‹ De tout un peuChapitre 27 sur 34 · TROISIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

TROISIÈME TABLEAU

Sauvage conti’ée do montagnes. A droite, groupe d’arbres fantastiques et un coin de lac, A gauche, une abrupte paroi de rochers où^ voit un grand portail. — Le chevalier erre çà et là comme un insensé. Il semble conjurer ciel et terre, toute la nature, de lui rendre sa bien-aimée. Du lac montent des ondines qui dansent autour de lui d’une façon solennelle et provoquante. Elles portent de longs voiles blancs, et sont parées de perles et de coramx. Elles veulent entraîner le chevalier dans leur humide empire ; mais du feuillage des arbres s’élancent les esprits de l’air, les sylphes qui viennent le retenir avec une joie douce et abandonnée. Les ondines s’échappent et se replongent dans le lac.

Les sylphes sont vêtus de couleurs claires, et portent sur la tête des guirlandes vertes. Légers et joyeux, ils entourent le chevalier. Ils l’agaçent, le consolent et veulent l’entraîner dans leur monde aerien; alors, le sol s’ouvre à ses pieds, et l’on en voit sortir impétueusement les esprits de la terre,

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les gnomes avec leur longue barbe blanche, et leur courte épée dans leur petite main. Ils tombent sur les sylphes, qui s’envolent comme des ' oiseaux effarouchés. Quelques-uns d’entre eux se réfugient sur les arbres, se balancent sur les branches, et, avant de s’évanouir dans l’air, se raillent des gnomes, qui, en bas, gesticulent comme des furieux.

Les gnomes entourent de leurs danses le chevalier, et semblent l’encourager, et vouloir lui inspirer 1a témérité qui les anime. Ils lui montrent comment on doit faire des armes; ils exécutent nne danse guerrière, et se fendent comme des conquérants, — quand tout à coup les esprits de feu, les salamandres paraissent, et, à leur seul aspect, les gnomes

rentrent sous terre comme des poltrons.

Les salamandres sont des hommes et des femmes, longs et maigres, avec des vêtements collants, couleur de feu. Toutes portent de grosses couronnes d’or sur la tête, des sceptres et autres joyaux impériaux dans les mains. Elles dansent autour du chevalier avec une passion brûlante, lui otlrant en même temps une couronne et un sceptre, et il est involontairement entraîné avec elles dans les lïam-

mes ardentes de la Volupté; ces flammes l’auraient consumé, si tout à coup les sons du cor n’avaient retenti, et si la chasse infernale ne s’était montrée dans les airs à l’arrière-plan. Le chevalier s’arrache aux esprits de feu qui jaillissent en étincelles comme des raquettes, et s’évanouissent ; délivré, il étend passionnément les bras vers celle qui conduit la chasse aérienne.

C’est Diane. Elle est assise sur un cheval blanc de neige, et salue le chevalier en souriant. Derrière elle chevauchent, également sur des chevaux blancs, les nymphes de la déesse, ainsi que les cortèges divins que nous avons déjà rencontrés dans le vieux temple, Apollon et les Muses, et Bacchus avec ses compagnons. Quelques grands poètes de l’antiquité et du moyen âge, et de belles femmes des temps plus modernes, forment l’arrière-garde, montés sur des chevaux ailés. Contournant les sommets des montagnes, le cortège arrive enfin au premier plan, et fait son entrée par le grand portail qui s’ouvre à gauche de la scène. Diane seule descend de son coursier, et s’arrête auprès du chevalier enivré de joie. Les deux âmes célèbrent leur rencontre par des danses qui expriment le ravissement. Diane

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montre au chevalier la porte ouverte dans le rocher, et lui indique que c’est là la célèbre montagne de Vénus, le siège de tout plaisir et de toute volupté. Elle veut l’y conduire en triomphe ; mais un vieux guerrier à la barbe blanche s’avance au-devant d’eux; il est armé de pied en cap, et retient le chevalier en l’avertissant ilu danger que courrait son âme dans la montagne païenne de Vénus. Mais, comme le chevalier ne veut point entendre ces avis bien intentionnés, le vieux guerrier (c’est le fidèle Eckart) saisit son épée et le provoque eu combat singulier. Le chevalier accepte le défi, ordonne à la déesse inquiète de ne pas s’immiscer dans le combat ; mais, après les premières passes, il est renversé d’un coup d’épée. Le fidèle Eckart s’éloigne en chancelant, se réjouissant d’avoir au moins sauvé l’âme du chevalier. Sur le cadavre de celui-ci, la déesse se jette désespérée et inconsolable.

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