‹ Décades américainesChapitre 5 sur 19 · UNE HACHE POLIE GRAVEE REPRÉSENTANT LA DÉESSE DU MAÏS · texte numérisé non relu

UNE HACHE POLIE GRAVEE REPRÉSENTANT LA DÉESSE DU MAÏS

CENTEOTL

La liac'iic polie ligurée sur la planche ci-joinle vA un spécimen inédit, provenant de notre collection. C'est une de ces très rares haches votives gravées que Ton rencontre parfois dans les tombeaux mexicains antiques.

Cette pièce, autant ({u'on en peut juger, est en petrosilex fort dur. La gravure coinnie on peut le voir sur la planche IL fîg. 1 et 2, en est très soignée. Elle entame fortement la pièce d'un trait net et précis et soigneusement poli.

Les objets de ce genre sont rares. Au musée du Trocadéro, nous n'avons pu trouver que deux haches. Tune mexicaine, l'autre centre-américaine et une pendeloipie en forme de hache pouvant être rapprochées de la nôtre.

C'est tout d'abord la hache fig. 6, pi. IL grande pièce en serpentine, trouvée dans un tumulus à Coatepec. province de Mexico et donnée par M. (lénin. Ainsi qu'on le voit, elle présente une figuration humaine grossièrement gravée sur une face de la pièce (jui iaj)pelle ainsi la série bien connue des haches caraïbes ornées dune face humaine dont nous ne pouvons nous occuper ici.

Plus analogue à la nôtre est une hache lig. 3 et 4, également au musée du Trocadéro et qui. Irouvée à ('osta-Hica, provient de la collection Charnay. Là. les trait< sont profonds et nets; comme technicpie. comme matière, cetic pièce se rapproche beaucoup de la nôtre. Mais elle porte seulemiiil la gravure d'un large cercle et de (juelques traits.

La troisième pièce (jui provient de l'Amérique ('entrale a la forme d'une j)etiLe hache i0"'057 hauteur suc 0"'035 largeur , à tranchant mousse. LUe est j)erforée à la partie postérieure de deux petits trousse rencontrant, destinés à recevoir un lien de suspension. Sur la face antérieure une très rudimenlaire figuration d'une face humaine avec une coillure assez haute: c'est pro-

bablement encore une Genteotl dont la figuration est réduite à sa plus simple expression.

Ces quatre pièces forment donc une petite série de haches ayant très vraisemblablement une signification rituelle. Delà, l'intérêt d'identifier le sujet représenté. Pour la nôtre, il n'y a pas de doute possible : il s'agit de Genteotl, la déesse du maïs dont les accessoires ontété simplifiés du fait de la dureté de la pierre et delà difficulté de les reproduire exactement par une simple gravure. 11 suffit en effet d'examinersuccessivement notre hache puis la statue en trachyte, reproduite ci-dessus, pour faire immédiatement la diagnose.

Sur la statue (v. pi. I, fig. 2), comme nous l'avons déjà fait remarquer, il existe tout en haut delà large coiffure deux disques et des épis de maïs.

Sur la hache, les épis de maïs sont indiqués d'une façon très schématique mais nette. Au-dessus du front de la statue existent trois disques que nous retrouvons indiqués par des cercles pointés sur la hache où sont tracés de même deux disques placés près des angles des mâchoires et correspondant aux deux pendants d'oreilles figurés sur la statue. Les pendentifs de la coiffure très accusés sur la statue sont indiqués par quelques traits sur la hache où il semble que la partie supérieure de la robe soit figurée, ouverte en cœur ou croisée, ce qu'on peut d'ailleurs observer sur d'autres statues du musée du Trocadéro. Il s'agit là probablement aussi de la figuration du collier dont il est parlé dans l'extrait de Torquemada et de Duran (voir description de la planche I). Il est d'ailleurs très nettement représenté sur plusieurs statues de Genteotl du musée du Trocadéro.

La partie supérieure de la hache présente en haut la disposition assez compliquée de la coiffure de Genteotl et au-dessous l'arrangement des plis de la chemise, Yhuipilli, et ceux du jupon à franges, le ciieytl^ mais qui, au lieu de la forme de vrais plis tels que ceux qu'on observe sur la partie postérieure de plusieurs statues de Genteotl, se orésentent ici sous l'aspect de traits verticaux divisés régulièrement suivant une disposition voulue et qui paraît numérique.

Gette comparaison de la statue et de la hache montre d'une façon très topique comment la reproduction d'une image sacrée avec accessoires rituels invariables peut être interprétée différemment, en conformité de la matière mise en œuvre et de la technique qui, de ce fait, a dû être employée.

Nous avons déjà vu comment un simple galet de roche fort dure a pu être transformé en une image de Genteotl par un travail assez rudimentaire, se caractérisant par quelques ébauches d'emblèmes caractéristiques.

Sur notre hache, nous observons un travail plus précis, sur une roche dure aussi : le petrosilex, mais gravée par des artistes bien plus habiles qui ont accentué et précisé les emblèmes.

A titre de comparaison, nous avons reproduit (fig. 5) une curieuse

amulette, fort belle pendelo(|iie eu jadéite, de la collection Lahadie. trouvée à Mexico et faisant partie des collections du musée du Trocadéro. La (igure y est grossièrement représentée. Quant aux épis de maïs du sommet de la tête, ils sont encore plus rudimeulaircment manjuéscjue sur notre hache. L'ensemble fort large de la coilï'ure est simplement indiqué j)ar lélargissemenl de la tête plus grande que le reste du corps. Kn avant, les deux bras sont croisés sur la poitrine comme sur certaines statues et au-dessous les plis de la robe sont indiqués par des traits verticaux.

Lateralemeut.de chacjuecôlé. existe un petit trou pour pouvoir suspendre la pièce ou la lixer sur le vêlement. Sur la face postérieure il n'y a aucune gravure.

Voilà donc un travail encore plus rudimentaire. Les caractères de la divinité sont réduits au minimum. Mais la chose s'explique facilement. Cette pièce est en jadéite et l'on sait la dureté extrême de cette roche, (les divers exemples montrent donc rintluence très particulière que joue la matière mise en œuvre sur la façon dont l'artiste reproduit une figure qui avec ses attributs doit toujours être la même.

Pour compléter cette démonstration, nous donnons (fig. 7) la figuration de la tête de Centeotl sur un Tonalamatl calendrier rituel mexicain) delà collection Aubin-Goupil, actuellement à la bibliothèque nationale.

Là aussi l'artiste qui, dans son manuscrit, schématise les figura tiong qu'il trace seulement au trait, s'est contenté de dessiner la figure de la déesse et de la caractériser par deux épis de maïs placés sur la tête, l'un (jui paraît être l'épi commenvant à se former, en partie blanc encore, caractérisant Viztaccenteotl et l'autre, l'épi mûr coloré, caractérisant la tiatlauhquicenteotl . Pour des raisons radicalement différentes, la représentation est, comme pour la pièce de jadéite, réduite à ses éléments les plus simples.

Ces faits illustrent des particularités de technique d'ordre général dont il était intéressant de montrer une application dans ces cas.

Page 1