‹ De tout un peu (volume 2)Chapitre 34 sur 50 · OEUVRES DE II EX IU HEIXE · texte numérisé non relu

OEUVRES DE II EX IU HEIXE

moi que je suis bâtard, fils de bourreau, voleur de grand chemin, athée, mauvais poëte : j’en ris; mais ça me déchire le cœur, de voir contester ma dignité doctorale (entre nous, quoique docteur en droit, la jurisprudence est précisément celle de toutes les sciences que je sais le moins). Dès l’âge de seize ans, j’ai fait des vers. Mes premières poésies furent publiées à Berlin, l’an 1821. Deux ans plus tard parurent de nouvelles poésies avec deux tragédies. L’une de ces dernières fut jouée et siffiée à Brunswick, capitale du duché de Brunswick. L’an 1825, parut le premier volume des Reisebilder; les trois autres volumes furent publiés, quelques années après, chez MM. Hoffmann et Campe, qui sont toujours mes éditeurs. De 1826 à 1831, j’ai résidé tour à tour à Lunebourg, à Hambourg et à Munich, où j’ai publié les Annales politiques , avec mon ami Lindner. Pendant les intervalles, j’ai fait des voyages dans des pays étrangers. Depuis douze ans, j’ai toujours passé les mois d’automne au bord de la mer, ordinairement dans une des petites îles de la mer du Nord. J’aime la mer comme une maîtresse, et j’ai chanté sa beauté et ses caprices. Ces poésies sont contenues dans l’édition aile-

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mande des Reisebilder. Je les ai retranchées dans l’édition française, où j’âi aussi retranché la partie polémique, qui se rapporte à la noblesse de naissance, aux teutomanes et à la progagande catholilique. Quant à la noblesse, je l’ai encore discutée dans la préface des Lettres de Kahldorf , que je n’ai pas écrites moi-même, comme le croit le public allemand. Pour les teutomanes, ces vieilles Allemagnes , dont le patriotisme ne consistait que dans une haine aveugle contre la France, je les ai poursuivis avec acharnement dans tous mes livres. C’est une animosité qui date encore de la Burschenschaft , dont je faisais partie. J’ai combattu en même temps contre ïa propagande catholique, les jésuites de l’Allemagne, tant pour châtier des calomniateurs qui m’ont attaqué les premiers, que pour satisfaire à des penchants protestants. Ces penchants, il est vrai, ont pu quelquefois m’entraîner trop loin; car le protestantisme n’était pas pour moi seulement une religion libérale, c’était aussi le point de départ de la révolution allemande, et j’appartenais à la confession luthérienne, non-seulement par acte de baptême, mais aussi par un enthousiasme batailleur qui me fit prendre part aux luttes de cette Église

militante. Tout en défendant les intérêts sociaux du protestantisme, je n’ai jamais caché mes sympathies panthéistiques. Cela m’a fait accuser d’athéisme.-Des compatriotes mal instruits ou malveillants ont depuis longtemps répandu la nouvelle que j’ai endossé la casaque saint-simonienne; d’autres me gratifient de judaïsme. Je regrette de n’être pas toujours en état de récompenser de tels services. Je n’ai jamais fumé; je n’aime pas non plus la bière, et ce n’est qu’en France que j’ai mangé la première choucroute. En littérature, j’ai tenté de tout : j’ai fait des poèmes lyriques, épiques et dramatiques; j’ai écrit sur les arts, sur la philosophie, sur la théologie, sur la politique.,. Que Dieu me le pardonne ! Depuis douze ans, je suis discuté en Allemagne; on me loue et on me blâme, mais toujours avec passion et sans cesse. Là, on m’aime, on me déteste, on m’apothéose, on m’injurie. Depuis presque quatre-ans, je n’ai pas entendu un rossignol allemand.

C’est assez. Je deviens triste. Si vous demandez encore d’autres renseignements, je vous les donnerai très-volontiers. Je préfère toujours que vous les demandiez à moi-même. Parlez bien de moi,

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