‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 84 sur 258 · II. — SES TRAITS CARACTÉRISTIQUES · texte numérisé non relu

II. — SES TRAITS CARACTÉRISTIQUES

Cette famille de cartes se distingue des autres par plusieurs singularités géographiques, qui sont surtout les suivantes :

i° La forme qu’y affecte dans son ensemble la partie septentrionale du continent américain ;

2° Ses tracés et sa nomenclature du Labrador ;

3° L’introduction du pays et de la ville légendaires de Norombègue ;

4° Le morcellement extraordinaire de 1 i le de Terre-Neuve.

Nous examinerons successivement ces quatre traits distinctifs au point de vue de l’évolution cartographique de la région entière.

Sur une des cartes de Pierre Desceliers se lit une importante légende que nous reproduirons littéralement :

« Aulcuns cosmographes ont conioinct Lasie auec La Floride, neufue espaigne, Terre ferme et Amérique, et disent icelle estre partie de Lasie, mais lopinion. diceulx ncst en ensuyuir autant quelle nappert par certaine expérience ne par raison. »

Cette déclaration n’est que de l’année i55o ; mais lorsqu’on voit dans des œuvres françaises remontant à i53o, comme, par exemple, dans le globe de Robert de Bailly, que nous allons bientôt décrire, et dans toutes les cartes dieppoises qui nous sont parvenues, ainsi que dans leurs premiers dérivés, au nombre desquels il faut compter les mappemondes dites verrazaniennes, une configuration générale, conçue d’après cette donnée géographique, on ne peut qu’y reconnaître une innovation introduite par les anciens cartographes dieppois.

Cette configuration se présente sous deux formes : l’une, sans rétrécisse-

ment du continent septentrional à la hauteur de la Floride ; l'autre, avec un isthme en ce lieu, de six milles seulement de largeur. Parmi les cartes exposant ledit isthme, se trouvent celles de Maggiolo (1027) et de Hieronymo da Verrazano précitée (1529); le globe de Bailly (i53o); la Tabula novarum insularum de Munster (1 534 et i54o)‘; le globe d’Ulpius (1542)1 2 ; la carte Harleyenne ( circa 1 543) ; les mappemondes elliptiques de Battista Agnese3 4; les cartes de Homem et celle de Michel Lok (1082) .

Les cartes dieppoises, directes ou dérivées, qui séparent l’Amérique de l’Asie, mais sans exposer ce rétrécissement, sont celles de Desliens ( 1 5 4 1 et i563), Jehan Roze (1042); Desceliers ( 1 546, i55o, 1 553) ; le Ptolémée de i548; le globe des Welser *, celui de Tramesini (en feuilles, 1 554) ; les prétendus fuseaux de Schôner (circa i54o); la carte manuscrite dite de Sloane 5, et nombre d’autres œuvres cartographiques de cette provenance.

Les planisphères de Maggiolo (1.527) et des deux Verrazani (T02G-1529) avaient déjà franchement indiqué cette interprétation géographique. Mais, à notre avis, c’est aux pilotes et cartographes dieppois, avec lesquels Giovanni et Hieronymo da Verrazano vécurent dans les ports de Normandie 6, à la solde de François Ier, qu’ils l’empruntèrent. Nicolas Desliens, Pierre Desceliers et les cartographes normands qui les ont imités, en reproduisant cette configuration, plus ou moins accentuée, ne firent donc qu’user de leur bien. Aussi ce que nous avons nommé la cartographie verrazanienne 7, n’estelle, pour l’ensemble extérieur de l’Amérique du Nord, qu’un dérivé de la cartographie dieppoise, et l’on en retrouve l’influence en Suisse, en Allemagne et en Italie jusqu’à la fin du xvie siècle.

La première caractéristique des cartes dieppoises est donc le profil des côtes Est et Ouest du continent américain en sa partie septentrionale, à partir du parallèle correspondant à nos 34° latitude et 8o° longitude.

Ce tracé donne la plus ancienne représentation connue où un cartographe ou spliérographe français expose le continent de l’Amérique du Nord entièrement affranchi des erreurs de l’hydrographie lusitano-germanique ainsi que des conceptions erronées de Ruysch, de Roselli et des cartes qui, depuis le globe de Francis de Malines, recommencèrent à souder la côte Nord-Ouest à l’Asie. On y remarque également le détroit imaginaire au Nord de la Floride ;

1 Supra , n° 33, p. io3.

2 Biblioth. de la Soc. historique de New-York.

3 Discovery , n° -236, p. 6'2g-3o.

4 Revue de Géographie, de Drapeykon, numéro

de novembre 1896.

5 British Muséum ; Sloane Mss. xi -, f° 2.

6 Selon la description de Hakluyt, car la carte a disparu.

’ Revue critique, 1

er janvier 1876.

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