‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 81 sur 258 · I. — SON DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

I. — SON DÉVELOPPEMENT

L'entrée en scène de l'hydrographie américano-dieppoise devrait être précédée ici de quelques observations sur les origines et les progrès de la cartographie française au xvi° siècle. Malheureusement les détails authentiques manquent, ou, si l’on en possède, ils ne se rapportent (à l’exception d'un seul point concernant l’Amérique du Nord), qu’à une époque postérieure aux voyages de Jacques Cartier.

Pour l'Est et le Sud de Terre-Neuve les pilotes restèrent, pendant de longues années encore, tributaires des cartographes portugais. Les deux premiers voyages de Cartier firent néanmoins connaître un fait considérable et de nature à modifier en sa partie essentielle l’hydrographie de cette région. Ce fut la découverte du détroit de Rellc-Isle. Mais ce qui est surprenant, au lieu de simplifier la cartographie de Terre-Neuve, elle ne fit, comme nous le montrerons bientôt, que développer une erreur capitale, dont la géographie s’est ressentie longtemps. C'est à un tel point que les délinéations de cette île, à dater du retour de Cartier, sont beaucoup plus incorrectes que dans la carte de Ruysch ! Car il est préférable, à notre sens, de voir Terre-Neuve représentée comme une presqu’île, puisque de fait elle est séparée du continent par un détroit large dans certaines parties de i5 kilomètres seulement, que sous la forme d'un archipel imaginaire, comptant jusqu’à douze îles non moins arbitrairement définies et séparées par de grands chenaux dont il n'y a pas trace dans la réalité.

Ce furent, il faut le dire, les hydrographes dieppois qui, les premiers, tirèrent des épures rapportées par Jacques Cartier une conséquence aussi erronée. Mais on doit rappeler qu elle prenait sa source et son çxcuse dans la

LA CARTOGRAPHIE A M É R J C A N O - D I E P P O I S E

configuration extraordinaire du littoral de Terre-Neuve et d’explorations que ces contours bizarres forçaient les pilotes à rendre incomplètes.

Il n’y a pas de région sur la surface du globe qui, d’une façon générale, soit aussi déchiquetée que cette île. La côte présente à chaque instant et partout de profondes identations, de hauts promontoires détachés, des saillies fortement échancrées et des baies spacieuses, qui entrant dans les terres jusqu’à soixante et même quatre-vingt-dix milles, forment, par leur peu d’éloignement les unes des autres, de grandes péninsules plus ou moins étroites, qu’au premier abord on prend pour de véritables îles. De minutieux et complets relèvements, comme les pilotes n’en faisaient pas encore, seuls eussent pu permettre de déterminer le caractère exact de ces avancées péninsulaires :

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