PASSAGE ACCORDÉ A UN MISSIONNAIRE
ENVOYÉ AUX AKANSAS
Le Ministre de la Marine au sieur d’Iberville,
! À Fontainebleau, le 15 septembre 1699.
Le Supérieur des Missions Estrangères, ayant demandé passage, sur les vaisseaux que vous commandez, pour un missionnaire qu’il envoye aux Akansas, espérant qu'il joindra plus aisément par le Mississipy que par Québec ceux qui
sont desjà parmy cette nation, le Roy a bien voulu le luy accorder, et il faut que vous le receviez sur vostre frégate ct que vous luy donniez vostre table, dont vous serez payé comme d’un officier surnuméraire.
Mémoire pour servir d'instruction au sieur d'Iberrille, capitaine de frégate légère, commandant la Renommée.
Fontainebleau, 22 septembre 1699.
La descouverte que le sieur d’Iberville a faite de l'emboucheure de la rivière du Mississipi et la confiance que Sa Majesté prend en luy, l'ont engagée à le choisir encore pour commander les vaisseaux qu'elle veut renvoyer en ce pays pour perfectionner et s’asseurer la possession de l’establissement qu'il y a fait. Sa Majesté a approuvé le choix qu'il a fait des officiers qu’il a nommés pour commander dans le fort qu'il a basty, et il trouvera cy-joints des ordres pour leur en confirmer le commandement, en attendant qu'elle connoisse plus particulièrement ce qu'il y aura à faire pour ce pays. Elle a aussy réglé leurs appointemens, de manière qu'ils auront sujet d’estre contens.
Il a esté informé des ordres, qui ont esté donnez au sieur
du Guay, de faire embarquer sur la frégate qu’il commande,
et sur la fluste qui la doit suivre, les munitions nécessaires pour ce fort et pour une année de vivres à sa garnison, avec
des hardes et des habits pour ceux qui la composent.
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Sa Majesté a estimé nécessaire de charger un escrivain principal de marine de ces munitions, vivres et hardes, et de le laisser en ce fort pour en faire la distribution. Elle a choisy, pour cet effet, le sieur de Raucourt, auquel elle désire qu’il donne tous les secours et la protection dont il aura besoin pour pouvoir faire ses fonctions.
Sa Majesté a aussy donné les ordres pour faire embarquer sur ces bastimens les Canadiens qui ont ci-devant servi avec luy dans la baye d'Hudson et qui sont actuellement à la Rochelle, estant persuadée qu'il pourra les employer utilement pour son service.
Elle ne doute pas que le tout ne soit embarqué, quand il recevra ce mémoire. Ainsy elle désire qu'il mette aussitost à la voile.
En cas qu'on n’ayt pu luy donner à Rochefort tout le vin nécessaire pour sa campagne, à cause de la mauvaise qualité de celuy de cette année, et qu’on ayt jugé à propos de luy en faire prendre à Madère ou dans quelqu'une des isles Açores, Sa Majesté trouve bon qu'il y aille, mais elle luy recommande, en ce cas, de ne s’y pas arrester et de n'y faire de séjour qu'autant qu'il faudra pour prendre le vin dont il aura besoin.
Il se rendra ensuite à la rade de Biloxy, sans toucher à la coste de Saint-Domingue ny ailleurs, à moins d'y estre forcé par les vents ou d’autres besoins imprévus.
Aussytost qu'il sera arrivé devant ce fort, il mettra pied à
terre pour se faire rendre compte, par le sieur de Sauvolle
qui y commande, de tout ce qui se sera passé en ce pays de-
puis qu’il en est party, et en cas que sur les connoissances que ledit sieur de Sauvolle aura prises des environs, il juge à
propos de transporter ce fort dans un endroit plus conve-
nable, il y mènera ses vaisseaux, après avoir embarqué tout ce qui restera dans ce fort et l'avoir entièrement destruit.
Sa Majesté ne luy prescrit rien sur la manière de construire ce nouveau fort, ny sur les augmentations à faire à celuy de la baye de Biloxy, s'il juge à propos de le conserver, s'en remettant entièrement à luy.
L'intention de Sa Majesté est d’avoir une conno'ssance parfaite de ce pays, d'estre informée des plantation: qu'on y peut faire, des marchandises qu'on en peut tirer et de celles du royaume qui y peuvent estre conscmniées. Comme ledit sieur de Sauvolle aura sans doute exécuté les ordres qu'il luy a donnés de s'en instruire, et qu'il pourra rester en ce pays assez de temps pour vérifier les connoissances qu’il en aura prises, Sa Majesté espère qu’à son retour il la mettra en estat de décider avec certitude sur les partis qu'il y aura à prendre pour retirer de cetestablissement toute l'utilité qu’on en peut attendre. Un des grands objets qu'on a cy-devant donnés à Sa Majesté, lorsqu'on l'a engagée à faire descouvrir l'emboucheure du Mississipi, a esté de tirer de la laine des bœufs de ce pays. Il faut qu’il fasse en sorte d’en apporter plusieurs peaux pour en faire des espreuves et s’asseurer des différents employs qu'on en peut faire, et, comme il faudroit domestiquer ces animaux pour pouvoir en tirer la laine, il
est nécessaire qu'il fasse en sorte d'en avoir des petits, qu'il
amèënera auprès du fort, où il fera faire un parc pour les enfermer. Il seroit mesme à désirer qu’il en pust apporter quelques-uns en France, en observant qu’il y ait des masles et des femelles, mais plus de ces dernières que des autres. Quoy que les perles qui luy ont esté données par un Sauvage ne paroissent pas d’une belle eau, ny d’une belle figure, il ne
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faut pas laisser d’en rechercher avec soin. Il s'en pourra trouver d'autres, et Sa Majesté désire qu'il en apporte le plus qu'il pourra. Il faut aussy qu'il s'asseure des endroits où la pesche s'en peut faire, qu'il en fasse pescher en sa présence, et qu'il fasse des mémoires les plus exacts qu'il pourra sur ce qu'il y aura à observer dans cette pesche.
On a asseuré Sa Majesté que ce pays estoit couvert de très beaux meuriers, et, comme c'est la nourriture ordinaire des vers à soye, elle désire qu'il examine si on pourroit en faire des establissemens; en ce cas, si on pourroit y appliquer les femmes et les enfants des Sauvages et ce qu’il y auroit à faire pour cela. Il examinera avec soin la nature des bois de ce pays, pour sçavoir l'usage qu’on en peut faire, soit en meubles, soit en construction de bastimens de terre et de mer.
Enfin, Sa Majesté désire qu'il examine avec soin tout ce que ce pays produit, et qu'il apporte avec luy les plus grandes quantités qu’il pourra de ses productions, afin de voir en France l'usage qu'on en peut faire, et qu'on puisse prendre des mesures pour en tirer autant qu'on en pourra con sommer.
Mais la grande affaire est la descouverte des mines. Celles que les Espagnols ont sur la mesme latitude, et dans des terres de la mesme qualité, nous peuvent faire croire qu’il y en a aux environs du Mississipy.
En cas qu'il en trouve, comme il y a lieu de l’espérer, il en prendra de la matière, pour l’exporter en France, en la plus grande quantité qu’il pourra, afin d'en faire plusieurs essays, Il prendra possession de ces mines au nom de Sa Majesté, Il en dressera des actes aussy authentiques qu’il pourra, Il les fera mesme autoriser par les Sauvages dans les terres
desquels il les trouvera, et il examinera sur les lieux ce qu'il y auroit à faire pour employer ces Sauvages à les fouiller, et ce qu'il faudroit leur donner en payement de leur travail pour les y engager. Il s'appliquera aussy fortement à prendre des connoissances exactes de la coste voisine du Mississipi, qu'il descouvrira, est et ouest, le plus loin qu’il pourra, en observant cependant de ne point aller jusqu'aux endroits où les Espagnols sont establis, pour esviter de leur donner de la jalousie. I] rectifiera les cartes qui en ont esté faites, fera en mesme temps des observations sur les dangers de cctte coste pour les esviter et sur ce qu'il y aura à observer pour y naviguer seurement. Il a esté informé que Sa Majesté a permis au sieur Lesueur de s’'embarquer avec luy pour remonter le Mississipi jusqu'au pays des Sioux, où il y a un establissement. Sa Majesté luy a aussy fait escrire de luv permettre de prendre le nombre de huit ou dix Canadiens de ceux qu'il mène avec luy ; mois, en cas qu'il en soit venu
d'autres du Canada, il peut luy permettre d'en engager un
plus grand nombre de gré à gré, et sans y obliger personne.
Il donnera au sieur Lesueur les ordres qu'il jugera à propos pour faire des observations le long de la rivière, et lu donnera ordre de les envoyer au secrétaire d’Estat ayant le département de la marine par les premières occasions qu'il aura.
Après avoir pris toutes les connoissances de ce pays, ains\ qu'il luy est expliqué cy dessus, à quoy Sa Majesté veut bien luy permettre d’adjouster ce qu’il jugera à propos, il choisira cent bons hommes parmy les Canadiens, fl'bustiers. matelots et soldats qui seront sous son commandement, tant
de ceux qui sont sous son commandement dans ce pays là.
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que de ceux qui seront sur ses vaisseaux pour rester en ce fort jusqu’à Pannée prochaine, sous le commandement des officiers qu'il a proposés et dont Sa Majesté a confirmé le choix,et leur laissera les vivres que le sieur Duguay a fait embarquer sur les vaisseaux, que Sa Majesté compte devoir estre suffisans pour tout le cours de l’année 1700 et mesme pour une partie de 1701, à cause des légumes et de la viande fraische que le pays leur fournira, et de ceux que le sieur Ducasse y a envoyés de Saint-Domingue.
[l fera reconnoistre par les officiers et la garnison du fort le sieur de Raucourt, escrivain principal de la Marine, qui {era les fonctions de commissaire, et expliquera au sieur de Sauvole que l'intention de Sa Majesté est qu'il luy donne toute la protection et le secours dont il aura besoin pour faire ses fonctions, et qu’il le fasse entrer dans les conseils, où Sa Majesté veut qu’il occupe la seconde place.
Il establira pareillement pour aumosnier dans ce fort le Jésuite qui aura servy en la mesme qualité sur la frégate la Renommée, et ramènera en France l’aumosnier qu’il y a laissé.
Et après avoir executé tout le contenu en la présente instruction, Sa Majesté désire qu'il revienne en France avec toute la diligence qu’il pourra.
Elle ne croit pas que les Espagnols veuillent rien tenter contre cet establissement et ne luy paroit pas qu'ils ayent sujet de s’en plaindre; cependant elle est bien aise de luy dire qu'elle veut qu'il esvite avec soin d'avoir aucune affaire avec eux, et pour ne leur donner aucun sujet de plainte, elle ne veut pas mesme qu'il se poste à Pensacola, s’ils s’en estoient retirez.
Mais, en cas que les Espagnols ayent, depuis le départ du sieur d’Iberville, attaqué le fort de Biloxi et mesme qu'ils l’ayent pris, Sa Majesté veut qu’il fasse en sorte de rassembler les François, qui pourront estre parmy eux ou dispersez sur la coste pour les remettre dans le fort, qu'il fera de nouveau. — Elle luy défend d’user d’aucune voye de fait contre
eux, se réservant à s’en faire raison comme elle jugera à
propos. — Cependant, si ces Espagnols l’attaquoient, elle trouve bon qu’il repousse la force par la force, et qu’il fasse tout ce que les loix d'une bonne et juste défense peuvent permettre.
Comme il est du service de Sa Majesté d’esviter avec soin tout ce qui pourroit apporter quelque obstacle à l’exécution des ordres dont le sieur d’Iberville est chargé, Sa Majesté ne veut pas qu’il demande le salut à aucun vaisseau de quelque nation qu’il soit. Elle ne veut pas non plus qu'il les salue. Cependant, s’il trouvoit quelque escadre d’Espagne ou d'Angleterre où il y eust des pavillons d’officiers généraux, Sa Majesté trouve bon qu'il la salue.
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