JALOUSIE DES ESPAGNOLS
M. d'Iberville vous informeront de ce qui s'est passé dans la descouverte, La nouvelle que j'avois l'honneur :.e vous cscrire que les Espagnols estoient allés en prendre possession s'est trouvée véritable, et le port dont m'avoit entretenu le capitaine que le Vice-Roy avait envoyé au Cap, a esté trouvé par la position que je leur avois indiquée. Je prendray la liberté de vous dire, Monseigneur : qu'on ne doit pas tirer une conséquence du mérite de ce pays-là par la précipitation que le Conseil d'Espagne a eue de le faire occuper. Ils feront de mesme dans tous les lieux des Indes où nostre voisinage pourra leur donner de l'ombrage.
Si le feu sieur de La Salle avoit sérieusement réfléchy sur les conséquences de cet establissement, il n’y auroit jamais embarqué le Roy. Il ne suffit pas de dire que cela estoit une possession dans le golfe du Mexique ; il faut examiner qu'il est esloigné de ce qu'on appelle la Nouvelle-Espagne de plus
de quatre cents lieues par terre. Cette séparation est habitée par
des millions de peuples barbares, par des rivières et des bois, ce qui le rendra moralement inaccessible. Je suppose qu'il ne le fust pas et qu’il y eust la mesme facilité que d'aller de Normandie à Rome, ct j'aplanis la difficulté de ces peuples barbares, peut-il tomber sous le sens d'aucun homme d'expérience qu'une colonie formée en ce lieu-là peut jamais promettre aucun progrès ? Il est d’une notoriété publique que les Espagnols peuvent mettre cent mille hommes blancs sous les armes sans une infinité des naturels du pays qui leur sont sujets, et peut-on croire que le Conseil d'Espagne n’employast pas tousjours ses forces pour ruiner dans la nouveauté ces sortes d’establissemens ?
Je crois M. d’Iberville un très honneste homme et bien in-