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bataires exigeaient la promiscuité des femmes, et les maris s’y refusaient énergiquement !. Pour terminer ce conflit, qui pouvait, à tout instant, aboutir à des luttes meurtrières, il résolut de profiter du premier vent favorable pour retourner en Groenland.
[1 mit à la voile au printemps. En passant en Markland, il trouva cinq Skrellings : un homme barbu, deux femmes et deux enfants. L'homme et les femmes parvinrent à s’échapper, mais les enfants tombèrent en ses mains. Les Normands les soignèrent, leur apprirent la langue du Nord et les firent baptiser. Ces enfants leur dirent qu'il y avait, audelà de leur pays, une contrée habitée par des hommes vêtus de blanc qui parlaient très-fort et portaient des morceaux d'étoffe fixés à de longues perches. Les Normands ont pensé qu'il s'agissait de l’Hvitramannaland ? (Alborum hominum terra) où Grande-Irlarde 3 : la Floride, la Géorgie, les Carolines et la Virginie d'aujourd'hui 4.
Bjarn Grimolfson suivit de près Thorfinn, mais il ne devait pas avoir, comme lui, une heureuse navigation.
Dans la mer d'Irlande, suivant les uns , dans celle de
‘ Tu. Torræus, Historia Vinlandiæ Antiquæ, p. 62.
2 Hyitra (White), manna (men), land (land), terre des hommes blancs. (Note de M. d'Avezac).
3 Tu. Torræus op. cit., pp. 62, 63. — Historia Thorfinni Karlsefnii, pp. 162, 163, 183.
4 On fixe à 1170 la colonisation de l’Hvitramannaland par Madoc ap Owen Guineth, mais, comme on le verra plus loin, les Irlandais vinrent en Amérique beaucoup plus tôt. è
$ Historia Thorfinni Karlsefnii, pp. 163-165. — Tu. Tor- FæÆus, Historia Vinlandiæ Antiquæ, p. 63.
Groenland, suivant les autres, il fut soudainement attaqué par un ennemi puissant et implacable, le taret, mollusque vermiforme, dont un rouennais, le regretté F.-A. Pouchet, a fait une savante description !. Avec la rapidité qui lui est propre, ce terrible ravageur creusa dans la coque du navire ses multiples et tortueuses galeries. Il avait terminé son œuvre, c'est-à-dire que le navire était perforé, irrévocablement condamné à s’engloutir avant que l'équipage ait pu prendre aucune disposition.
Bjarn avait un bateau goudronné de poix de phoque, à l'abri des attaques du taret, mais ne pouvant contenir que la moitié de l'équipage du navire. Il décida que tous, chefs ou simples gens d'armes, tireraient au sort à qui descendrait dans ce bateau.
Ces hommes, assurément très-braves, habitués à jouer chaque jour leur vie au milieu des flots et des combats, furent cependant fort émus quand ils’agit pour eux de savoir s'ils périraient avec le navire qui s’enfonçait sous leurs pieds ou s’il leur resterait quelqu’espoir de regagner la terre.
Bjarn fut au nombre de ceux que le sort favorisa.
Il était sur le point de donner le signal du départ quand un jeune islandais, condamné à rester sur le navire, lui dit: « Bjarn, est-ce que tu vas me laisser ici ? — Il m'est impos- « sible de faire autrement. — Ce n'est pas ce que tu me « promis quand je partis avec toi de l'Islande, de la maison
! F.-A. Poucxer, L'Univers, — Les infiniment grands et les
infiniment petits; Paris, Hachette, 1865, pp. 60, 61 de l'éd. in-18.
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« de mon père. — Je ne vois pas comment remédier à cela ; « toi, vois-tu un moyen ? — Oui, et un bien simple : viens « ici à ma place et j'irai là à la tienne. — Soit, » répond Bjarn, « car je m'aperçois que tu tiens beaucoup à la vie et « que l'approche de la mort t'épouvante. » Il remonte alors sur le navire et le jeune islandais prend sa place dans le bateau.
Le navire continua lentement son immersion et finit par disparaître dans le gouffre. De Bjarn et de ses compagnons, il ne restait plus qu’un souvenir.
Le bateau, poussé par un vent favorable, finit par gagner Dublin, puis l’Islande, où les naufragés purent raconter la conduite généreuse de leur capitaine !.
Des trois navires partisen 1007, du fjord d’Erik, un seul rentrait en 1011, celui de Thorfinn.
Thorfinn se rendit en Norvége avec les marchandises qu'il avait amassées et les vendit pendant l'hiver. La croyance vulgaire est que jamais navire ne partit du Groenland plus richement chargé que n’était le sien. Il fut comblé d’'honneurs par les grands seigneurs norvégiens, qui s’intéressaient extrêmement aux découvertes de leurs compatriotes.
Au printemps de 1015, il n’attendait plus qu’un vent favo-
1 Historia Thorfinni Karlsefnii, pp. 183-186. — Eyrbiggia Saga, ap. Rafn, Ant. Amér., pp. 198-200. — Tu. TorFæus, Historia Vinlandiæ Antiquæ, pp. 63, 64. — M. E. Beauvois, op. cit., pp. 46, 47.
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se
rable pour retourner en Islande; à ce moment, un marchand de Brême lui offrit une demi-livre d’or pour un morceau de bois qui lui servait dans son temple de famille. C'était du masur qu'il avait rapporté du Vinland :.
En 1016, il s'établit en Islande à Glembæensem 2, et passa le reste de ses jours dans la condition d’un homme qui avait assez fait pour sa gloire et pour sa fortune.
A sa mort, Gudrida prit l'administration des biens qu’il laissait.
Quand elle eut marié Snorre, Gudrida fit un pèlerinage à Rome. Elle fut bien reçue et raconta certainement ses voyages dans les contrées ultra-océaniques.
Rome était très-attentive aux découvertes géographiques, collectionnait avec soin les cartes et les récits qui lui parvenaient. Toute découverte semblait un agrandissement du domaine papal, un champ nouveau pour la prédication
! Particula de Grænlandis, p. 74. — SNORRE STURLESONS, Heimskringla, t.1, pp. 321-325. — Tu. TorFÆus, op. cit., p. 28. — M. E. Beauvois, op. cit., p. 31, dit quece bois étaitun manche à balai. RAFN, Ant. Amér., p. 74, traduit par ædium purgatricem (scopas), balai servant à nettoyer le temple, et, plus exactement, brindilles formant un balai... Ces deux versions rendent sans doute exactement le texte islandais, mais ce texte est fautif, car le masur (V. Suprà, p. 54 note 4) était considéré comme précieux parce qu’on l’employait à la fabrication de meubles de luxe.
2 M. E. Beauvois, op. cit., p. 31, dit: Glaumbæiarland (en danois Glæmbæland) ; TorFÆus, op. cit., p. 28, dit simplement: Glaumbe.