‹ Débats sur l'adresse, 24 janvier 1865 [microforme]Chapitre 1 sur 1 · Débats sur l'adresse, 24 janvier 1865 [microforme] · texte numérisé non relu

Débats sur l'adresse, 24 janvier 1865 [microforme]

M. Bureau sur les débats de l'adresse ru Conseil Législatif, à la séance de mardi 24 janvier 1865 :

Monsieur j'Orateur,

Je nai pas l'intention de rappeler les divisions ni les dissensions du passé, mais je veux considérer la ligne de conduite qu'il conviendrait au pays de suivre à l'avenir, et j'aurai l’assurance d’avoir bien rempli mon devoir si je puis convaincre la chambre, qu'il y a des dangers et des écueils à éviter et indiquer une ligne de conduite qui puisse contribuer au bien-être et à la prospérité de la province, Il 6e fait en ce moment aux Etats-Unisune guerre

bus

malheureuse, guerre qu’une conduite politique imprudente ou imprévoyante de notre part peut encore attirer sur nos bras, et cependant nos relations commerciales et autres avec ce grand pays sont de nature à nous faire désiser et espérer que tout sera fait en notre pouvoir pour maintenir la paix. J'ai remarqué avec plaisir que tous les honorables membres qui ont jusqu’à présent pris part aux débats ont été unanin:8 à désirer le maintien de la paix et de la bonne entente avec cette puissance, en: évitant avec soin toute cause de malentendu avec elle, et j'ose croire que ce sentiment. est partagé par la chambre toute entière. J’attire l’attention des honorabies membres sur ce fait important et digne de remarque, c’est que l’Angleterre désire nous faire comprendre que dans le cas d’une guerre, le secours qu’elle nous donnera sera bien limité. Nous ne sommes nullement autorisés à croire qu'elle sera disposée à protéger les colonies à tout prix, car ce principe qu’elles doivent en grande partie pourvoir à leur propre défense, n’a fait que se fortifier de plus en plus, surtout depuis l'introduction de la doctrine du libre échange.

Lord Joln Russell a ouvertement exprimé cette opinion en 1850 ei il est encore au pou-

US Me

voir aujourd’hui. Le principe que ïe noble lord amenait à l'appui de son opinion était que lés relations de commerce de la métropole avec ces colonies étant considérablement modifiées et changées, il était plus avantageux pour toutes les parties intéressées de laisser les événements prendre leur cours naturel, et et de se consolider graduellement dans cette condition d’être qui convenait le plus à leurs intérêts. :

La presse anglaise a soutenu la même politique, et le Times de Londres en particulier a constamment prêché la nécessité qu’il Ya.

pour la métropole de faire comprendre aux colonies qu’elles doivent compter pour leur défense et le maintien de leur indépendance en grande partie sur leu. propres ressources, et à la vérité, quand on considère ce que l'armée et la marine cotitent annuellement à l’An-

gleterre, il est presque impossible d'exiger que

le Canada vienne encore ajouter à ces énormes dépenses. En 1861, les armées de terre de l'empire comptaient 146,044 hommes, et la solde et les gratifications se montèrent à l’énorme somme de £4,780,000 stg., ajoutons à cela £1,456,834 stg. pour les provisions, le fourrage, les combustibles, l'éclairage et autres dépenses nécessaires, nous aurons un total de

ds fx

£6,236,834 sig. Ou à peu près $25,000,000; L’estimé total pour l’armée se monte à £12, 493,943 ou $56,250,000. L'estimé total pour la marine durant la même année, pour la solde de 59,000 officiers, marins et aspirants, de la flotte de Sa M'jesté fut de £2,346,179. Si l’on ajoute à cela ce qui a été alloué pour les pensions militaires d’une demi-solde nous auront un estimé total de Æ12,229,475 sto ou $53,000,000. Ajoutons ensemble le coût de l'armée et de la marine ainsi que toutes les dépenses Contingentes, nous aurons pour Stand total £24,523,418 sig, ou #109,250,000 et cependant comme je l'ai dit plus haut, cette somme énorme n’a pu suffire qu’à l'armement et l’entretien de 146,044 hommes de l’armée de terre, et 59,000 marins, (armée navale), Considérons maintenant que l’Angleterre outre le soin de sa propre défense, doit pourvoir à la protection de 53 colonies, pouvons-nous donc raisonnablement SUpposer qu’en cas d’une guerre, elle put mettre à notre disposition une armée de 50,000 hommes.

La petite révoiution de 1837 en Canada à elle seule a coûté £2,100,000 stg. ou $#10,000 000, et cependant ce ne fut que l’insurrection de quelques paroisses, En rappelant ee triste et malheureux événement, je dois exprimer

a mn puy MR, ms mamans

l'opinion que l'insurrection ne fut pas dirigée contre la couronne d'Angleterre, en effet Sa Majesté ne Compte pas dans tous ses domaines de sujets mieux disposés envers elle que les Canadiens-Français, Ils ont déjà prouvé leur loyauté, et ils sont prêts et disposés à en donner encore des preuves quand l’occasion s'en présentera. La querelle a été personnelle, et je puis en parler avec Connaissance de cause, puisque je demeure au milieu du peuple et re: présente le collége électoral qui, en grande partie, a été le centre de ces dissensions. Les Canadiens-Français sont fortement attachés aux institutions politiques de la Grande Bre. tagne, surtout à la liberté de la presse, la liberté de conscience et la liberté du culte. Ils savent que chaque concession raisonnable qu’ils ont cru devoir demander leur a été accordée, et ils ont l'assurance que celles qu’ils croiront nécessaire de demander à l'avenir ne leur seront pas refusées. Je sais que le Canada pourra, quand il le jugera à propos, demander à la métropole et obtenir le pouvoir

de changer sa constitution ou d'apporter dans

sa forme gouvernementale Ja modification qu'il croira nécessaire.

Si l’on considère que le gouvernement impérial n’a aucun intérêt pécuniaire à conser-

ane n temeremaillnmarirraertnnrennmnitemnter

| D Pin atom commen

ver læprovincecomme-colonie, que ses relations commerciales avec les Etats-Unis sont plus considérables qu’wec nous et qu’il a été obligé de taxer le peuple de la Grande Bretagne Jusqu'au cinquième du coût des importations, l'on ne doit être nullement surpris de ce que ce gouvernement cherche à nous faire com-

prendre que nous ayons à l'avenir à compter

pour notre défense sur nos propres ressources. Mais que pourrions-nous faire dans le cas d’une guerre avec les Etats-Unis même quand nous aurions tout le secours que peuvent nous procurer les provinces maritimes ? Je suis d’opinion moi, qu’une résistance efficace est purement impossible, Les Canadiens, je le répète, sont bien disposés et bien résolus à faire tout en leur pouvoir, ils sont prêts à risquer leurs biens et leur vie pour leur propre défense, mais ils n’ignorent pas et ils sont même convaincus qu’une telle résistance serait inutile.

Ils ne demandent pas la séparation de la colonie d’avec la métropole, non, ils désirent maintenir le lien qui les unit à la Grande Bretagne aussi longtemps que cela sera pos- MDI sos

Et de plus il est digne. de .rem arque, (et je citerai ce fait comme une excellente raison qui doive nous porter à cultiver des relations

Den.” *

mi,

nn — 7 Ada rs à RÉ on Do Farine, %

ee

= = item a Sue ns nn des ges %

ne

NE 0e

amicales avec les Etats-Unis) que notre commerce avec les Etats-Unis est beaucoup plus considérable qu'avec la Grande Bretagne. Les rapports de l’année fiecale de 1864 nous font voir que la valeur de nos importations de la Grande Bretagne, a été de #20,000,000 en ometiant les fractions, tandisque nos importations des Etats-Unis s0 sont montées à $23, 000,000. La valeur de nos exportations pour la même année à la Grande Bretagne a été de $17,000,000 et aux Etats-Unis de $20,000,000 ; ainsi dans ces deux cas, l’on voit que nos intérêts commerciaux avec ce dernier pays sont plus grands qu'avec la Grande Bretagne, Si je fais cette comparaison, si je cite ces chiffres, je ne veux nullement que l’on me suppose le désir de changer et de motifier nos relations politiques, mais j’établis ces faits afin de prouver qu’il est de notre intérêt de nous maintenir en paix avec nos voisins, et de continuer ce traité de réciprocité quia été si avantageux pour les deux parties, Considérons maintenant les relations commerciales de la Grande-Bretagne et des Etats- Unis et voyons quel effet désastreux aurait une guerre entre Ces deux puissances pour leurs intérêts mutuels : car il ne faut pas se le cacher, il en est parmi eux qui semblent désirer

le

une guerre. Le gouvernement anglais a pro-

elamé une stricte neutralité dans la guerre:

actuelle, et cette neutralité il l’a rigoureusement et honorablement observée, mais on ne peut dire que les sujets anglais ont suivi ce bon exemple de leur gouvernement, Dans l'espoir bien fondé du reste, de faire des fortunes en cherchant à approvisionner les Etats du Sud, ils ont méconnu cette proclamation de neutralité, et les Etats du Nord ont justement droit de se plaîndre et de croire que le peuple anglais sympathise avec les Etats Confedérés. Lors de mon voyage à Halifax, j’ai fait la rencontre d’un marchand engagé dans ce genre de commerce, il m'a assuré que sur chaque Cargaison qu’il pouvait débarquer dans les ports des Etats du Sud, il faisait un profit net de #80,000 stg. on #400,000, il pouvait done par conséquent risquer d’en perdre une de temps à autre.

Mais la conduite du peuple anglais n’a satis. fait ni l’une ni l’autre partie belligérante : car le Sud s’indigne de la conduite du gouvernement anglais, tandisque le Nord lui, est furieux contre les sujets.

Pour en venir aux statistiques commerciales des Etats-Unis et de la grande Bretagne, je vois qu’en 1861-62 la valeur des articles

ds Sa

Be

“ur

RS Da

ss NP

de commerce importés des Œtats-Unis en Anc gleterre a été en chiffres ronds de 8220, - 000,000, et les exportations aux Etats- Unis $105,000,000 ; en considérant ce commerce immense, n'est-il pas raisonnable de croire que l'Angleterre désire le maintien de la paix et nous ne devons-nous pas le désirer aussi? J'ai dit plus haut que le.

Times de Londres était fortement opposé au principe de la défense et de la protection des colonies avec les armées de la mère patrie, et cela me rappelle un incident qui eut lieu à Halifax lors de la visite à cette ville des membres de la législature canadienne l’été dernier. À un banquet public donné en leur honneur, l’amiral Hope ayant dit que dans l’éventualité d’une guerre avec les Etats-Unis, les provinces pouvaient compter sur le sécours de la mèrepatrie, le Times en rapportant ces paroles de. Painiral déclara qu'il n’était nullement autorisé à faire cette assertion, Cette remarque ne m'a nullement surpris, car je sais que la polique coloniale à subi un grand changement.

Je ferai part maintenant à la chambre de l’opinion émise par Lord John Russell à laquelle jai déjà fait allusion, et qu'il partage, je crois, encore aujourd’hui. Le noble Lord, dans un excellent discours sur la conduite à

nr

suivre à l'égard des colonies, prononça, entrautres choses, les paroles remarquables qui suivent :

“ Je pense qu’il est absolument nécessaire “ que le gouvernement et la chambre procla- “ ment les principes qui doivent désormais les “ diriger; s’il est de notre devoir, comme je le “ crois fermement, de conserver notre grand et “ précieux empire colonial, veillons à ce qu’il “ ne repose que sur des principes justes, pro- “ pres à faire honneur à ce pays et à contri- “ buer au bonheur, à la prospérité de nos pos- ‘€ sessions.

“ En ce qui concerne notre politique com- “ merciale, j'ai déjà dit que le système entier “ du monopole n’est plus. La seule précaution ‘ que nous ayons désormais à prendre, c’est “ que nos colonies n’accordent aucun privi- “ lége à une nation au détriment d’une autre, “et qu’elles n’imposent pas des droits assez “ élevés sur nos produits pour équivaloir à “ une prohibition. Je crois que nous sommes “ fondés à leur faire cette demande en retour “ de la sécurité que nous leur procurons”?

Et plus loin référant à la Intte avec les colonies de la Nouvelle Angleterre qui conduisit à la proclamation de leur indépendance il dit :

“ Non-seulement je crois que ces principes

“ sont ceux qui doivent vous diriger, sans au: “ cun danger pour le présent, mais jé pensé “ encore qu'ils serviront à résoudre, dans l’ave- “ nir, de graves questions, sans nous exposer “à une collision aussi malheureuse que celle “ qui marqua la fin du dernier siècle. En re- “ venant sur l’origine de cette guerre fatale “avec les contrées qui sont devenues les

Etats-Unis d'Amérique, je ne puis m’empé-

‘cher de croire qu’elle fut le résultat non “ d’une simple erreur, d’une simple faute, ‘ mais d’une série repétée de fautes et d’er- “ reurs d’une politique malheureuse de con- “cessions tardives et d’exigences inoppor- “tunes. J’aï la confiance qne nous n’au- “rons plus à déplorer de tels conflits. Sans “doute je prévois, avec tous les bons es- “prits, que quelques-unes de nos colo- “nies grandiront tellement en population ‘et en richesse qu’elles viendront nous dire “un jour: Nous avons assez de fürce pour “être indépendantes de l'Angleterre. Le # lien qui nous attache à elle nous est devenu “onéreux et le moment est arrivé où, en “toute amitié et en bonne alliance avec la “ mère-patrie, nous voulons maintenir notre “ indépendance,”

Le même esprit qui animait alors les con--

an 1.

seils de sa majesté, les anime encore aujourd’hui, et je ne douten'illement que nous puissions obtenir tout changement constitutionnel que nous jugerons à propos de demander, pourvu que ce changement n’entrainât point trop de dépenses, de manière à ne pas être forcés à taxer trop haut le commerce de l'empire, La conduite que le Gouvernement ‘Canadien a suivie, relativement aux incursions à main armée sur le territoire américain, incursions qui ont tant excité la population de ce pays contre nous, à certainement été digne d’éloges et ce qu’elle devait être. Je n’ai pas Tintention de discuter en ce moment le projet de confédération, mais je ne doute nullement que le temps viendra où nous serons indépendants. Notre pays s’étendra alors de l'Est à l'Ouest, commençant à l’Ile de Terre-Neuve, et se terminant à l’Ile de Vancouver, formant une étendue de près de 1300 lieues, Il serait sans doute aussi difficile que coûteux de protéger les Iles de Terre-Neuve, du Prince Edouard et de Vancouver, ainsi que les côtes et les frontières à l’intérieur, et l’idée de défendre une frontière de cette longueur ne pent être entretenue un instant.

La politique que nous devons suivre est essentiellement une politique de paix, nous de-

po é

En

vons donc chercher à établir des relations commerciales avec nos voisins sur une base solide et durable. Je considère le projet de confédération comme un pas vers notre indépendance, et s’il en résulte, comme je l'espère, la dissolution de l’union qui existe entre le Haut etle Bas-Canada, je ne crois pas que nous ayons jamais à en regretter l’adoption.

Page 1