INTRODUCTION
Au vieil Horace j'ai emprunté trois têtes de chapitre qui m'ont paru s’adapter particulièrement au sujet de cette modeste thèse qui, à défaut d’autre qualité, possédera du moins celle qu'Horace lui-même préférait : la brièveté. | | N'ayant point suivi la voie des concours, je ne puis, comme tant de mes collègues, évoquer ici le souvenir heureux d'innombrables années d’externat et d’internat, ni saluer un à un de nombreux maîtres et juges, car dès le début de mes études, je dois confesser que je fus un sédentaire, ne quittant qu’à regret un service pour un autre, pénétré de ce principe que l’on n’apprend pas la médecine en recueillant des lambeaux dethéorie et des fragments de pratique au cours d’ineursions de trois minutes chez vingt maîtres différents.
Sans méconnaître l’autorité de quelques jeunes, je me félicite du hasard qui me donna, dès mes premiers
pas dans l’art de guérir, des guides ayant déjà fourni
So
une longue carrière, ayant par suite cette expérience
doublée d’un peu de scepticisme, inappréciable auxi-
liaire du médecin.
Parmi eux, je réserve à mon maitre le plus cher, M. le D' A. Brault, ancien chef des Laboratoires d’Anatomo-Pathologie à la Faculté de Paris, une place toute particulière d'estime, d’admiration, de respectueuse affection.
Près de lui, qu'un long passé médical a fait assister au naufrage de tant de doctrines pleines d’espérances, de tant de panacées qui devaient sauver le monde, j'ai appris à me défier des interprétations, des vues de l'esprit ne reposant sur aucun fait. Je me suis efforcé d'éviter à mon entendement l'encombrement des hypothèses sans nombre et des probabilités échevelées dont la plupart de mes contemporains s’enthousiasment un jour, pour les jeter aux Gémonies le lendemain. et avec elles leurs auteurs. ;
Je crois sincèrement avoir assez à porter, avec quelques idées personnelles et la demi-douzaine de certitudes que nous avons amassées depuis Hippocrate, au moment de m'engager sur cette voie cahotique et sublime où tant de génie et d’abnégation nous précèdent, nous les jeunes, qui avons surtout le défaut de croire qu'agir différemment de nos pères, c’est agir mieux.
Qu'on ne s’attende donc point à trouver ici un assemblage d'observations, un de ces monuments hétéroclites, véritables bric-à-brac de banalités, de redites, de lieux communs, dans lesquels le novus doctor qui tam
bene parlat éreinte ou soutient avec beaucoup de gra-
vité et fort peu de conviction les opinions d’un maître ancien ou moderne.
Tout bien pesé, en effet, ce serait à la fois bien audacieux et tout à fait ridicule, d'oser émettre au seuil de la carrière une opinion puérilement définitive sur un sujet puisé à ce Protée des sciences : la pathologie, À alors que nous voyons le peu de chemin parcouru en médecine, après une expérimentation quotidienne, universelle et plusieurs fois millénaire.
Estimant cependant qu’il n’est point besoin d'être chargé d’ans pour émettre quelques considérations générales d'hygiène, je me suis lancé ici dans un débat dont je remercie vivement M. le Professeur R. Blanchard d’avoir bien voulu accepter la présidence.
Bien que le « moi » soit haïssable, dit-on, je n’ai pas cru devoir donner à mon style ce tour d’édit pontifical assez répandu où l’auteur dit « nous » en parlant de soi-même, ce qui me paraît être surtout un moyen d’en parler assez souvent et avec assez peu de modestie.
La légende prétend qu'Héraclite, philosophe éphésien, pleurait en toute occasion et plus encore quand l’occasion ne se présentait point ; c'est un genre que j'aurais quelque peine à soutenir longtemps, aussi ne l’ai-je point adopté. Je prie instamment mes juges et collègues de n’en point inférer que les grands problèmes sociaux m'indiffèrent totalement ; je me suis au contraire attaché à les présenter de telle sorte que l’on consentit à me lire ou à m'écouter jusqu’au bout : si jy
réussis, je me tiendrai pour pleinement satisfait.
Fugit javentus et verecundus color Reliquit ossa pelle amicta lurida.
Horace, Ad Canidiam.
Je n’ose donner aux quelques pages que j’entreprends ici ce titre ironique qui m'avait d’abord séduit : Pour INVITER LES JEUNES FILLES À SE MARIER.
Il semblerait, ce faisant, que la seule malice où un absolutisme insolite dans mes jugements me poussassent à établir des Statistiques défavorables à mes frères les hommes. De là à être accusé de féminisme, la marge n’est pas large et Dieu sait quelles conclusions la partie mâle de l'humanité en pourrait tirer à ma honte, diraient les uns, à ma gloire, insinueraient les autres.
En notre époque où chaque jour s'affirme plus vive la lutte entre les disciples de Malthus et. les repopulateurs à outrance, je ne pense pas, m ‘appuyant sur des recherches bibliographiques que je m’ empresse de me déclarer étrangères, qu'on ait songé à établir raison nablement et sans parti pris le bilan des chances de plein bonheur qu'offre à deux êtres de sexe opposé l'union physique légale ou libre. vit
« L’être parfait, dit DESCARTES, existe nécessairement par cela seul qu’il est possible. » Heureux philosophe
qui de l’homme ne voit que l’essence immatérielle. Combien rare est cette perfection si nous quittonsle domaine de l’impondérable pour celui plus grossier mais plus palpable de la misérable enveloppe si vite flétrie que nous avons autant de peine à quitter qu'à garder intacte.
Jusqu'ici, avec un calme qui nous fait honneur, car il décèle une âme candide, nous avons laissé prendre à la femme une place aussi honorable ,qu’importante dans la vie intellectuelle, tout en persistant à la considérer comme une absolue non-valeur ; elle s’est instruite peu à peu, elle a compris qu’elle était une force
en puissance, elle a senti grandir en elle et se préciser des désirs d'égalité inassouvis depuis notre mère Éve ; elle a pris conscience de la réalité de son rôle. elle se refuse à rester ce qu’on voulait qu’elle fût : une brute reproductrice,
Le réveil est dur, paraît-il, pour nombre d’entre nous, d'autant que depuis bel âge nous considérions ce petit être sans force comme une manière d'enfant à qui, par surcroît, certains avaient coutume de donner le fouet plus souvent que ne l’autorisent les règles de la civilité puérile et honnète.
Puisque, aussi bien le courant est maintenant trop ‘violent pour qu’on puisse le remonter, avant que d’en ‘venir à des extrémités regrettables, que des outrages inutiles, des traits mordants, des paroles aigre-douces pe soient ajoutés par les deux camps au monument déjà respectable des griefs réciproques et souvent bien fon-
dés, ne pourrait-on chercher un terrain de conciliation où
“as 2 l’amour-propre des partis en litiges soit sauvegardé ?
« L'homme ne sait pas mentir. la femme ment admirablement», dit le Professeur BRoUARDEL.
Si pareille assertion est fondée, nos dames peuvent proclamer que l’hommé est un fieffé Tartufe, car il est | bien avéré que dans le mariage, c'est lui qui cache le mieux son jeu et la femme qui a le plus souvent des déboires.
En préambule, examinons d’abord ce premier point qui, on peut l’affirmer, est un des plus importants piliers du mariage lequel, de l’avis de tous, ne saurait exister sans lui, je veux dire l'intégrité physique.
Cette intégrité est-elle vraiment exigible chez la jeune femme, par un mari qui lui, s’autorise de sa qualité de mâle pour quitter son... illusion, le plus souvent dès les premières atteintes de la puberté que, je m’en excuse, certains auteurs anglais ont abaissée à l’âge aimable de huit, sept, et même... trois ans! BROUARDEL que je citerai souvent ici, fait à cette occasion remarquer qu’à cet âge les enfants ont en général d’autres préoccupations.
Malgré l’évolution des idées en toute chose, cette continence rigoureuse de la jeune fille paraît encore assez recherchée et, comme on devait s’ y attendre, ceuxlà surtout qui devraient se montrer les moins exigeants, ne sont pas les derniers à la réclamer.
C’est un vieil usage auquel on ne peut qu applaudir, en regreltani toutefois que la femme soit moins difficile que l’homme en une circonstance aussi grave que l’union sexuelle et qu’elle se laisse éblouir par une mous-
lache cirée et un caquet de plus ou moins bon aloi.
J'ai souvenance qu’il y a quelques années un conférencier américain déclarait sans rire n’avoir jamais embrassé de femme parce que le succès d’une carrière demande le sacrifice de bien des faiblesses humaines. Si l’on considère la facilité des contaminations génitales, on ne peut s'empêcher de songer que ce Yankee, grâce à son remède héroïque, fut au point de vue de la perpétuité de l’espèce un parti de tout repos, si de plus ses ancêtres avaient agi comme lui-même.
Mais, en dehors de certains diabétiques naturellement frigides, les saint Antoine de cette espèce sont plutôt rares et dès lors les facilités de contagion étant innombrables, une protection doit être accordée à la jeune fille. Or, nous voyons au contraire que l’éducation qu’on lui donne en vue du mariage et des fonctions qu’elle est appelée à y tenir est rigoureusement négligée ; que, comme telle, sauf de très rares exceptions de métier, c’est une victime d'avance vouée et avec elle sa progéniture, aux inavouables misères que lui vaudra le premier rapprochement sexuel.
Devant ces désastres imminents, quelle est l’atiitude du mari, quel est le rôle des deux familles engagées el celui du médecin ? Quelle défense une jeune femme in- ‘ nocente peut-elle espérer de la loi, contre les entreprises intéressées et sciemment criminelles d’un quelconque passant, souvent hélas, de l’ami d'enfance que les parents auront laissé se présenter comme le futur compagnon de toute sa vie, escomptant la position, les es-
pérances, s’en remettant quant au reste : la vie, le