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PL. V

UNE SONNAILLE PÉRUVIENNE INÉDITE. SONNAILLES ET TRANCHETS PÉRUVIENS EN BRONZE DE DIVERS TYPES

La pièce de bronze très riche en cuivre, fondue .'i cire perdue que nous figurons sur la plaïulie ci-conlre est intéressanle, d'abord parce quelle csl d'un type nouveau, et surtout parce (ju'elle prête à diverses observations générales.

On peut considérer deux parties dans cette pièce: le groupe des figurines delà partie suj)érieure et la partie inférieure en forme de tranchel ou racloir. (Noir pi. \', lig. 1 , 2, 3. i

Le groupe des trois j)ersonnages est formé à gauche d'un petit bonhomme coilfé d'une sorte de calotte ; sur ses épaules est jetée une pèlerine. Autour de la taille il porte une ceinture, avec pièce passant entre les jambes et ramenée en avant sur le ventre. Il a la main gauche levée en l'air et de la main droite tient une calebasse (ju il porte à ses lèvres.

A droite, un autre personnage plus petit porte un costume analogue; il tient de la main gauche un vase h pause sphéricpie et à goulot annulaire avec tubulure recliligue du tvpe j)éruvieu classique.

Au centre, le sujet princi|)al a la tête ornée de la grande coiffure en chapeau de gendarme que l'on peut remanjuer sur certaines ligures placée» au sommet de vases funéraires du Nord du Pérou. Il a, à chaque oreille, un large anneau. Les yeux, le nez et la bouche sont très accentués. Il est vêtu d'une sorte de double pèlerine à bords fortement dentelés.

Mais le point particulièrement intéressant, c'est qu'il tient de la main gauche un objet ayant exactement la forme de la pièce entière que nous décrivons ici. II semble tenir de la main droite un objet circulaire sur lequel il appuie le bord de la pièce qu'il tient de la main gauche. Nous chercherons tout à l'heure à interpréter cet objet.

Au-dessous du groupe et latéralement pendent cinq anneaux ovalaires, munis en bas d'une petite sphère pleine et passés dans des anneaux adhérents à la pièce principale. Le tout, comme les personnages, a été très habilement fondu d'un seul jet.

Si on empoigne la pièce par le milieu el (pion l'agile, on prodnit un bruit LouL spécial, celui du linlinnabulum.

On peut rapprocher le petit groupe des trois personnages et les anneaux mobiles d'une très remarquable pièce, sorte de tête de canne, acLuellement au Musée d'Ethnographie du Trocadéro et qui a été décrite par notre ami le D' Verneau dans le journal la \ri/ureen 18H8. Les personnages, d'un travail très analogue à celui des nôtres, représentent un individu (|ui va couper la tête d un autre. Au-dessous et tout autour du fût cylindrique creux existent 12 anneaux mobiles du même type (pie les neutres.

AvecA erneau. nous rapprocherons cette pièce, comme la nôtre, du tintinnabulum bouddhi(|ue (large anneau plat dans lequel sont passés plusieurs petits anneaux), qui joue un rôle rituel dans les cérémonies et constitue l'emblème de certaines statues bouddhi(pies (plusieurs spécimen? au Musée Gui met).

Nos pièces rappellent aussi certains tintinnabula à anneaux mobiles trouvés dans des stations lacustres de l'époque du bronze (1). Elles avaient vraisemblablement un usage religieux, peut-être militaire. On peut en elTet, avec le professeur Ilamy (2), émettre l'hypothèse que « les chefs militaires j)éruviens marquaient ainsi la marche comme faisaient les guerriers aztèques en raclant les fémurs sti'iés >>.

On voit donc que la partie supérieure de notre pièce prêle à d'assez intéressantes considérations. Examinons maintenant le reste de cet objet fpl. Y,.%. 1, 2).

Ainsi qu'on le voit, c'est là une pièce plate ayant la forme de nombre de pièces péruviennes tantôt lénommées haches, tantôt racloirs. Il est évident que lors(pril s'agit des pièces en cuivre oubronze fort épaisses percées d'un troTi. on a affaire à des outils ou à des armes, bien plutôt même qu'à une variété de pièces à usage monétaire comme on l'avait prétendu. 11 sultit de rappeler le remanjuable vase du Musée du Trocadéro, dit vase Segrestan, publié et décrit parle professeur Ilamy 3), où deux personnages mythiques tiennent à la main chacun une de ces haches qui constitue une véritable arme.

Lors(pi'il s'agit de pièces moins épaisses, à manches assez légers, souvent très ornés, on peut admettre que ce sont en effet des grattoirs ou des racloirs. Mais à quel usage de semblables pièces avaient-elles pu être destinées? Ici encore il est rationnel de supposer (|u'elles devaient avoir un rôle rituel. A l'appui de cette hypothèse, nous avons figuré sur la pi. V, fig, 6, une curieuse pièce du Musée du Trocadéro, recueillie par M. ^Viener et provenant de Chancay, département de Lima. C'est un large racloir ou coupoir

(1) Cf. par exemple :Kellei'. Elahlisseiiirnls lacitslrcs (187C)), pi. X\'.

^2) Galerie fni/êrirainr dit Musèr cT Elhitofimphic du Trocadéro ~ 18'.)7, page 10(). pi. LUI.

(.']) Ibid, loe. cit. planclie XLI.

peu t'pais. muni d'une tige mince surmontée d'une ligure de carnassier (jaguar j)r()l>al)lenient) sous hujuelK' exislciil plusieurs anneaux mol)iles constiluaul une sorte de petit linliuuabuluni lapjieiaul celui de nolie pièce. Il est bien difficile de ne pas considérer celle pièce comme ayant dû avoir un usage rituel.

Xou^ avons figuré également à côlé de celte pièce (p\. \\ fig. 7) un autre racloir péruvien en cuivre et fer admirablement travaillé et dont !«» tige est surmontée d'une lèle de carnassier avec longues «ueilles. Le soin avec le(piel est fabri(piée cette remarcpiable pièce ne permet pas de la considérer aalremenl (ju'iiue pièce de luxe ou destinée à un usage religieux.

Si luainlenaiil nous continuons à examiner la série des pièces de ce type, mais dont l'épaisseur est beaucoup moindre, au point (pi'il ne paraît pas possible d'avoir pu s'en servir comme de giattoir. de racloir ou de coupoir. nous trouvons d'abord des pièces (pie Ton rencontre assez souvent dans les fouilles du Nord du Pérou. Nous en possédons deux sj)écimens dont l'un est ligure pi. \\ fig. i); il provient de Viru.

C.omme on peut le voir, la pièce semble avoir été découpée dans une feuille de enivre ne mesurant pas plus d'iui millimètre d'épaisseur. Au milieu une sorte de pliure transversale du métal forme d'un côlé >ine sorte dépaulement. et de l'autre une gouttière assez profonde.

Dans la très intéressante série du Musée du Trocadéro. encore inédite d'ailleurs etqni provient de Pannialca, (K'partemenl de Lanil)aye(pie, vallée de (^hiclayo (Has-Pérou , rapportée par le l)aron Pas(|uier. il existe des pièces identicpies à la précédente. Mais il en est une bien plus curieuse. Nous l'avons figurée pi. \ , lig. o.

Sa forme générale est celle de la précédente ; elle est aussi mince, mais à la partie supérieure, la feuille de métal, laissée beaucoup plus large, a été repliée et constitue une sorte de cbambre fermée de 1 à 2 centimètres d'épaisseur aclnellemenl vide et un peu endommagée. Klle devait contenir ja lis de menus fragments de piei-re ou de métal. Lorscpi'on agitait la pièce, on produisait un bruit comme dans li-s jouets déniants actuels. On sait <pie ce dispositif se rencontre fré(piemment, surtout en Amérique, dans les objets en terre cuite aussi bien que dans maintes pièces métallicpies. Cétiutdonc très vraisemblablementencore une sorte de tintinnabulum de construction spéciale. Mais à quoi l'autre extrémité de la pièce, celle (|ui a la forme d un Irancbant, pouvait-elle bien servir? Nous avons vu (pie le métal parait bien mince pour avoir pu servir à pioduire un travail (pielcon(pie. l.t c'est alors (piintervient une autre bypothèse (pii paraît en ellet plus conforme aux observations faites sur la pièce elle-même, (les objets ne seraient autres (jue des sonnailles qui. clioipiées l'une contre l'autre, ou contre un autre objet en métal, en os ou en bois produisaient un scm ou au moins un bruit.

Ainsi, pour la pièce de la planche V, fîg. 4, la saillie déterminée per la sorte de pliure du métal est disposée de telle façon que si on applique sur la pièce une autre pièce similaire, on peut, d'une seule main, faire basculer les deux pièces Tune sur Fautre. Les extrémités se choquent et on obtient un bruit très analogue à celui que réalisent d'une façon similaire les nègres du Soudan avec leurs castagnettes en fer.

Nous possédons également de Viru des lames rectangulaires de feuilles de cuivre très minces qui frappées par le bord de la grande pièce y déterminent un son métallique.

Cette grande pièce (fig. 5) pouvait ainsi produire un double bruit, l'un métallique par le choc du bord, l'autre résultant du bruissement des corps durs agités dans la cavité ménagée dans le manche de la pièce.

Dans quelle catégorie pourrait-on donc ranger notre pièce aux trois figures et au tintinnabulum? On remarquera tout d'abord que le bord ne porte aucune trace d'aiguisage ou de martelage. La face antérieure des parties moyenne et inférieure de la pièce est assez bien polie. La face postérieure est au contraire à peu près telle que la fonte l'a donnée. Si Ton tient la pièce comme le petit personnage figuré à sa partie supérieure tient la sienne (par exemple posée sur la main ouverte), on peut, — en frappant sur la partie terminale élargie, au moyen d'un morceau de bois, d'os ou de métal tenu de la main droite, ainsi que la chose est figurée sur notre personnage, — on peut déterminer un bruit métallique assez fort pouvant être modifié suivant l'intensité du choc et s'accompagner du bruit déterminé par les anneaux mis aussi également en mouvement par le choc. La face qui semble polie le serait devenue à la suite des coups frappés par le morceau de bois, d'os ou de métal toujours du même coté.

Cette hypothèse est en somme la plus plausible. Le bruit de ces sonnailles devait accompagner certaines cérémonies, scander des danses sacrées, marquer le pas dans des marches religieuses ou militaires, etc.. Ainsi que l'a dit le professeur Hamy pour l'armature de canne décrite par Verneau, l'usage de ces sonnailles comme celui du tintinnabulum et de l'omichicahuatzli devait être essentiellement rituel, mais varié dans ses applications et ses usages.

C'est aussi l'opinion de Marcos Jimenes de la Espada, qui, dans une lettre adressée au professeur Hamy, décrivant des sonnailles péruviennes du Musée de Madrid, rappelle de vieux textes de l'époque de la conquête de l Amérique, d'après lesquels « dans leurs cérémonies religieuses les Indiens se servaient de ces objets pour appeler le diable ».

Faut-il aussi ranger dans les sonnailles les deux pièces fig. 6 et 7 de la, planche V ? Nous nous contentons de poser la question.

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