DEUXIEME ET TROISIEME VENTES
A la suite de la première Vente de ses œuvres , un silence profond s'était fait pendant deux ans autour du nom de Decamps. Il semblait, pour le plus grand nombre, qu'il fût déjà mort. Retiré au fond du Midi, dans la propriété qu'il y avait achetée, il ne venait à Paris qu'à de rares intervalles, pour serrer la main à d'anciens amis et secouer un peu cet ennui qui, quoi qu'il pût faire, l'envahissait malgré lui. A chaque voyage il rapportait quelques petites toiles, presque uniquement des paysages qui (nous le disons à regret) se ressentaient de l'état de malaise dans lequel il se trouvait. Dans ces vues, d'après nature, de métairies Agenaises, dans ces compositions du genre Biblique, où les figures n'étaient que l'accessoire, la touche semblait timide et mal assurée, le ton était triste, sombre comme l'esprit de
celui qui les peignait alors.
286 VKNTES DECAMPS.
Physiquement rétabli un instant vers le milieu de l'année i856, moralement retrempé aussi par le légitime succès qui avait accueilli son envoi à l'Exposition Universelle de i855, succès consacré par la récompense exceptionnelle que lui avait décernée le Jury, il se remit à peindre avec une ardeur juvénile; il voulait faire alors de la grande peinture, le rêve de toute sa vie, et, dans cette intention, il ébaucha suc- . cessivement une Fuite de Loth, Des Moissonneurs, grandes toiles restées inachevées que Ton vit figurer dans la Seconde Vente de ses œuvres.
Mais^ hélas ! déjà à cette époque la sève puissante qui coulait jadis à flots dans la moindre de ses compositions semblait tarie. La couleur terne, généralement grise ou violacée, les empâtements systématiques qui ne laissent place à aucun ton transparent, donnent aux productions de cette époque un cachet tout spécial. Le dessin, resté magistral, sauve d'ordinaire avec les lignes toujours grandioses de la composition la pauvreté relative de l'exécution . Les ciels demeurent d'ordinaire la seule partie de l'œuvre complètement belle, parce qu'ils sont à la fois et largement compris, et fermement peints. A part ce coin privilégié du tableau, toujours réussi à souhait, où toute la vigueur du pinceau semble s'être concentrée, on n'a plus devant les yeux que le squelette de ces œuvres jadis si complètes.
En effet, depuis l'année i853, Decamps était perdu
pour les arts. Après quelques essais de grande peinture (relativement parlant), tentés en i856, comme