‹ De Tocqueville's L'ancien régimeChapitre 35 sur 41 · DES PAYS D’ÉTATS, ET EN PARTICULIER DU LANGUEDOC · texte numérisé non relu

DES PAYS D’ÉTATS, ET EN PARTICULIER DU LANGUEDOC

Mox intention n’est point de rechercher ici avec détail comment les choses se passaient dans chacun des pays d'états qui existaient encore à l’époque de la Révolution.

Je veux seulement en indiquer le nombre, faire connaître ceux dans lesquels la vie locale était encore active, montrer dans quels rapports ils vivaient avec l’administration royale, de quel côté ils sortaient des règles communes que j'ai précédemment exposées, par où ils y rentraient, et enfin faire voir, par l’exemple de l’un d’entre eux, ce qu'ils auraient pu aisément devenir tous.

Il avait existé des états dans la plupart des provinces de France, c’est-à-dire que chacune d'elles avait été administrée sous le gouvernement du roi par les gens des trois états, comme on disait alors : ce qui doit s’entendre d’une assemblée composée de représentants du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie. Cette constitution provinciale, comme les autres institutions politiques du moyen âge, se retrouvait avec les mêmes traits dans presque toutes les parties civilisées de l’Europe, dans toutes celles du moins où les mœurs et les idées germaniques avaient pénétré. Il y a beaucoup de provinces d'Allemagne où les états ont subsisté jusqu’à la révolution française ; là où ils étaient détruits, ils n’avaient disparu que dans le cours des xvrIe et xvIxIe siècles. Partout, depuis deux siècles, les princes leur avaient fait une guerre tantôt sourde, tantôt ouverte, mais non interrompue. Nulle part ils n’avaient cherché à améliorer l’institution suivant les progrès du temps, mais seulement à la détruire ou à la déformer quand l’occasion s’en était offerte et qu’ils n’avaient pu faire pis.

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