Découverte du tombeau de Champlain
Le tombeau de Ohamplain a été, depuis quelques années, comme on le sait, l'objet des recherches de nos archéologues canadiens ; mais jusqu'à présent on n'était parvenu à aucun résultat qui pût mettre sur la trace de cette découverte.
Occupés ensemble, depuis assez longtemps, à éclaircir certains passages obscurs des œuvres de Champlain, nous nous étions demandé bien des fois s'il n'y aurait pas de possibilité de retrouver le tombeau du fondateur de Québec, et s'il fallait renoncer même à l'espoir de j^ découvrir l'emplacement de la chapelle de Champlain.
^ A l'occasion de deux dopuments précieux que M. .^ Casgrain venait de découvrir dans les archives de la \ fabrique de Québec, V Inventaire des biens meubles de Notre-Dame de Recouvrance et Le Livre de F église Pa- ^ roisse de Québec, nous résolûmes de faire un dernier >s,eflFort, de réunir et de comparer tous les documents, ^ et d'épuiser la question.
Si l'acte de sépulture de Champlain existait, il aurait été probablement très-facile d'arriver à la solution de ce problème ; il est même à présumer qu'on n'aurait jamais perdu le souvenir du lieu où reposaient les cendres du fondateur de la Nouvelle-France. Mais, lors de l'incendie de Notre-Dame de Recouvrance, le 14 juin 1640, ' les premiers registres de Québec furent brûlés, et avec eux l'acte de sépulture de Champlain. Après cet incendie, l'on ne refit, de mémoire, que les actes de baptêmes et de mariages ; les actes de sépultures ne furent pas rétablis, quoique M. Ferland et l'auteur de V Histoire de la Colonie Française en Canada affirment le contraire. * Heureusement que la Relation de 1643 nous apprend, à l'occasion de la mort du Père Raymbault, que Champlain fut enterré dans un sépulchre particulier. " M. le Grouverneur, qui estimoit sa vertu, " y est-il dit, désira qu'il fût enterré près du corps de " feu M. de Champlain, qui est dans un sépulchre par- " tiçulier, érigé exprès pour honorer la mémoire de ce " signalé personnage, qui a tant obligé la Nouvelle " France " (Relations des Jésuites, 1643, p. 3, édition de 1858).
1. Les registres disent le 16 juin,yoMr de l'octave du Saint-Sacrement. Or, cette année, le jour de l'octave tombait le 1*4. Aussi V Histoire de l^ Hôtel- Dieu dit q\ie ce f\xi *Me 14 de juin, à quatre heures du soir.*' (p. 24.)
2. Voir Cours d^ Histoire du Canada jiar M. Ferland j vol. I, p. 299. Histoire de la Colonie Française en Canada, vol. I, p. 343. Il n'est resté qu'une page du registre des sépultures, contenant les actes faits depuis le premier janvier 1640 jusqu'à l'incendie, 14 juin.
On voit, en outre, dans les registres de Québec pour Tannée 1642, que " le 22 d'octobre fut enterré dans la chapelle de M. de Ohamplain le P. CharleRimbault.. ."^ Il est donc certain que Ohamplain lui-même fut inhumé dans sa propre chapelle, puisque le P. Eaymbault fut enterré près du corps de Champlain, et dans la chapelle de Champlain.
Mais où était cette chapelle de Champlain ?
M. Ferland, dans son Cowrs d^ Histoire du Canada (vol I, page 293), dit que " le corps du fondateur de " Québec fut inhumé dans une chapelle qui paraît avoir " été attenante à Notre-Dame de Recouvrance, * et qui " fut désignée sous le nom d^ chapelle de Ohamplain.''
En fixant le lieu de la sépulture de Ohamplain dans cet endroit, M. Ferland a évidemment confondu deux choses essentiellement distinctes, la chapelle du Gouverneur et la chapelle de Champlain, Oe qui l'a sans doute induit en erreur, c'est le passage suivant de la Relation de 1640, p. 60 : " Le feu se mit en notre maison de " Kebec " (la résidence), "qu'il a réduite en poudre, & " la chapelle de M. le Gouverneur " (alors M. de Montmagny), "& l'église publique."
Nous avions toujours partagé nous-mêmes l'erreur de M. Ferland; lorsqu'en examinant plus attentivement les registres, nous fûmes tout surpris de voir
l. " Notre-Dame de Recouvrance était bâtie sur l'emplacement ou dans le voisinage immédiat de la cathédrale anglicane actuelle." — (Note de M. Ferland.)
qu'on enterrait encore dans la chapelle de Oliainplain l'année qui suivit l'incendie, (1641). L'acte de sépulture de M. Grand porte, en eJflfet, qu'il fut enterré le 20 mai 1641, en la chapelle de M. de Champlain. Voici cet acte :
" Le 20 de May le lendemain de la Pentecoste 1641 " mourut François De Ré dit Mr. Grand Commissaire " Greneral au magasin de Kebec, & ce en la chambre, " qui est soubs la Sacristie, & chapelle dudit Kebec, " où il avoit passé l'hiver. Le mesme iour on chanta " les vespres des trépassés pour luy, & le lendemain " 21 du même mois après l'ofiS-ce des morts & la messe "chantée solennellement il fut enterré en la chapelle " de Mr. de Champlain."
Bien plus, un an après cette sépulture, en 1642, on lit l'acte d'inhumation du Père Eaymbault, dont nous avons parlé ci-dessus : Le 22 d'octobre, y est-il dit, fut enterré dans la chapelle de M. de Champlain le P. Charles Eaymbault. Donc, bien certainement, la chapelle du Gouverneur^ qui brûla en 1640, et la chapelle de Champlain^ sont deux chapelles parfaitement distinctes, et la chapelle de Champlain ne fut pas incendiée en
Ce fait établi sur des preuves qui n'admettent pas de réplique, il restait à constater en quel endroit de la ville était située la chapeUe de Champlain.
Cette chapelle était-elle à la haute ville ? Certainement non. Car 1° on ne voit nulle part, ni dans les œuvres de Champlain, ni dans aucun autre document, que Champlain ait fait construire de chapelle à la
haute ville avant la prise de Québec par les Kertk en 1629. A son retour en Canada, " l'an 1633, M. de " Champlain fil bastir la chapelle de Nostre-Dame de " Recouvrance." (Archives du Séminaire de Québec, Catalogue^des Bienfaiteurs de Notre-Dame de Recouvrance, Abeille, vol. VII, n. 18 ). Mais il n'y a aucun document qui atteste qu'il ait fait construire d'autre chapelle jusqu'à sa mort, arrivée deux ans après son retour, le 25 décembre, 1635. * D'ailleurs, est-il croyable qu'il y eût eu trois chapelles à la haute ville de Québec, lorsqu'on n'y comptait encore que quelques familles ? 2" Si la chapelle de Champlain eût été à la haute ville, les PP. Jésuites qui remplissaient alors les fonctions curiales, auraient-ils été réduits, après l'incendie de Notre-Dame de Recouvrance, à faire l'office public dans la petite chapelle intérieure des religieuses Hospitalières ? Peut-on supposer qu'ils auraient préféré cette petite chapelle intérieure, surtout lorsqu'on sait qu'elle était située au deuxième étage de la maison appartenant à la Compagnie de la Nouvelle-France» qu'occupaient alors les Hospitalières?. Ce qui mit, dit l'Histoire de l'Hôtel-Dieu, l'hôpital si à l'étroit, qu'on fut obligé de placer les malades dans les cabanes de la cour. (p. 24.)
Donc la chapelle de Champlain ne pouvait être située ailleurs qu'à la basse ville, et ce ne pouvait être que celle qu'il avait fait bâtir en 1615 à l'arrivée des PP. Récollets (Voyages de Champlain, éd. de 1619, fol. 10) ; car cette chapelle est certainement la seule qu'il y ait fait construire.
1. Il est à remarqua qu'il tomba de paralysie vers la mi-octobre de
cette année. " Sa maladie fat de deux mois et demy " dit la
Relation de 1636, p. 56.
Maintenant, en quel endroit de la basse ville cette première chapelle lut-elle placée ?
D'abord, elle ne pouvait être dans l'enclos de l'habitation ; car il suffit d'examiner les dimensions que Champlain lui-même nous donne de cette habitation, pour se coiivaincre qu'il n'y restait pas d'espace suffisant pour y bâtir même la i)lus petite chapelle. En eftet, la cour de l'habitation ne devait avoir, dans sa plus grande pro- Ibudeur, que trente-six pieds, et quinze ou seize entre les corps de logis. Il est donc absurde de supposer qu'on ait bouché la cour pour y mettre une chapelle destinée aux offices publics ; à moins qu'on ne prétende que cette chapelle n'eût été qu'un appartement particuUer où l'on aurait dresse un autel.
Cette supposition est inadmissible : car, d'abord, les logements étaient beaucoup trop p. tits pour se prêter à cet usage ; les trois corps de logis ne mesuraient que dix-huit pieds sur quinze, et le magasin, qui n'avait qu'un étage et une cave, * avait juste trente-six pieds de long sur dix-huit de large C'était à peine suffisant pour y loger les vingt à vingt-cinq mille livres de castor que la traite y entassait tous les ans, sans compter les provisions.
D'ailleurs, le texte de Champlain prouve assez que c'était une construction à part. " J'étois demeuré, dit- " il, audit Québec pour donner ordre à ce qui dépen-