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Ce qui est particulièrement immonde, paraîtil, ce n’est point que les victimes de ces dévoütantes flachonneries aient pour la plupart entre huit et onze ans; ce qui est immonde, c'est que Caillaux ait voulu atteindre Briand à travers Flachon. Ainsi parlent nos chers Q.-M., et, sans avoir l'air de s’en apercevoir, ils avouent ainsi, ils proclament qu'il est impossible de ne pas considérer Flachon et Briand comme deux « copains » inséparables.
Leurs étroites relations, il est vrai, ne font de doute pour personne. On peut essayer d’établir la parfaite innocence de Flachon, qui, en
LE D de CU
somme, n'a commis que de menus « enfantillages»; mais on ne Sauraït nier que Flachon et Briand fussent téendrement unis.
Dira-t-on que Briand ne soupconnait pas le genre de distractions auxquelles se complaisait son ami? Briand a pris soin de nous avertir lui-même qu'il ne les ignorait point.
Rappelez-vous la photographie truquée d'Æxcelsior. La légende nous apprenaït que M. Aristide Briand, président du conseil, était à Bou-
‘louris l'hôte de M. Flachon, directeur de la Lanterne. Si c'était une erreur, qu'est-ce que ça pouvait faire à Briand qu'on l’eût commise ?
C'était au beau milieu des vacances, c’est-
à-dire au moment où les ministres, fuyant les.
ministères, cherchent la retraite ignorée où ne viendra plus les relancer la séquelle des solliciteurs. Après trois ans de. pouvoir, l’indolent Aristide ne rêvait, au temps chaud, que de reprendre ses espadrilles et d'aller incognito pécher à la ligne. Il excellait à dépister les reporters, faisant annoncer qu'il partait pour le Jura quand. il filait en Bretagne. En ouvrant Excelsior, Briand ne pouvait donc que se dire:
— Tout le monde me croit chez Flachon, tandis que.je suis à Bénodet. Chouette! On va me f... la paix...
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Au contraire, Briand, qui se vante de ne jamais écrire, se hâte de rectifier, et la rectification a l'accent d’une protestalion indionée. Il indique sa véritable résidence, ïl prépare un alibi.
— Moi, chez Flachon ? Quelle calomnie ! J'ai tout juste vu Flachon cinq minutes en traver-
sant Saint-Raphaël...
ut au plus, en effet, si Briand à eu le temps de s'arrèter quelques instants devant la fameuse villa de Boulouris et de répondre à Flachon, qui lui faisait admirer le site :
— Oui, ce n'est pas mal, mais ça manque un peu de prairies.
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H faut le répéter: qu'y aurait-il done eu de si extraordinaire dans cette visite de Pancien directeur de la Lanterne à son successeur ? Ea Lanterne, qui s'enorgueïllit d'avoir eu trentetrois ministres dans sa rédaction, n'était-elle pasen cetemps-là plus ministérielle que jamais? N'émargeait-elle pas aux fonds secrets ? Pourquoi Briand s'est-il défendu si àâprement d'avoir passé, ne füt-ce que quarante-huït heures, sous le toït de son copaïn ? Il savait done... ?
Evidemment, il savait. Mais le satyre de Saint-Nazaire ne pouvait rien reprocher au satyre de Boulouris ; il était aussi difficile à Briand de rompre avec Flachon qu'avec son passé.
Deux fois dans ma vie je suis allé à la Zanterné. La première fois, ce fut rue Richer, sur l’invitation de Briand; je le trouvai en conversation avec Gustave Hervé, qu'il avait fait acquitter le mois précédent par la cour d’assises et qu'il devait déféndre le lendemain devant le Conseil supérieur de l'Instruction publique. Flachon, son principal collaborateur, flachonnait, apparemment, dans la pièce voisine, quelque petite ordure sur le frère Flamidien.
La seconde fois, ce fut encore Briand qui me conduisit à la Lanterne, Il était dévenu dans la
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pis
journée ministre de l'instrnction pub lique, et il m'avait prié de lui donner, ce soir- e quelques & tuyaux » sur a iversité. J'avais alors fa cervelie échauftée de grandes réformes pédago- -giques, et je croyais ing'énument | heure venue de les réaliser. Maïs Briand m'écoutait mal. Il n'était préoccupé que d'une peste et il finit par me l'avouer en ces termes : « Si l’on faisait un poker ? »
M'efforçant de l'intéresser au grand sujet qui me passionnait, je dus monter avec luijusqu'aux buréaux de la Lanterne, qui venait de s'installer sur le boulevard. Comme j'ignorais le-poker,; je m'empressai de céder à trois lanterniers — je ne me rappelle plus si Flachon était du nombre — l'honneur de faire la partie ministérielle. Je vois encore, les cartes en main, la cigarette au coin des-lèvres, tätant de temps à autre sa moustache, comme pour s'assurer qu'elle.ne se dé: collaïit point, le grand Maître de l'Université poser, suivantsa coutume, son pied sur la table, pendant les troïs premiers coups, pour conjurer le mauvais sort...