FÉVRIER 1699. PISTES DE SAUVAGES
grande isle, qui sembleestre la grande terre, n’en voyant point
de bout, qui peut estre par la latitude de 30 degrez 22 minutes, estant au nord de l'islet, où nous sommes mouillés quatre lieues, en sorte que nous sommes entourés de l’isle de tous costés; les marées sont sous cette isle est-ouest.
Le mercredy 11°, nous commençasmes, dès la pointe du jour, à mettre le bois de notre biscayenne à terre pour la monter et y faire une tente, où nos gens travaillèrent. Le jour les vents battirent au sud, beau temps; sur le soir, le temps se couvrit. Il fit quelques coups de tonnerre et quantité d'esclairs; dans la nuit, ils vinrent à l'ouest et commencèrent à venter, et après minuit, au nord et au nord-ouest qui estoient extresmement froids et ventoient beaucoup.
Le jeudy 12° au matin, on mit masts de hune bas, et nous appareillasmes nos vergues; sur le midy, beau temps, les vents s’estans beaucoup modérés; le soir, la Badine tira trois coups de canon pour advertir les Sauvages, qui faisoient du feu; dans la nuit, les vents continuèrent tousjours. A la bande du nord-est il faisoit grand froid.
Le vendredy 13°, M. d'Iberville ayant veu le 12 les feux à la grande isle, à trois lieues de luy au nord, prit le Père Anastase avec luy pour y aller. Il avoit sa biscayenne et un petit canot d’escorce, parce que nos Canadiens avoient descendu avec la mesme voiture. Nous arrivasmes à deux heures après midy. Nous vismes les pistes des Sauvages, qui n’estoient sortis que du matin. Nous y cabanasmes; le feu s’estant pris aux herbes, les Sauvages virent nostre fumée.
Lesamedy 14°, après avoir desjeuné, nous allasmes au long de la coste ; M. d’Iberville et son Sauvage aperçeurent aussitost
les pistes de deux Sauvages qui estoient venus à la descouverte.