ET ARCHÉOLOGIQUES
On rencontre parfois dans les fouilles de la vallée de Mexico des fémurs, humains le plus souvent, portant sur une de leur face une série d'entailles profondes placées régulièrement les unes au-dessus des autres. Les extrémités de Tos sont sectionnées. Au-dessus d'une de ces sections, sur deux pièces du musée d'ethnographie du Trocadéro, publiées et décrites dans le superbe ouvrage du professeur Hamy [\], il existe une gravure représentant une divinité ou une ligure symbolique.
A quel usage pouvaient servir ces objets ? Une pièce fort remarquable du musée Kircher à Home, et décrite par Pigorini, l'indique très nettement. Elle porte en effet, fixée à une de ses extrémités, une chaînette, à l'autre bout de laquelle est attachée une coquille, une olive taillée. Si l'on frotte celte coquille sur les incisures de l'os, d'un mouvement rapide, on obtient un bruit sec, assez fort.
L'instrument portait en nahuatl le nom de : Omichicahuatzli (an pluriel omichiciihnunz(in\ de omitL os et chicnhun, agiter.
Ces objets étaient employés probablement dans certaines cérémonies, à scander les danses ou à marquer une mesure dans la marche.
Les ligures gravées sur les deux pièces du Trocadéro indiquent vraisemblablement dans quelles cérémonies servaient ces instruments (2). L'une, celle d'un aigle ornait l'instrument qui devait, d'après le professeur Ilamy, appartenir au guerrier dontcet animal était l'emblème. L'autre, celle du dieu delà chasse (Mixcoatl) décorait la pièce qui devait servir à scander les danses au moment de la fête en l'honneur de ce dieu.
(1) Galerie américaine du musée d' ethnographie du Trocadéro. Choix de pièces archéologiques et ethnographiques, 1897. PI. 17.
(2)/6id.,loc. cit.
Les oinicliicaliauazLin sont d'ailleurs assez rares. Le musée du Trocadéro n'en possède qu'un entier et cinq autres fragments dont deux gravés. C'est pour cela que nous avons pensé que nous pouvions ligurei' notre exemplaire qui provient de la collection Hoban et a été recueilli par lui dans la vallée de Mexico. Comme on le voit (pi. IV, fig. 1), il se présente avec Taspect classique de ces pièces. Il en manque une partie.
Au-dessous de cette figure, nous avons reproduit (pi. l\ . lig. 2 et 3) deux pièces provenant du Nouveau Mexique et actuellement conservées au musée du Trocadéro dans une des vitrines consacrées aux Pueblos.
(]omme on le voit, ce sont des pièces de bois, Tune plate et rectiligne. l'autre courbe et à section à peu près circulaire. Elles portent sur une de leur face de larges incisures profondes de cinq millimètres. A chaque pièce est lixée une omoplate. Si l'on frotte un peu vivement le bord de cet os sur les entailles de la pièce de bois, on obtient un bruit sec qui s'entend d'assez loin. (]'estdonc exactement le même instrument que romiehicabuaizii antique et servant aux mêmes usages.
Chez les Ilopi de l'Arizoua, on retrouve des pièces identiques sous forme d'une baguetle de 18 pouces 1/2 de longueur dénommée Triih Kiui pi ( 1 i, sur laquelle on frotte Tomoplate d'un daim pour obtenir un bruit assez fort.
Chose singulière, on retrouve de nos jours en Belgique un objet analogue qui serl actuellement encore comme appeau aux cha-;seurs de la province de Liège. Il a été récemment signalé ))ar de Puydt.
Or si, fort de ces constatations d'etlmograj)hie américaine ancienne, on cherche à interpréter la signification et Tusage de certains os ou cornes travaillés de Tàge du renne en France, on constate tout d'abord que ces pièces 'existant à peu près dans tous les gisements de l'âge du renne rappellent absolument les vieux os incisés, les omicliicaliriuazlin . Kn effet, dans la très nombreuse suite des os ou cornes de ré[)oque du renne portant des entailles multiples superposées en série, quelques-uns j)réseulent des encoches pinson moins profondes. Nous en donnons ici trois spécimens pi. IV, fig. 4, 5 et 6 .
Sur les deux premières pièces recueillies, Tune par Larlet et C^hristv, l'autre par Piette dans les cavernes du sud de la Gaule et conservées actuellement au Musée de Saint-Germain, il existe des incisures assez profondes rapprochées sur la première, plus espacées sur la seconde. Mais sur le bord de celle-ci il existe en plus des entailles plus petites et plus espacées.
La troisième pièce, inédite d'ailleurs i fig. 6), est encore j)lus typique. Elle a été trouvée dans les foyers magdaléniens de Laugerie Haute et fait actuellement partie des collections de notre ami Peyrony. C'est un fragment de corne, probablement de renne, présentant de profondes entailles régulières. C'est identiquement et presque avec les mêmes dimensions Fomichicahuatzli mexicain.
(Il Wilson. Prèhisloric Art, — tlg. 230, p. 58f,
(]es (|iR'l(|ues exemples, choisis paiiiii de nombreux lypcs similnirt'S.
pt'i'nu'ttent d'émettre l'hypothèse <[u'il s'agit i\v pièces sur lesqueUes h'
frottement d'un os plat ou d'une eocpiille produisait un l)ruil fort. réglal)le et
même moditiable suivant (pie ce trottoir était piomenésur une l'aie des pièces
par exemple de celle représentée ligure 5, planche W ou sur l'un des angles.
I/expérience est d'ailleurs facile à faire sur des os ainsi préparés, (In obtient de celte façon un bruit fort. (!es os incisés ont donc pu servir dans des cérémonies de 1 âge du renne au même titre (pie les pièces mexicaines. Le rapprochement des unes et des autres est donc réellement intéressant.
Il est curieux de constater (pie l'arcliéologie précolombienne peut, sur ce point de détail, éclairer l'archéologie préhisloricpie dela(îaule. L'identité des pièces étudiées rend celte comparaison légitime, (^'esl un bon exemple de rinlérél des comparaisons générales, pourvu toutefois (pie celte méthode soit mise en ouvre avec prudence.