Onze myl virgenes
Immédiatement après les cartes de F reire et de Gutierrez et comme y faisant suite (dans l’état de nos connaissances) se place le portulan bien connu de Diogo llomem, cartographe portugais établi à Venise et dont les œuvres s’échelonnent de 1 557 à Le spécimen en ce moment sous nos yeux
n’est qu’un tracé préliminaire, mais complet quant aux configurations et à la nomenclature, autographe certainement et non daté ‘. Il expose une délinéation de Terre-Neuve, reproduite par Kohl 2. qui l’a empruntée à l’exemplaire du British Muséum daté de 1 558 3 . Le nôtre est donc au moins de cette époque. En tous cas, les contours terre-neuviens sont identiques dans les deux cartes, ainsi que dans celle de i5(58 de la Bibliothèque royale de Dresde L
4 Nos remerciements sont acquis à M. le Dr K. IIaeüler. qui a bien voulu comparer notre tracé de la carte anonyme de Paris, avec l’allas de la Ribliot. royale de Dresde.
DIOGO
HOMEM
1 Bibliot. nation. Géogr. n° 1 021.
2 Discovery of Maine, pl. XXI, p. 377-384 -
3 Addition. Mss. 5 4 1 5 a.
Cette carte ne procède pas du prototype de Vallard. On le voit par la
péninsule du Petit-Nord, ici beaucoup plus exiguë et orientée différemment, et surtout par les contours méridionaux, lesquels exposent les grandes baies Sainte-Marie, de Plaisance, et peut-être celle de Fortune. Nous sommes surpris de ne pas y voir l’île imaginaire qui dans toutes les cartes antérieures occupe la place de l’extrémité Sud-Ouest de Terre-Neuve et bloque l’entrée du o-olfe Saint-Laurent, mais non de l’absence absolue d’une-côte occidentale.
Ce vide existe dans la carte complète de Ilomem du British Muséum, comme dans le simple tracé de la Bibliothèque nationale de Paris. Il est donc intentionnel autant que consciencieux et motivé par le manque de renseignements sur cette partie de File. Rappelons à cet égard que Cbamplain, soixante-quatorze ans après, disait encore de la côte Ouest qu’elle « n’est bien recognüe ». Il y a plus : Coronelli, ou plutôt fillemont, exprimait cette opinion à une époque aussi rapprochée de nous que l’année 1680.
DIOGO HOMEM
De toutes façons, il faut envisager les contours que nous venons de décrire comme un pas en avant dans l’évolution cartographique de Terre-Neuve, au moins pour le caractère général du pays. Ajoutons cependant que si Ilomem avait terminé sa carte sur ces données, il eût fait de cette île non un triangle, mais un carré.
La nomenclature terre-neuvienne est assez complète et clairement tracée sans être tout à fait exempte de lectures erronées ou inintelligibles :
Le Labrador ne porte au Nord que la désignation Terre ogriculc , qui en est une sorte de traduction latine. Au Sud, on lit: Mare de Terre nova.
Côte S.-E. du Labrador :