COMMUNICATION DU JOURNAL DE JOUTEL
ce qui y est contenu, cstant bien persuadé que vous vous y conformerés exactement dans les différens cas qui y sont csnoncez.
J'escris à M. Bégon de vous faire donner, en eau-de-vie, une partie des boissons que vous devés embarquer, et seulement pour deux mois de molue.
A l’esgard des matelots que vous demandéz, qui scachent la langue espagnole, je donne ordre à M. Bégon de voir, si on pourroit en trouver quelques-uns à La Rochelle et de vous les faire donner. Je luy escris aussi de vous donner quelque bon dessinateur, et mesme le nommé Remy que vous proposez en cas qu’il n’y ait dans les gardes de la marine aucun sujet capable de travailler aux observations que vous devez faire.
J’ay trouvé un journal d’un homme qui a esté avec le feu sieur de La Salle, et qui est revenu par terre de l’endroit où il a desbarqué après y avoir fait quelque séjour. Il m'a paru fort exact, et Je vous l’envoye par le canal de M. Bégon. Je ne doute pas que vous n'en tiriez beaucoup de lumière. Je tascherav mesme de vous envoyer l’homme qui l’a fait. J’attendray désormais avec beaucoup d’impatience la nouvelle de
vostre départ.
Mémoire pour servir d'instruction au sieur d'Iberrille, capilaine de frégate légère.
Versailles, le 23 juillet 1698.
Les services que le sieur d'Iberville a rendus au Roy dans la conqueste du fort de Bourbon en la baye d'Hudson, dans
les années 1695 et 1697, de celuy de Pemkuit sur la coste de
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l'Acadie et des colonies Angloises dans l’isle de Terre-Neuve en 1606, et les autres entreprises et descouvertes, dans lesquelles il a esté employé par les gouverneurs de la Nouvelle- France, et qu'il a exécutées avec succès, ont engagé Sa Majesté à jeter les yeux sur luy pour aller reconnoistre l’emboucheure du fleuve de Mississipi, dont la descouverte a esté tentée jusqu'à présent avec si peu de succès.
Elle a pour cet cffect fait armer ses frégates la Badine et le Marin, qui sont actuellement aux rades de La Rochelle, et elle a donné ordre à l’Intendant de Rochefort de luy remettre un traversicer, deux biscayens et trois canots d’escorce, avec les vivres et les munitions, qu'il a estimé luy mesme nécessaires pour le succez de cette entreprise.
Sa Majc:if 2 doute pas que le tout ne soit prest quand il recevra ce mmoire, et elle désire qu'il parte aussytost qu'il l'aura receu, la saison luy paroissant convenable pour un pareil dessein. Elle ne luy prescrit rien sur sa navigation, estimant à propos de luy en laisser l'entière disposition par la confiance qu'elle prend en luy.
[trouvera cy joint une lettre que Sa Majesté fait escrire au gouverneur de la coste de Saint-Domingue, pour luy donner tous les secours qu’il luy demandera et mesme d'hommes, s’il en avoit besoin, estant persuadé qu’il usera avec modération de la liberté que Sa Majesté veut bien luy donner à cet esgard.
Il ne fera en cette isle que le séjour indispensable pour rafraischir ses équipages et y prendre les choses qui luy seront nécessaires et il se rendra de là à la coste septentrionale du golphe du Mexique.
Sa Majesté se remet à luy de commencer la descouverte à
l'oucst ou à l'est de l'endroit où il présumera par les connois-
sances qu’il a déjà prises, qu'on doit trouver l’emboucheure du Mississipy et d’y naviguer de la manière qu'il le jugera à propos.
Après qu'il l'aura trouvée il mettra pied à terre pour choisir un bon endroit qui puisse estre défendu avec peu de monde, et empescher en mesme temps l'entrée du fleuve aux autres nations. Il fera fortifier cet endroit de la manière qu'il estimera convenable, pour le mettre en estat d'y faire la meilleure défense qu’il se pourra. Il y laissera les Canadiens qu'il aura avec luy et ce qu’il jugera à propos des gens des équipages de ses frégates, pour la sureté de ce fort. I! le munira aussy de vivres, des canons, boulets, armes, poudre et autres munitions qu’il jugera à propos d'y laisser et que Sa Majesté luy permet de tirer des frégates qui sont sous son commandement et il en chargera par inventaire celuy à qui il donnera le commandement de ce fort, afin qu’on puisse luy en rendre compte,
Sa Majesté luy laisse permission de choisir dans les ofliciers de ses frégates ou dans les officiers Canadiens celuy qu'il croira le plus propre à ce commandement et ceux qui devront servir sous luy, luy recommandant seulement, en cas qu'il prenne des officiers de la Marine, de les laisser commander entre eux suivant le rang de leurs brevets et de leur ancienneté.
Il laissera à ce commandant une instruction bien détaillée de toute la conduite qu’il aura à tenir, jusqu’à l’arrivée des premiers vaisseaux que Sa Majesté fera partir aussy tost après son retour en France, cet entre autres choses il luy ordonnera bien precisement d’empescher qu'aucune autre nation ne mette pied à terre aux environs de cette embouchure et
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d'y employer mesme la force et la voye des armes, siles autres moyens ne pouvoient les en détourner.
Pendant le séjour qu'il fera en cet endroit, il fera prendre exactement les sondes de cette emboucheure et des environs, et fera généralement toutes les observations qui pourront estre nécessaires, ct il apportera de tous ces endroits des cartes et des descriptions les plus exactes qu’il se pourra.
En cas que pendant le séjour qu'il fera sur cette coste, il y arrive des vaisseaux des autres nations plus foibles que luy, il les obligera de se retirer; mais s'ils sont ou plus forts ou esgaux, il fera sçavoir à ceux qui les commandent qu’estant arrivé le premier à cette coste, ils ne doivent pas l’interrompre dans sa descouverte et s’il peut arriver le premier à l’emboucheure du Mississipy, ce qu'il taschera de faire, il fera en sorte de s’y establir et de s’y maintenir.
[Il n'y a nulle apparence que les autres nations se soient emparées de ce poste avant luy, n'estant encore party aucun vaisseau pour y aller. Cependant en cas qu'il trouve ce poste occupé, il fera en sorte de s’establir du costé de la rivière qui ne sera pas occupé et prendra toutes les précautions qu'il estimera praticables pour mettre ceux qu’il y laissera en estat de s'y maintenir, mais si les deux bords estoient occupez ct qu’il ne trouvast aucun endroit à pouvoir faire un establissement solide, il reviendra en France après avoir pris de toute cette coste les connoissances les plus exactes qu'il pourra. Sa Majesté veut bien luy donner cet ordre pour ne luy laisser rien à désirer, mais elle est persuadée qu’il n’en aura pas besoin, et qu’il aura le bonheur de rendre à Sa Majesté le ervice qu'elle attend de sa capacité, de sa vigilance et de son application,
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