MARS 1609. MANQUE DE VIVRES. ACHAT DE VIANDE
l'exception d'un qui nous attendit au bord de l'eau, auquel nous parlasmes par signes. M. d’Iberville luy donna un couteau, de la rassade et autres babioles; il nous donna en eschange du bœuf et de l'ours boucané. M. d'Iberville fit embarquer tous nos gens dans nos biscayennes, de crainte de les
intimider, et fit entendre au Sauvage d'appeler tous ses cama-
rades, ce qu’il fit en chantant leur chanson de paix. Peu de temps après, ils s'approchèrent de nous en faisant la mesme chose, en estendant les bras vers le soleil et en se frottant le ventre, qui est une marque de leur admiration et de leur joye, et lorsqu'ils furent proche de nous, ils nous passèrent la main sur le ventre, et estendirent les bras sur nous, ce qui est une grande amitié parmy eux. M. d’Iberville leur demanda par signes si les Sauvages que nous avions veus à la grande Passe, qui estoit vis à vis de nos navires, estoient arrivés. Ils nous firent entendre qu'ouy et qu'ils avoient monté par un petit bras d’eau qui sort de ce fleuve et se descharge à la mer, en ce mesme lieu où il les avoit trouvés. Il leur demanda si leur village estoit bien esloigné; ils luy firent entendre qu’il y avoit cinq journées, en nous montrant depuis le lever le soleil jusqu’à la nuit, ce qui nous consterna bien, car nous commencions à nous fatiguer et manquions de vivres. M. d'Iberville leur donna de la rassade, des couteaux et miroirs; ils luy donnèrent en eschange de l'ours et du bœuf boucané qu’ils avoient dans leurs canots. Nos gens mesme en trafiquèrent pour des bagatelles. Un bon vieillard estendit sa viande lot par lot, comme on fait dans nos marchés en Europe, et s’assit auprès. Deux de nos gens furent à luy, ils luy donnèrent chacun un couteau et emportèrent toute la viande. Il pouvoit y avoir cent livres, ils parurent tous trois fort contents.