IL VEUT TRAVERSER LES DESSEINS DES ANGLAIS
Pour les prévenir, j'ay eu l'ordre de l’occuper et d'y maintenir toutes les nations qui nous sont alliées, et pour cet effet les armer d'armes à feu, et leur fournir des munitions nécessaires pour se soutenir contre les alliez des Anglois, que je vais tascher de destacher de leur alliance.
Il me paroist, Monsieur, que l’interest de l'Espagne seroit, veu le peu de forces que vous avez à Pensacola, d’engager les Apalaches à s'opposer aux courses que font journellement les alliez des Anglois aux environs de vos cantons. C'est une nation de laquelle vous pouvez disposer, et que vous laissez tranquille, pendant que les Anglois et leurs alliez destruisent les autres nations qui nous sont alliées r, C’est ce qui facilite aux Anglois les establissements qu'ils ont desjà chez plus de vingt nations de ces cantons. Il est très important pour le bien des deux Couronnes de l'empescher, et c’est un mal auquel il faut remédier devant qu’il se rende plus puissant.
Pour moy, Monsieur, je n'oublieray rien de tout ce qu'il faudra faire pour renverser les desseins des Anglois et de leurs alliez. Je me trouve muny de tout ce qu'il faut pour cela, et il sera bon, si vous le souhaitez, que nous prenions ensemble des mesures pour y réussir.
Je suis bien persuadé que, si vous estiez en estat de pouvoir faire autant que moy, vous le feriez, mais je voy qu'estant dépourveu de toutes choses, comme vous l’estes maintenant, il ne vous est pas possible de me soustenir dans cette entreprise.
J’ay desjà eu l'honneur, Monsieur, de vous offrir tout ce que j'ay icy, soit d'hommes, de vivres, de munitions et géné-
1. 11 y avait de la main de d'Iberville : « sous la protection de nos deux Couronnes ».
ralement de tout ce qui dépend de moy. Vous m'obligerez d'en user comme d’une chose dont vous pouvez entièrement disposer. C'est de quoy je vous prie d’estre persuadé et de me croire véritablement, Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur, D'IBERVILLE,