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UNE SÉRIE DE PINTADERAS MEXICAINES ANTIQUES

Les pinladeras sont, on le sait. îles sortes de cacliels t-n terre cuite dont les saillies Uès aeceiitiiées et très lines étaient enduites de couleur, puis ensuite appliquées sur la peau, où elles reproduisaient le dessin ainsi composé en relief sur la pinladera. Deux des pièces (pie nous reproduisons et (pii sont, pensons- nous, inédites, illustrent cette explication.

La lii^ure 7 reproduit en ell'et d'après un moulaj^e) un très remarquable tronc de statuette anti(pie jadis recueilli à Mexico même par lioban, actuellement dans la collection de l'eu M, (ioupil. On constate sur ce tronc, l'existence d'ornements sur le poignet du bras gaucbe et un surtout particulièrement compliipié sur la région précordiale. Or, chose curieuse, il existe des pintaderas dont nous donnons une ligure d'après un exemplaire du Musée d'Kthnograpbie du Trocadéro,) qui présentent exactement la même image (jue celle imprimée sur la poitrine de la statuette. Il est évident que cette ligure avait été obtenue sur le modèle, au moyen d'une pintadera identique à celle reproduite au-dessous. La démonstration du mode d'emploi des pintaderas ne saurait être donnée d une fa^on plus topicpie.

Dans les manuscrits mexicains d'ailleurs on retrouve d'autres démonstrations. Ainsi Orozco y Berra (1) figure un profil humain dessiné au trait, extrait par lui de manuscrits mexicains. C'est un hiéroglyphe dont il donne ainsi l'équivalence phonéti(jue et la signification : Te.i;iu/i(/uL du verbe .\<ihu;i, farder une Indienne à la mode antiipie, ou mieux du verbe Xuuhqui: indienne fardée à la mode anti([ue, celui (|ui se sert du fard et par métaphore : flatteur. Sur cette ligure en ell'et, la partie inférieure de la joue est occupée par un assez large dessin (lig. 9, planche VI) (jui rappelle absolument celui de certaines pintaderas telles (pie celle représentée sous le n" 10. Il paraît bien évident ([ue c'est une empreinte de pintadera analogue à la nôtre (jui est dessinée sur la joue de cette figure d'indienne.

Les figurations qui existent sur les six pièces inédites de notre collection pi. W. lig. l à G), sont d'une interprétation quehpiefois un peu compliquée.

(l Historia anliyua y de lu rnmii'istd th Mexico. Album : planche 8. llj,'. 387 et tome I, page 181,

Sous le numéro 1, nous voyons d'abord deux images, d'ailleurs identiques^ sur la même pintadera. Elles reproduisent chacune le signe de la pluie : Quiahuill. Le 19" jour du mois lui esL consacré. Entre les deux images, le pendentif caractéristique d'Ehecatl (le vent) et que nous retrouvons sur le coté gauche de la pintadera (fig. 4), placé derrière la figuration très conventionnelle de la face d'Ehecatl. On aurait donc là la même association que celle rencontrée souvent du dieu de la pluie et des orages : Tlaloc, avec Quefzalcoatl, le dieu du vent. Cette réunion formant la figure dite Nahuiehecatl (les quatre vents).

Les deux images 2 et 3 semblent être des figurations se rattachant au mythe solaire. La figure 3 paraît être la moitié de l'image que nous retrouvons tout entière dans la figure 4. Il suffisait de reproduire deux fois en sens inverse cette figure pour avoir celle qui existe tout entière dans le côté droit delà figure 4. Cette image représente les 4 mouvements du soleil, l'évolution du jour [Ollin) (c'est le symbole du 17' jour du mois) ou bien encore les quatre soleils cosmogoniques correspondant aux quatre âges du monde : {"Atonaliuh, soleil de l'eau; 2" Ehecatouafiuh, soleil du vent; 3" Tletonaliuh, soleil du feu; 4" Tlatonaliuh, soleil de la terre. A gauche de cette même pintadera, riiiéroglyphe figuré représente K/tecaf/, le vent (symbole du 2'' jour).

Or, ou sait (|ue le patron à'Khecall est le dieu du vent, QuelzalcoalL et l'on ])Ourrait interpréter de la façon suivante cette association de ces deux symboles. D'après la cosmogonie mexicaine, la marche du soleil dans le (irmn nient est- envisagée comme un jeu de ballon. Les deux antagonistes, (^iiclzalcoatl et Tezcatlipoca ^ jouent ensemble au ballon (d'après Mendieta. — Seler, lier, crelhnographie, 1889, p. 37 i. Il n'est donc pas étonnant de voir associées les symboles cVE/ieca// et à' OU in.

La figure 5 donne la représentation de Oçoma/li, le singe (symbole du 11'' jour). Ce n'est qu'une portion de pintadera. Il devait être associé à Khccall ^ comme on peut le voir sur une pièce de la superbe série de pintade ras du Musée d'Ethnographie du Trocadéro.

La pièce figurée sous le numéro 6 est d'un type rare, dont il n'y a pas d'analogue au Trocadéro. Cette sorte de grecque, de lype bien mexicain, donne un caractère tout particulier à cette ornementation. La forme même de la pintadera est assez particulière, elle pouvait peut-être servir à orner le poignet de la manière dont la chose est indiquée sur le tronc de la statuette (fig. 7). Il resterait à discuter le rôle et la signification des pintaderas, sujet considérable qui nous ferait absolument sortir de notre cadre. Tout ce que l'on peut dire c'est que l'image tracée par la pintadera avait une signification symbolique, rituelle ou fétichique, et qu'elle devait jouer un rôle important dans 1 ethnographie et même la sociologie des vieux Mexicains.

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