I. — BENEDETTO ET ALFO.XSE
Alors que les cartographes dieppois restaient plongés clans l'erreur à l’égard de la véritable conformation de Terre-Neuve, erreur qu’ils devaient commettre longtemps encore, une année seulement après l'atlas de Roze, apparut une carte, malheureusement très succincte, mais dont la perfection relative ne laisse pas d étonner.
Elle fait partie d’un portulan sur peau de velin1, mesurant 22 centimètres de largeur sur i5 de hauteur et composé de dix-neuf feuillets, dont plusieurs contiennent des tables et des roses des vents, avec- les désignations : svest, svsvest, oest, la scouDRiLLE, nova la ijalestue. Au commencement, se trouve une carte pliée en dix et d’une surface totale de 65 par 45 centimètres. C’est un planisphère s’étendant à l’Ouest jusqu’à l’Océan Pacifique et à l’Est jusqu'à la Chine ; au Sud, au delà du détroit de « Magaillon », en traçant les terres antarctiques. Une des sections de la carte forme frontispice et porte un blason écartelé au 1 et 4, de Cosse (de sable à 3 fasces d’or denchées par le bas) ; au 2, de Char/10 (de sable au lion d’argent armé, lampassé et couronné de gueules) ; au 3, de Gouffier (d’or à trois jumelles de sable) ; et sur le tout, de Montmorency (d’or, à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur, deux et deux à chaque canton). Ce sont les armes d’Arthur de Cossé, maréchal de France, dit le maréchal de Cossé (frère du maréchal de Brissac), né vers i5i2, mort le r5 janvier 1282.
Quant à la carte, elle porte dans la bordure les lettres G B et la date très nette de 1 5 4 3 en chiffres arabes. Selon nous, ces initiales ne peuvent être que
1 Collection de Mi\ Henry Yates Thompson, à Londres, amateur éclairé, à qui nous devons
un superbe fac-similé de celte carte, aussi belle qu’importante.
celles de Giovanni Benedetto que les Acquits de l'Epargne pour François Ier désignent ainsi : « Jean-Marie dit Benedict du pays de Siennois, expert en cosmographie », et qui, le 2.5 avril j 5 3 8 , reçut en don du roi « 5o écus d’or soleil pour s’entretenir à son service »‘. Nous le retrouvons mentionné encore dans un Acquit de l’Epargne, non daté, mais pouvant être de janvier i53y. Cette fois, « Jean-Marie Benedict de Sienne » est qualifié de capitaine de navire, et il reçoit un don de 90 livres pour l’aider à vivre à la suite de la cour \
Dans ce portulan, la partie afférente à l’Amérique septentrionale est fort abrégée, mais néanmoins d’une certaine importance, comme le lecteur peut en juger par le fac-similé qui sert de frontispice au présent ouvrage.
L’ensemble de la carte et la configuration de ses parties, malgré leur caractère rudimentaire, sont bien en avance sur la cartographie de ces régions à l’époque où Benedetto les traça. La position et les contours du Labrador; le golfe avec l’esquisse de la péninsule formée par la baie des Chaleurs et celle du Cap-Breton; Anticosti dans les dimensions voulues et à sa vraie place; Terre-Neuve, surtout, d’un seul morceau pour la première fois et en sa véritable forme triangulaire, la base au Sud et non au Nord comme nous la verrons lorsque les cartographes dieppois se décideront à y voir une seule île, font de cette petite carte une œuvre unique en son genre au milieu du xvie siècle. Aussi pourrions-nous la prendre pour conclusion de notre travail, puisqu’avec elle la région terre-neu vienne atteint sa forme réelle. Mais le savant siennois n’a pas fait école ; sa carte semble même être restée inaperçue et il incombe à l’historien de retracer les phases diverses par lesquelles file de Terre-Neuve passa encore avant d’acquérir partout en cartographie sa configuration définitive.
C’est dans cet ordre d'idées que nous devons maintenant citer, comme la plus proche du portulan de Benedetto, une épure absolument française, également d’un grand intérêt, et qui non plus ne fut imitée. Elle remonte à Jehan Fonteneau, dit Alfonse le Saintongeois, mentionné antérieurement.
Revenu en France après un séjour de neuf mois au Canada où, dans l’été de