BARRIÈRE A OPPOSER AUX PROGRÈS DES ANGLAIS
pour se saisir de toute l'Amérique et en chasser toutes les autres nations. Car, si on fait réflexion, on verra que nous n'augmentons pas dans les isles à proportion des Anglois, ( nt des gens qui ont l'esprit de colonie, et quoyqu'ils s'y enrichissent, ne retournent pas en Angleterre et restent ct font fleurir par leurs richesses et grandes despenses; au lieu que les François les abandonnent, et se retirent si tost qu’ils y ont un peu gagné de bien, ce qui vient que ce sont de mauvais pays et qui ne valent pas la France. Cela n'arrivera pas, je crois, de la coste de la Floride, si la France l’establit, qui est un pays parfaitement bon, qui se peuplera promptement, les hommes que l'on y enverra n’y mourant pas comme aux Îsles, et par là deviendront puissants ct, en moins de cinquante ans, joints aux ‘ ges du pays, seront en estat de tenir en bride toute la elle-Angleterre, qu'il leur sera facile mesme de prendre, sans quoy les Anglois de la Nouvelle-Angleterre, s'augmentant, se jetteront insensiblement dans la coste de la Floride, qui est séparée de leur pays par les montagnes des Apalaches, qui est une chaisne de hautes montagnes qui court du nord au sud à trente ou quarante lieues dans les terres de la Nouvelle. Angleterre. [1 se trouve, à la coste de la Floride, des perles dans des moules en assez grande quantité dans les rivières ; si elles se trouvoient bonnes, cela aideroit au commerce. Je crois que le meilleur et le plus seur est celuy que l’on pourra faire avec les Espagnols du Nouveau-Mexique, si cette affaire est bien conduite. Il est à croire que les Espagnols, dans cette appréhension, se feront un establissement sur la baye Saint-Louis et aux Cenis, croyant par là nous empescher d'aller au Mexique : c'est leur seule appréhension.