SES DROITS SUR LE MISSISSIPI
bulles aux évesques qui l'ont remply, et ceux qui ont donné et donnent tous les jours des pouvoirs aux vicaires apostoliques qui vont dans les colonies francoises, n’ont pas cru qu’il y eust peine d’excommunication contre ceux qui s’establissoient dans ce pays, comme la Junte le veut faire entendre.
D'ailleurs, les Roys qui connoissent le Saint-Siége, peu après cette ligne de démarcation, n’ont pas fait difficulté de donner des concessions de ces pays, qui estoient encore inconnus, sans que les papes l’ayent trouvé mauvais, ny que les Espagnols s'y soient opposez. La Jamaïque et la Caroline, qui sont des postes d’une grande conséquence pour les Espagnols, et qu’ils n'ont pas contrarié, justifient assez qu'ils n’ont pas cru estre en droit de s’y opposer.
A l’esgard des bords du Mississipi, Sa Majesté les possède par le mesme titre qu’elle a le Canada, tous les pays de la -NouvelleFrance, Cayenne et la terre ferme des environs, et les isles qui sont de sa domination à l'Amérique. Les voyageurs espagnols peuvent avoir traversé le Mississipi, mais aucun n’y a jamais fait d’establissement. Les Sauvages qui habitent aux environs de cette rivière, bien loin d’estresoumis aux Espagnols, ne sçavent pas qu’il y en ait dans le monde, et il y a plus de quarante ans que les François sont habitués aux Sioux et aux Illinois, qui sont deux puissantes nations qui habitent sur le bord de ce fleuve. Ainsy Sa Majesté ne se résoudra pas à l’abandonner, d’autant plus qu'elle est bien asseurée que les Anglois ne tarderoient pas de s'y mettre, ce qu’elle a encore plus d’intérest d’empescher pour la gloire de Dieu que pour les avantages qui en peuvent revenir à ses sujets. Sa piété l’a engagée à respandre un grand nombre de