‹ Décades américainesChapitre 3 sur 19 · LA CÉRÈS MEXICAINE · texte numérisé non relu

LA CÉRÈS MEXICAINE

I^a pièce (jiic nous ligurous ici j)l. 1. lii;. 1, a été Irouvéu aux environs (le Mexico. Mlle faitparlie de notre coUeclion ; elle est inédite.

(]omme on le voit, il s'agit d'un galet de diorite. gros environ comme quatre poings, se posant bien sur sa hase et très grossièrement sculpté par usure.

Malgré ce rendu rudimentaire, cette pièce a dû demander beaucoup de temps et beaucoup de peine aux artisans qui l'ont exécutée. C'est en effet un travail de lapidaire, réalisé au sable et au roseau probablement.

11 y a lieu tout d abord d'identifier cette figure. La face malgré lindication sommaire est assez fine ; c'est bien celle d'une femme. Tout autour des accessoires sont figurés très rudimentairement, mais pourtant de façon à caractériser très suffisamment la figure. C'est une tête de Centeotl : la déesse du Maïs, la Cérès des vieux Mexicains (1 .

Il est facile de faire la preuve de cette détermination. II suffit pour cela de jeter les yeux sur la reproduction que nous avons exécutée d'une statue de Centeotl en trachyte provenant d'.Xzcapozalco (Mexique , conservée au Musée du Trocadéro pi. II, fig. 2 et don! fous les accessoires sont soigneusement exécutés, étant donnée surtout la facilité avec laquelle se (aille cette roche volcanique.

On voit ainsi (ju\ ii haut de la large tiare de la déesse, il v a deux

<lj Torqnemada ;iil>. X, chap. XIII) ot Diiran (Sogunda parte, chap. XIX) disent quo les Mexicains repri'-sentaieni souvent r.hiconiocoatl (la terre en tant que principe d<' la germination et de la fécondité) sous la forme do O-ntootl (do rmlli, épi rlo maïs sec). Celle-ci avait la figure d'une jeune b.auté avec une tiare sur la tèlo. l'.lle portait lo ri',-yl/. jupon à fran<,'es, Vlivipilli, sorte de chemise et les carlh', souliers complètement rouvres, allusion au concours du ffU. Parmi ses jolis ornements, on remarque ses riches pendants d'oroilles, le collier d'épis d'or reproduisant ceux du maïs et les épis du même genre quelle tenait dans les mains.

disques et entre eux des figurations d'épis de maïs. De chaque côté de la face, les gros pendentifs de la coifTure augmentent encore la largeur de la tête. Enfin les seins sont très indiqués entre les deux mains tenant des épis de maïs.

Or, tous ces accessoires, nous les retrouvons sur notre bloc, mais très rudimentairement exécutés. La roche était en effet fort dure et n'a pu être que difficilement entamée, puis polie. L'artiste n'y a exécuté que juste ce qu'il fallait pour caractériser son sujet. Ainsi sur le galet, en haut du front, les deux saillies figurent certainement les épis. A droite et à gauche les deux disques ornés d'une croix sont indiqués comme sur la statue.

De chaque côté de la tête, les pendentifs de la statue ont leurs analogues sur le galet. La tête est plus large que ce qui représente le haut du corps : c'est toujours l'indication de la large coiffure. Enfin les deux seins sont fort nettement indiqués. L'amorce des bras est marquée aussi.

Que l'on compare les deux figures (le galet et la statue) la démonstration est facile.

C'est là au point de vue de la technologie, un curieux exemple des variations extrêmes dans la reproduction d'un même type ne varielui\ ceci tenant fort souvent, abstraction faite du sujet, à la nature de la roche taillée. Or on sait combien est résistante la diorite. Les difficultés du travail, son mode d'exécution différent (travail de lapidaire et non de sculpteur) peuvent, au moins en partie, expliquer les différences a priori extrêmes entre la figure du galet et celle de la statue.

Le personnage de notre bloc étant identifié, il s'agit de l'interpréter. On peut ranger cette pièce dans la même série que le splendide bloc de porphyre représentant Quetzalcoatl (le dieu du vent, sous la forme du serpent emplumé) divinité toltèque recueillie dans la vallée de Mexico et qui provient delà collection Pinart-Boban, actuellement au musée du Trocadéro. D'ailleurs cet usage de sculpter un gros galet d'une matière rare ou précieuse et de le transformer en une représentation de divinité est assez fréquent dans l'antiquité mexicaine.

L'idole de ma collection, dans sa grossièreté, est quelque pièce populaire tandis que celle dont je la rapproche a dû faire partie de quelque temple d'une localité importante de la vallée de Mexico.

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