ARTICLE III
Autres motifs, tirés de la Religion et de la Raison.
L’Etablissement commencé à Montréal étant considérable par rapport à la Religion, on pourrait suivre le conseil donné par Gamaliel. “ Assez de poursuivre ces -‘ hommes, et laissez-les. Car cette entreprise ou cette “ œuvre vient des hommes, elle se détruira, Mais si elle ‘* vient de Dieu, vous ne pouvez la détruire ; etil est à “ craindre que vous ne vous trouviez coupables d’avoir ‘# combattu contre Dieu même.” Art: V., 39 et 40.
Autrefois des Lois fondaient des Monastères, Lâtissaient des Eglises, et dotaient des Evêchés. Le Clergé se trouverait-il étranger à ces sortes d'œuvres ?
Les revenus d’une de nos Seigneuries employés à soutenir un Evêque, nous auraient couverts d'honneur et de mérite, et auraient assuré notre existence. C’est du moins
ce que je me persuade. Les envieux auraient alors cessé
de nous reprocher nos richesses, et de les tourner contre nous. Notre grande fortune et nos grands revenus pourront être la cause de notre perte.
Les Français aiment leurs maîtres, et les Canadiens, descendants des Français, les aiment aussi. Que les uns et les autres se réunissent pour en donner des preuves à l'égard de i: \aîtres et Pasteurs spirituels.
Les granc. ïic:ires sont les hommes de l’Evêque ét suivant le Droit ils ne sont qu’une même personne avec lui : il est convenable : ils lui soient unis de sentiments autant que possible, et qu'ils prennent ses intérêts au lieu de se tourner contre lui.
On pourra se tromper pour ce pays comme on a fait pour celui de nos voisins On disait que les Evèchés qu'on y établissait, étaient trop nombreux, que le lieu des Siéges était mal choisi; que plusieurs des Evêques choisis allaient troubler tout et tout détruire. Et cependant les Evêques établissent la Religion et la font fleurir, tandis qu’elle désérit semblablement ici.
Nous sommes sujets comme les autres hommes, à nous laisser prévenir, à juger en notre faveur, à trouver des torts où il n’y en a pas, ou bien à les exagérer ; en un mot, nous sommes sujets à nous tromper et à trouver des ‘aisons solides ou subtiles, vraies ou fausses, pour nous justifier. Nous devons donc nous défier de nous-mêmes.
Nos fautes sont plus visibles aux yeux des autres qu'aux nôtres ; et à une réputation de grande vertu peut en succéder une toute contraire.
On sent qu'on à des talents et des connaissances ; on est approuvé et applaudi des siens; on rejette avec mépris les sentiments contraires. Cette conduite est bien loin d'être sûre. |
De deux partis qui se combattent, celui qui est inférieur en autorité ne devrait pas avoir honte de céder à l'autre, quand il n’a qu’un droit égal au moindre.
Dans la Révolution française on a employé les Curés et les autres Prêtres, pour affaiblir et détruire l’autorité des
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Evêques; et ensuite on a abattu facilement le Clergé du second Ordre. Il semble que l’on commence quelque chose de semblable dans ce pays. Il y a pourtant une différence ; c’est qu'en France ce furent les partisans de la Philosophie qui imaginèrent ces moyens de des-
truction, et qui s'étant emparés du gouvernement, les
firen exécuter. Ici c’est le Clergé qui persécute les
Evêques, les dénonce au public et les accuse à la face du
Gouvernement, pour les lui rendre suspects et odieux, et
linviter en quelque sorte à gêner et à ruiner peu à peu
notre Religion.
Le nouveau Pape a témoigné une bonté et une confiance particulière à toute lu Congrégation de St. Sulpice, en faisant dire à M Duclaux, Supérieur Général, qu'il leur donnait sa Bénédiction, en faisant leur éloge, et dans une autre occasion en 8e recommandant à leurs prières: ce qui est certainement bien honorable et bien consolant pour tous les enfans de Mr. Ollier. Mais quand ce Saint Pape apprendra ce que les Sulpiciens du Canada ont fait à l'égard de leur Evêque et de son Auxiliaire, quoiqu'autorisés par un Bref exprès de son prédécesseur Pie VII, d'heureuse mémoire ; je ne sais ce qu'il pensert et ce qu’il fera par rapport à notre Maison.
Quand nos intérêts changent, notre langage change aussi: par exemple sur les Sulpiciens devenus Evêques, comme on à vu plus haut; sur les Libertés de l'Eglise (rallicane, dont on parle depuis quelques années bien différemment de ce que l’on faisait auparavant; sur l'état de ce Diocèse, car quand il s'agit des grandes cérémonies Pontificales, on dit qu’elles ne conviennent pus à un pays de Mission, tel que celui-ci, mais quand il s'agit d'observer les formalités prescrites pour l’'Election et la réception des Evêques. on dit que ce Diocèse, est aussi régulier et aussi bien établi que coux de France. Pareillement quand on veut prouver que les Prêtres de notre Séminaire ne sont pas obligés à assister l’Evêque dans
les Offices Pontificaux on prétend que le Cérémonial des
su ÉD
Evêques n’est fait que pour les Cathédrules, et non pour l'Eglise Paroissiale telle que la nôtre; mais on s'appuie sur le même Cérémonial, quand il s’agit de faire voir qu'on ne doit pas rendre à tel Evêque tel ou tel honneur. Or, ces variations dans notre manière de parler sont suspectes.
Teiles sont en partie les raisons de convenance qui pouvaient nous inspirer une conduite différente de celle que nous avons tenue. Il me reste à parler dans la 3e partie, des effets qu'ont produits ou que produiront les contestations présentes.