LES RÉFUGIÉS FRANÇAIS MALHEUREUX AVEC LES ANGLAIS
s'informa beaucoup de mon frère s’il n’avoit point eu de connoissance d’Anglois qui estoient du costé des Chicachas, et le devoient venir joindre. Il avoit à son bord plusieurs marchandises, qu’il offrit de vendre en eschange de pelleteries ou pour des lettres de change.
Ces navires estoient envoyés pour le compte d’une compagnie formée, à Londres, d’Anglois et François réfugiés. I] y avoit sur ce bastiment un homme de la part de ces deux intéressés. Le François estoit fort suspect aux Anglois, ayant fait connoistre à mon frère et ayant tesmoigné qu’il souhaiteroit de tout son cœur, et tout ce qu'ils estoient de François réfugiés, que le Roy leur voulust permettre de s’establir en ce pays, sous son obéissance, avec la liberté de conscience; qu’il respondoit qu’ils seroient bientost nombre icy, qui estoient malheureux sous la domination angloise, qui ne pouvoit compatir à l'humeur françoise, et le pria de me charger de la demande pour eux au Roy, et me laissa son adresse à la Caroline et à Londres, pour leur marquer l'intention du Roy sur cela. Ce François marqua estre bien fasché que nous les eussions prévenus, disant qu'ils perdoient ce pays, où ses intéressés ne voudroient pas avoir rien à démesler avec les François. Ce capitaine anglois, se séparant de mon frère au bas de la rivière, où ils s’estoient parlé pour la troisiesme fois, le menaça qu’il reviendroit pour establir cette rivière, avec des bastiments à fonds plus faits exprès ; qu'il y avoit du terrain pour eux et pour nous, un d’un bord et l’autre de l’autre; qu'ils avoient descouvert cette rivière 1l y avoit plusieurs années, qu'elle estoit aussi bien à eux qu'à nous. C'est une menace qui pourra n’avoir pas de grands effets, et il sera tousjours faciie de les en empescher.