.
En dehors de la syphilis, la confusion était possible avec une infection bactérienne chronique d’emblée. Mais l’indolence, la lenteur d’évolution et surtout le grand nombre des lésions, suffisaient à écarter ce diagnostic.
Il était plus difficile, en présence de cette malade, de ne pas songer à la tuberculose. Tout nous y conviait: l’âge de la malade, ses antécédents héréditaires, la marche et l’aspect général des lésions, surtout celle du poignet gauche, dont nous avons décrit précédemment, d’une facon détaillée, l’allure pseudo-bacillaire.
Cependant le contraste de la multiplicité de ces lésions
avec un bon état général; l’absence de tout retentissement ganglionnaire, le peu de succès des divers traitements employés pendant de longs mois, finirent par aiguiller les recherches vers une autre voie. Et c’est ainsi que l’on fut amené à faire les cultures, qui ont permis d’affirmer le diagnostic de sporotrichose,
B. Diagnostic bactériologique. — Le diagnostic bactério-. logique qui seul donne la certitude, utilise des méthodes multiples :
Culture à froid, séro-diagnostic, réaction de fixation, recherche directe du parasite dans le pus et dans les coupes de biopsie, inoculation dans le péritoine du rat mâle.
De toutes ces méthodes, nous n’en retiendrons et n’en décrirons qu’une: la culture à froid de de Beurmann et Gougerot, car c’est la seule qui ne demande aucun matériel important ni aucune technique compliquée.
Le séro-diagnostie de Widal et Abrami et la réaction de fixation exigent déjà une installation de laboratoire qui manque à beaucoup de praticiens.
Quant aux autres méthodes, elles ne sont que des procédés d’exception.
Culture à froid de de Beurmann et Gougerot
Très facile à réaliser, elle ne demande ni laboratoire ni étuve, puisque les tubes sont laissés à la température ordinaire, ni même de microscope, puisque l’aspect macroscopique des colonies est à lui seul caractéristique. Il suffit d’une seringue de Pravaz stérilisée et de tubes de gélose glvcosée-peptonée de Sabouraud,
a) culture sur milieu de Sabouraud:
Technique. — Elle varie suivant que la lésion est ouverte ou fermée:
Lésions fermées :
1° Aseptiser la région à ponctionner ;
2° Retirer par ponction, avec une aiguille de gros diamètre (au cas où le pus serait grumeleux), plusieurs centimètres cubes de pus, car il faut faire un ensemencement abondant, les parasites étant habituellement rares ;
3° Répartir dans trois tubes de Sabouraud le pus aspiré.
Lésions ouvertes, — Comme la plaie peut avoir été infectée secondairement par d’autres germes, tâcher de la désinfecter au préalable pendant quelques jours sous un pansement à l’alcool (qui ne gêne en rien le développement du sporotrichum). Puis, pratiquer l’ensemencement de même que pour les lésions fermées.
Dans les deux cas, les tubes non encapuchonnés sont laissés à la température ordinaire de la chambre, à l’abri de vapeurs antiseptiques.
La plupart des praticiens n’ayant ni le temps ni le matériel nécessaires pour préparer eux-mêmes les tubes de gélose glycosée, qu'il leur suffise de savoir que plusieurs maisons de produits chimiques vendent des tubes tout préparés pour cultures (Billon-Poulenc).
b) Culture sur carotte glycérinée:
D'ailleurs, s’il existe quelques difficultés à se procurer des tubes de Sabouraud, on peut faire les cultures sur
carotte glÿcérinée. C’est un procédé aussi bon que le précédent, et la préparation du milieu est bien plus facile, à la portée de tous.
Il suffit de couper des tranches de carotte, qu’on place au fond des tubes, en ayant soin de les faire baigner sur une hauteur d’un centimètre environ dans de l’eau glycérinée à 4 p. 100.
On bouche à l’ouate ordinaire et on stérilise au bainmarie.
c) Auto-culture:
Si l’on n’a sous la main aucun milieu de culture, on se borne à recueillir le pus dans un tube stérile. De Beurmann et Gougerot ont montré que le sporotrichum se conservait et se développait in vitro dans le pus qui le contenait,
On peut, quelques jours plus tard, faire l’examen microscopique de ce pus, ou bien l’envoyer dans un laboratoire où la culture sera faite dans les conditions voulues.
Résultat des cultures. — On commence à reconnaître facilement les colonies vers le quatrième jour; elles se présentent sous l’aspect de taches grisâtres, arrondies à bords rayonnés.
Vers le sixième jour, ces petites taches deviennent saillantes, acuminées, puis ne tardent pas à se circonvolver et à brunir.
Du sixième au quinzième jour, les colonies s’accroissent, deviennent plus saillantes et prennent une teinte noirâtre où brun-chocolat. À ce moment, l’aspect macroscopique est caractéristique et il suffit d’avoir vu, une fois, ces colonies pour les reconnaître aussitôt.
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Artifice de la coulée de pus sur le verre sec (Gougerot). — Si l’on veut connaître de très bonne heure (dès le deuxième jour), le résultat de la culture, il faut employer le procédé de Gougerot, qui consiste à laisser couler, au moment de l’ensemencement, une grosse goutte de pus dans l’angle dièdre formé par la paroi du verre sec et la surface plane de la gélose.
On porte le tube sur la platine du microscope, préalablement incliné à 45° et l’on examine à travers la paroi les parasites qui se sont développés sur le verre.
Il est possible alors de découvrir, au milieu des amas leucocytaires, des filaments mycéliens sous forme d'étoiles ou de ramifications coralliformes.
c) Diagnostic par le traitement d’épreuve, — Enfin, si par faute de matériel on ne peut pratiquer la culture, il est facile d’instituer un traitement ioduré d’épreuve, l’analogue du traitement mercuriel & pierre de touche » de la syphilis.