‹ DeburauChapitre 18 sur 27 · Scène absurde, insensée · texte numérisé non relu

Scène absurde, insensée

DEBURAU Inouïe.

MARLPADUELESSIS Et j'ai répondu : « Oui » — Pour m’en débarrasser.

DEBURAU Et tu vas le quitter ?

MARTECDUPRTESSIS Mais jamais de la vie!

Nous n’en avons du reste envie Ni l’un ni l’autre.

(Sonnent trois heures.) IL est trois heures ?

DEBURAU Eh! Oui — déjà.

MARIE DUPLESSIS Je dois partir.

Je pense bien.

En t’en faisant parler d’ailleurs

Je n’ai voulu

Que t'avoir près de moi cinq minutes de plus.

MARTECD IP LESSIS

Mais, avant de partir, voudrais-tu me permettre De faire un signe à ta fenêtre Et de faire monter quelqu’un ?

DEBURAU Qui ça?

MARIE DUPLESSIS

Mon médecin.

Il est en bas.

Ton médecin — pourquoi ?

MARTE DUPLESSIS Je veux qu’il t’examine.

DEBURAU Mon Dieu,

Oh ! quelle idée !

Pourquoi ce médecin. je n’ai pas demandé...

NERRERSD UP LESSIS Non — mais je sais, J'ai su par ton ami justement que jamais Tu ne faisais venir le médecin pour toi.

DEBURAU AIOrS, toi, tu tes dit.

MIMR EE DUPIESSTS Oui, j’ai pensé qu’à moi Tu ne dirais pas non.

Et je l’ai fait venir — sans lui dire ton nom.

DEÉBURAU Sans lui dire mon nom?

MARIE DUPLESSIS Oui, par prudence, tu comprends, Car il voit tant de gens Avec lesquels il cause, Et je ne voudrais pas.

D'ÉBURET Evidemment.

MARIE DUPLESSTS A cause...

DE U RAD Evidemment !

M'AR FE CD'UPTESSTES C’est un homme très éminent Qui me soigne depuis six mois.

D'ÆB CET Qui te soigne — pour quoi ?

MARIE DUPLESSTS

Je tousse un peu. Très peu. Mais, tout de même, un peu. Alors, je peux ?

Je peux lui faire signe ? Il peut monter ?

Mais oui. MACRIRPDURPESS1S Merci.

(EVle va à la fenêtre.) Psst !.. Psst!.. Montez, docteur.

(Elle fait signe an docteur qw'il y a trois étages à monter.) Oh ! Que je suis contente !

DEBURAU Contente, pourquoi donc ?

MARIE DUPLESSIS À cause du docteur.

Il va te tendre la santé.

DEBURAU Mais — Je bonheur ?

DRE D IPDLESSISS Ne demande pas trop, mon chéri.

DEBURAU N'est-ce pas!

Je t’ai donc attendue un si long temps pour ça!

MPRRLÉSDUPDESSES Mais.

DEBURAU Pour te voir venir avec un médecin !

Et dire que tu crois que c’est tout à fait bien. Un médecin — quand tu venais!

Un médecin qui te seconde !

Tu ne connais donc pas le pouvoir de tes yeux ? Quoi, tu ne sais donc pas que d’un mot tu pouvais Faire bien plus et faire mieux Que tous les médecins du monde!

(On sonne.)

On a sonné.

MARIE DUPLESSIS Je vais ouvrir.

D'EBURAU Ouvre, en partant.

MARIE DUPLESSIS Mais je peux...

Non, va-t’en.

MA RTE D'UPLESSLS Mais je voudrais.

Non, va-t’en. Je te le demande.

Je ne veux pas que l’autre attende, Tu m'en voudrais |

Adieu.

(Elle lui tend sa main.) Non, rien. Pitié !

MARIE DUPLESSIS

Mais j'aurais tant voulu.

DEBURAU Adieu.

MARIE DUPEESSIS Je peux rester cinq minutes de plus.

DEBURAU Non, non, Ouvre-lui vite et disparais Sans lui dire mon nom — Ca se saurait, Et pense donc!

MARIE DUPLESSIS Tu m'as dit que je te manquais, Et tu me chasses quand je viens.

Plus tard, tu comprendras. Ouvre À ton médecin. Regarde-moi. Souris.

Adieu. Va vite, je t’en prie.

Tu me manquais surtout quand je me portais bien.

(Marie a owvert la porte. Le médecin est entré. Flle lui a dit quelques mots à loreille, puis elle S’en va.)

DEBURAU Entrez, docteur, je vous en prie.

Asseyez-vous.

LE DOCTEUR Merci.

On vous à dérangé, monsieur, pour un pauvre homme.

EE DOCTEUR Un pauvre homme, monsieur ? Vous n’en avez pas l'air. Qu'est-ce que vous avez exactement, en somme ? DEBURAU

Exactement ? Je n’ai plus rien que ma misère.

DEMDOGCEREUR Vous souffrez ?

DÉBUREU Même pas !.… Souffrir — mais je voudrais !

Si je souffrais, au moins, cela me distrairait.

IFESD'OCEÉEUR Donnez-moi votre main.

DEBURAU Ma main? Vous n’allez pas me marier, grands dieux ?

PESDOCLEUR Oh! Non, ne craignez rien.

DEBURAU Vous n’allez pas non plus me lire dans la main?

À L'EED OC DEUR Non, non — n'ayez pas peut.

(Deburan lui tend sa main et, après quelques secondes de silence, le docteur, en remettant sa montre dans sa poche, lui fait signe qu’il n’a pas de fièvre.)

DEBURAU Vous voyez, je n’ai rien!

LE DOCTEUR Voulez-vous me permettre.

(17 lausculte.)

Allons, ce n’est pas grave. Un peu d’asthme peut-être. Et si je peux parler, monsieut, très franchement, Vous me semblez atteint surtout moralement.

DEBURAU C’est possible.

- PELDOCTEUR Il faudrait. sortir.

Pour aller où ? A ÉESCDOCTEUR Mais. n'importe où.

DEBURAU Et pour quoi faite ?

LE DOCTEUR Pour vous distraire.

DEBURAU Je m’assomme partout !

ÉPDOCEEUR Tout de même, essayez.

DEBURAU Je n’en ai pas envie.

BE DOCTEUR Il le faudrait, pourtant.

DEBUR AU Je suis fixé depuis longtemps Sur les distractions possibles de la vie.

FENDOCTEUR La bonne chère ?

Hélas ! Docteur, je n’ai plus faim.

Et quant au vin Je le réserve pour la fin!

LE DOCTEUR Oh! Vous pouvez aussi vous jeter dans la Seine!

DEBURAU C'est une idée.

LE DOCTEUR Elle est malsaine.

DEBURAU Ah! Vous croyez ?

LE:DOCTEUR Et la musique ?

DEBURAU Oh! Je préfère me noyer, La mort est plus soudaine !

LÉRD OC LE Et la peinture... la couleur...

Cela ne vous dit rien?

DEBURAU Je n’aime que le blanc, docteur, Ou bien le noir.

LED OCGTELR Et la nature ?

Elle m’écrase.

| LE DOCTEUR Et la lecture ?

DEBURAU Je préfère la mort sans phrases !

LE DOCTEUR Et le théître ?

DEBURAU Le Théître ?

LE DOCTEUR Et pourquoi pas ?

Dans bien des cas J'ai constaté Son efficacité.

Vous avez vos chagrins — nous avons tous les nôtres — Et je respecte volontiers Ceux-là qui font métier De distraire les autres Et de les amuser.

Quoi, vous me proposez...

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