DES HUGUENOTS
Paris, le 1" mars 1830.
Ce fut hier un jour remarquable pour le beau monde de Paris : on donnait à l’Opéra, pour la première fois, ces Huguenots si longtemps désirés, et Rothschild donnait son premier grand bal dans son nouvel hôtel. Je voulais jouir dans la même soirée de ces deux magnificences, et je suis si fort surmené, et comme enivré, que pensées et images tournoient dans ma tête, et que la fatigue et l’étourdissement ne me permettent presque pas d’écrire. Quant à un jugement, il ne peut en être question. 11 fallait entendre Robert le Diable une douzaine de fois avant
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de pouvoir pénétrer toute la beauté de ce chefd’œuvre ; et, d’après ce que les connaisseurs nous assurent, Meyerbeer doit avoir atteint dans les Huyuenots une perfection de forme plus grande encore, une exécution plus spirituelle des détails. Il est bien le premier des contra-puntistes vivants, le plus grand artiste de la musique; il apparaît cette fois avec des créations toutes nouvelles, il crée de nouvelles formes dans , le royaume des sons, et il donne
aussi de nouvelles mélodies, tout à fait extraordi-
naires, non point dans une multitude anarchique mais là où il veut, et comme il veut, à la place où elles sont nécessaires. Par là précisément, il se distingue des autres musiciens de génie dont la riches.se mélodique trahit promptement le manque d’art, puisqu’ils se laissent entraîner eux-mêmes par le torrent de leurs mélodies, et obéissent plutôt qu’ils ne commandent à la musique. C’est très-justement que l’on comparaît hier, au foyer de l’Opéra, l’art de Meyerbeer ave(vcelui de, Goethe. Seulement, en opposition avec Goethe, l'amour de son art a pris chez notre grand maestro un caractère si passionné, que ses admirateurs s’inquiètent souvent de sa santé. C’est à cet homme que s’apjilique véritablement