AVRIL 1699. DÉSERTEURS DE PENSACOLA
pied de Pensacola pour aller à la Nouvelle-Espagne, qui ont trouvé des Sauvages de la Mobile qui les ont amenés. Ces hommes nous apprennent qu'ils sont partis de la Vera-Cruz le mois d'octobre pour venir faire un establissement au Mississipy, où ils sçavoient que nous devions aller, et où nous prétendions trouver un beau port. N'en connaissant pas d'autre à cette coste, ils estoient venus droit de Pensacola, où ils avoient trouvé une barque de la Havanne, que l’on y avoit depesché là pour prendre possession, et qui les y attendoit depuis vingt-neuf jours. Ils avoient ordre, si nous y estions les premiers, de ne nous rien dire, de s’en retourner. Je doute de cela. Quand nous y arrivasmes, ils estoient trois cents hommes, dont quarante estoient par force, et gens condamnez à servir là nombre d'années. Ils estoient tous résolus, si nous y eussions entré, de deserter et nous demander passage pour les retirer de là, où ils n’avoient que du bled d'Inde à manger, très peu
de pain et peu de viande. Ils avoient envoyé plusieurs basti-
ments à la Havane et à la Vera-Cruz devant nostre arrivée, et le gouverneur luy mesme y estoit allé pour demander du secours, il y avoit plus de deux mois. Ils manquoient de tout, quand ils avoient deserté ; d'autres avoient deserté pouralleraux Apalaches; les autres, n’osant entreprendre un si long voyage, ne nous sçachant pas là, meurent misérables, De trois cents qu'ils estoient quand nous passasmes, il n'en restoit pas sur pied à présent cinquante ; le reste estoit mort ou mourant. Ils ne doutent pas que les Espagnols n’abandonnent Pensacola, qui n'y estoient establis que pour nous obliger à nous en retourner, ne trouvant pas de port, ne croyant pas qu'il y en eust d'autres où des gros vaisseaux puissent mouiller que là.
Les Espagnols du Nouveau-Mexique et de la Havane ont