MARS 1609. FÊTE ET CÉRÉMONIES
des calebasses, dans lesquelles il y a des graines sèches, avec un baston pour les tenir; cela fait un petit bruit et sert à marquer la cadence. Nombre des chantres s’y rendirent. Peu de temps après il y vint vingt jeunes gens de vingt à trente ans et quinze jeunes filles des plus jolies et parées magnifiquement à leur manière, toutes nues, n'ayant que leurs brayes, sur lesquelles elles avoient par-dessus des espèces de ceintures larges d’un pied, qui estoient de plume et poil ou crin peinturé de rouge, jaune et blanc, le visage et le corps mataché ou peinturé de différentes couleurs, portant des plumes à leurs mains, qui leur servent d’esventail ou à marquer la cadence, leurs cheveux proprement nattés avec des bouquets de plumes. Les jeunes hommes estoient nuds, n'ayant qu'une ceinture comme les filles, qui les cachoit en partie, bien matachés et les cheveux bien accommodés avec des bouquets de plumes. Plusieurs avoient des chaudières en forme d’assiettes aplaties, deux et trois ensemble, attachées à leur ceinture, pendant à hauteur du genouil, qui faisoient du bruit et aidoient à marquer la cadence. Ils dansèrent comme cela trois heures avec un air fort dispos et enjoué. La nuit venue, le chef nous fit loger dans sa cabanne ou maison qu'il avoit faite. Après avoir soupé de sagamité de bled d'Inde, on apporta et alluma un flambeau de cannes, longues de quinze pieds, liées ensemble, gros de deux pieds de tour, que
l’on planta au milieu, bruslant par le haut et qui esclairoit
suffisamment. Toute la jeunesse du village s’y rendit avec leurs arcs et flesches et casse teste et instruments de guerre, et quelques femmes et filles, où ils commencèrent de nouveau à danser jusqu’à minuit des danses de guerre que je trouvay fort jolies, et se retirèrent tous, hors le chef qui resta
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et coucha avec nous dans sa cabane et tous les Bayogoulas, auxquels on faisoit les mesmes honneurs qu’à nous, les regardant comme François, les ayant amenés chés eux. Ces deux chefs se haranguèrent l’un l’autre; le Bayogoula harangua pour moy le Ouma. Ce village est sur un costeau, où il y a cent quarante cabanes; il peut y avoir trois cent cinquante hommes au plus, beaucoup d’enfans. Toutes les cabanes sont sur le bord du costeaü, à double rang par endroits et en figure ronde au milieu. Il y a une place de deux cents pas de large, fort nette. Les champs à bled d'Inde sont dans les vallons et sur les autres costeaux des environs. Tout ce pays n'est que costeaux d'assez bonne terre noire; point de roches; je n’en ay point encore veu depuis la mer. Ce village est csloigné de la rivière de deux lieues et demye au nord; les bois y sont francs, meslez de toute sorte de chesnes, surtout beaucoup de cannes dans les fonds. Je n’ay veu là aucun arbre fruitier. Ils m'y ont donné de deux sortes de noix, une, comme celles de Canada, des noix dures, et l’autre, petites, faites comme des olives et pas plus grosses. Ils n’ont encore rien cultivé que des melons et ont semé du tabac,
Le 21°, à dix heures du matin, je suis sorty du village pour m'en retourner avec mes gens. Les Bayogoulas m'ont accompagné en chantant. J'ay salué ce village, en sortant, de deux saluts de mousqueterie, et suis arrivé à mes chaloupes à midy. A deux heures le chef des Oumas est arrivé avec plus de cent cinquante de ses gens et femmes et enfans, qui nous ont apporté du pain de bled d'Inde et farine pilée. Je leur ay fait un présent de couteaux, haches, chaudières, miroirs, alènes, ciseaux, aiguilles, chemises, couvertes et juste-au-corps de
drap rouge. Leur ayant demandé du bled d'Inde, ils ont en-